L'odyssée

Du lundi au vendredi de 09:06 à 12:00 sur Musiq3

Plus d'infos

La Mystérieuse Babylone

A la découverte de l'une des plus vastes cités antiques au monde

Ancienne Babylone © duncan1890 / Getty Images

Temps de lecture...

La ville de Babylone n’existe plus en tant que telle, mais ses ruines, ses fondations ont été mises au jour par des fouilles, en Irak, à environ une centaine de kilomètres au sud de Bagdad. À son apogée, c’est-à-dire au VIe siècle avant JC, la ville de Babylone était peut-être bien l’une des plus vastes cités au monde. On dit parfois même que c’est la toute première mégapole de l’histoire. Vincent Delbushaye et Chantal Zuinen vous proposent de revenir sur quelques-uns de ses monuments les plus célèbres, mais aussi sur les rois (locaux ou étrangers) qui y ont séjourné, le tout, en musique bien entendu.

La Porte d’Isthar

Malgré la place que Babylone a occupée dans la légende, ça n’est qu’au début du XXe siècle, sous la direction de l’archéologue allemand Robert Koldewey, qu’on va véritablement tenter d’exhumer les monuments principaux de la ville, dont il est fait mention dans les écrits anciens. On a toujours connu l’emplacement de Babylone, mais mettre au jour ses murs, personne n’avait encore osé s’y attaquer. Parmi les premiers monuments mis au jour, une porte, qu’on appellera la Porte d’Ishtar. On ne peut plus la voir sur place mais elle a été reconstruite à l’identique dans le Musée de Pergame à Berlin.

Cette porte est importante, puisqu’elle était le point de départ de toutes les processions à travers la ville. Construite ou plutôt reconstruite par le plus célèbre des rois babyloniens, Nabuchodonosor, elle arborait de rutilantes briques émaillées, flanquées de représentations d’animaux censés protéger la ville… Le statut de ville légendaire commence par une belle porte légendaire.

10 images
Copie de la Porte d’Isthar, à l’entrée de l’ancienne Babylone © RobertoDavid / Getty Images
Détails de la Porte d’Isthar, à l’entrée de l’ancienne Babylone © oversnap / Getty Images
Détails de la Porte d’Isthar, à l’entrée de l’ancienne Babylone © Bartosz Hadyniak / Getty Images

Le roi Nabuchodonosor II

L’histoire de Babylone est liée à celle de son roi le plus célèbre, Nabuchodonosor, puisque c’est lui qui était aux commandes du Royaume quand Babylone a connu son âge d’or.

Il ne faut toutefois pas confondre Nabuchodonosor Ier et Nabuchodonosor II. Le premier fut le roi de Babylone de 1125 environ à 1104 av. J.-C., tandis que le second, le plus connu, régna sur l’Empire babylonien, entre 605 et 562 av. J.-C. Nabuchodonosor II est mentionné dans la Bible, pour évoquer l’esclavage des Hébreux qui était pratiqué à Babylone. Une situation d’oppression dans laquelle s’est reconnue la population milanaise, au 19e siècle, alors sous occupation autrichienne. Du coup, on peut voir l’opéra de Verdi "Nabucco" (version courte de Nabuchodonosor) comme l’appel d’un peuple pour son indépendance avec, comme point culminant, le fameux Va, pensiero, qu’on appelle aussi le "chœur des esclaves".

Les jardins suspendus de Babylone, merveille du monde antique

A Babylone, on trouvait aussi des Jardins suspendus. Enfin, c’est ce que dit la légende parce que, bien qu’ils aient été décrits par plusieurs auteurs et qu’ils aient été désignés comme l’une des sept merveilles du monde antique, on n’a jamais trouvé de traces de leur emplacement précis.

Certains se demandent même s’ils ont réellement existé, parce qu’après tout, on trouve trace, pour toutes les autres merveilles du monde des vestiges archéologiques, ou du moins des éléments tangibles qui attestaient de leur existence, mais pour les jardins de Babylone, on en a aucune preuve. Mais réels ou fictifs, ils sont quoi qu’il en soit rentrés dans la Légende.

La reine Sammu-ramat

10 images
René-Antoine Houasse : Nabuchodonosor, Sémiramis et les jardins de Babylone, Versailles, salon de Vénus © Tous droits réservés

Elle était reine de Babylone, elle aura donc peut-être vu de ses yeux les fameux Jardins suspendus, c’est la reine Sammu-ramat, dont le nom signifie "Paradis extrême". Elle est l’une des rares femmes souveraines de la Mésopotamie antique et si son règne n’aura duré que cinq ans, elle inspirera le monde entier. Les Grecs, d’abord, qui lui donneront le nom de Semiramis, et puis la légende fera le reste jusqu’à cet opéra de Rossini qui raconte son histoire.

Les légendes se multiplient autour de la reine assyrienne, certains la représentent comme une magnifique femme fatale protagoniste d’une histoire d’amour tragique, d’ailleurs, on retrouvera Semiramis dans L’Enfer, première partie de la Divine Comédie de Dante, enfer dans lequel elle expie ses "vices sensuels". D’autres lui de grandes réalisations à Sémiramis, en font une cheffe des armées et la bâtisseuse des murs de Babylone.

Comment faire la part de choses entre la légende et l’Histoire. Si celle de Sammu-ramat reste floue, quatre artefacts, retrouvés par des archéologues, attestent de son existence et permettent de dresser une certaine biographie de cette reine régente qui marqua l’histoire de la Mésopotamie.

Deux statues consacrées au dieu mésopotamien du savoir et de l’écriture, Nabû, retrouvées dans la ville antique de Nimroud, et deux stèles, l’une originaire de Kizkapanli, en Turquie actuelle, et l’autre d’Assur en Irak, font référence à Sammu-ramat, épouse du roi Shamshi-Adad V, qui a régné de 823 à 811 av. J.-C., et mère du roi Adad-nerari III. Ce dernier est trop jeune lorsque son père décède, c’est donc sa mère Sammu-ramat qui assurera la gouvernance de l’empire et se chargera de restaurer la stabilité en Assyrie, ébranlée par des conflits entre Shamshi-Adad V et son frère aîné désireux de s’emparer du trône.

Et le rôle et le pouvoir qu’exerça Sammu-ramat marqueront durablement son peuple, comme on peut le lire sur la Stèle d’Assur, qui rend hommage à "Sammu-ramat, reine de Shamshi-Adad, roi de l’univers, roi de l’Assyrie ; mère d’Adad-nirari, roi de l’univers, roi de l’Assyrie".

Alexandre Le Grand et Babylone

Une autre personnalité qui aura pris ses quartiers à Babylone, au point d’en faire sa capitale, c’est Alexandre le Grand. Il y mourra d’ailleurs, à seulement 33 ans, mais après avoir été le plus grand conquérant de l’Antiquité. Rapidement après sa disparition, en 323 avant JC, surviendra la bataille pour la succession entre ses chefs militaires. Et, faute d’héritier, son œuvre ne lui survivra pas. On estime d’ailleurs que c’est à cette période que Babylone entame son déclin.

La Tour de Babel

On a évoqué Babylone, mais on n’a pas encore évoqué la Tour de Babel. Bien sûr, la tour de Babel est un mythe mais elle pourrait avoir été inspirée par une gigantesque tour babylonienne (dont on a retrouvé les fondations, d’ailleurs) et qui impressionnait beaucoup ceux qui la voyaient : d’Alexandre le Grand jusqu’aux esclaves juifs qui étaient déportés dans cette capitale.

Dans la Bible, on évoque la Tour de Babel, juste après l’épisode du Déluge : une tour dont l’objectif était d’atteindre le ciel – au propre comme au figuré - et qui aurait déplu à Dieu, qui aurait alors brouillé la langue des hommes pour qu’ils ne se comprennent plus. C’est là la légende et surtout la symbolique de la Tour de Babel : l’orgueil humain puni par la puissance divine.