L'odyssée

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La folie retranscrite en musique

La folie n’est pas forcément une tare, "la plupart des gens bien sont fous" disait Lewis Carroll. La folie, ce peut être une sorte d’état de grâce auquel on arrive par la musique, par exemple. La folie créatrice, la folie énergique mais aussi – quand même un peu – la folie tragique…

Une thématique proposée par Anne Hermant.

La danse folle de Bartok

En 1938, un tout petit peu avant de s’exiler aux Etats-Unis, Bela Bartok, dont nous venons de célébrer les 140 ans, écrit "Contrastes", une œuvre commandée par son ami Joseph Szigeti, hongrois comme lui, et Benny Goodman, on ne peut plus américain. L’œuvre ne pouvait être que contrastée, effectivement, puisqu’elle intégrait la musique folklorique et le jazz. Et puis le contraste venait aussi du mélange de timbres de trois instruments : le piano, le violon et la clarinette. L’œuvre a d’ailleurs été créée par les trois compères : Bela Bartok, Joseph Szigeti et Benny Goodman. Et le troisième mouvement de cette œuvre porte le nom de "danse folle".

La Folie à l’opéra

On sait peut-être que les Noces de Figaro de Mozart sont basées sur la pièce de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, mais ce qu’on oublie toujours de rappeler, c’est que le véritable titre de la pièce est La Folle Journée, et que ce n’est qu’en sous-titre qu’on peut lire Le Mariage de Figaro. Une folle journée pleine de quiproquos, de coups de théâtre, d’identités échangées et de déguisements, une folle journée qui se terminera bien, mais qui, chez Mozart commence bien aussi !

On va rester dans l’opéra, mais cette fois, l’histoire se termine un peu plus mal. Quand Ambroise Thomas adapte l’histoire du Hamlet de Shakespeare, les librettistes prennent quelques libertés, même si on y retrouve quand même les personnages principaux. Le prince Hamlet aime Ophélie, mais quand il apprend que le père d’Ophélie est complice du meurtre de son père à lui, il la renvoie sans ménagement. Et ça donne la scène de folie la plus terrible de l’histoire de l’opéra : repoussée par Hamlet, Ophélie erre dans la campagne. Elle a perdu la raison, tout simplement. Elle commence par se joindre à une fête villageoise (c’est pour ça qu’elle commence par chanter " À vos jeux, mes amis "), mais bientôt, elle se penchera au-dessus d’un fleuve, perdra pied et puis se noiera…

Autre folie, bien réelle cette fois, c’est celle du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, qui aura quand même passé les 11 dernières années de sa vie dans un asile psychiatrique… Stefan Zweig disait à son propos : "L’anéantissement de Nietzsche est une sorte de mort par la lumière, une carbonisation de l’esprit par sa propre flamme." Et quand on évoque Nietszche et la musique, on est sûrs, à un moment donné, de parler du poème symphonique de Richard Strauss, Ainsi Parlait Zarathoustra.

Tant qu’on en est à évoquer les célèbres pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, il y a aussi Robert Schumann, qui souffrira d’acouphènes dans un premier temps, avant que ça se transforme carrément en hallucinations auditives. Il sera interné début mars 1854. Juste avant, il avait écrit ses Variations Les Esprits, dédiée à son épouse Clara, qui en conservera les partitions un peu comme des reliques, elle en interdira d’ailleurs toute publication dans un premier temps. Alors, ces Variations des Esprits ne sont pas la musique d’un fou. Ce sont plutôt les derniers éclats de lucidité d’un esprit sur le point d’être envahi par les ténèbres. Absolument poignant.

Et il est difficile d’évoquer la folie en musique sans évoquer la Folia, ce thème musical apparu au XVe siècle au Portugal. Plus de 150 compositeurs à travers les âges s’en sont servis pour alimenter leurs variations. C’est sans nul doute le thème le plus souvent décliné en variations, toutes époques confondues. Et c’est peut-être ça qui est le plus fou dans l’histoire…

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