L'odyssée

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Erik Satie : quelques petites choses que vous ne savez peut-être pas sur "Monsieur le Précurseur"

Nous célébrons l’anniversaire du compositeur français Erik Satie, qui aurait eu 155 ans cette année. Il est né à Honfleur le 17 mai 1866, toute sa vie Satie traînera derrière lui la réputation d’être un compositeur antiacadémique et anticonformiste.

Une thématique de l’Odyssée proposée par Pierre Solot.

Satie le misanthrope

Bien qu’il rencontre beaucoup de personnalités et d’artistes qui l’admirent, Erik Satie n’a pas beaucoup d’amis. Son principal interlocuteur en termes de musique sera Claude Debussy, qui l’appelait "Monsieur le Précurseur". Il dira un jour : "Si je n’avais pas Debussy pour causer des choses un peu au-dessus de ce dont causent les gens vulgaires, je ne vois pas comment je ferais pour exprimer ma pauvre pensée – pour autant que je l’exprime encore". Il faut dire aussi que Satie avait un goût prononcé pour l’autodestruction et pour la misanthropie. Il se sera fait pas mal d’ennemis aussi. A propos de Maurice Ravel (qui avait refusé la Légion d’honneur) il dira "Ravel vient de refuser la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte."

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Satie le dessinateur, passionné de parapluies

Erik Satie aura bien sûr frappé par l’extraordinaire liberté qui transparaissait dans chacune de ses pièces, dans chacun des titres de ses pièces aussi, mais sa vie et ses habitudes avaient elles aussi de quoi en décontenancer plus d’un : amateur de dessin, il avait pris l’habitude de faire des croquis sur des petits cartons (on en retrouvera environ 4000 dans son appartement), comme autant de petites histoires surréalistes, qu’il écrivait pour tromper sa solitude. Les parapluies étaient son autre grande passion : à tel point que, quand il pleuvait, il protégeait parfois ses parapluies sous son veston. Il n’y avait quand même qu’Erik Satie pour faire ça…

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Satie, étudiant de 40 ans

Quand il arrive à Paris en 1878, Erik Satie retourne en fait vivre chez son père, qui entre-temps s’est remarié. Et c’est cette nouvelle belle-mère, qui va exiger que Satie soit inscrit au Conservatoire. Il y restera sept ans sans spécialement se démarquer et c’est plutôt en autodidacte qu’il approchera le métier de compositeur. Ceci dit, à presque 40 ans, il reprendra quand même le chemin de l’école, sans doute pour se défaire de cette image de compositeur "non instruit". Il ira étudier à la Schola Cantorum à Paris, chez un professeur trois ans plus jeune que lui, il s’appelait Albert Roussel.

Avant ses 40 ans, Satie n’était vraiment pas fait pour les études. Ni pour les règles en général : à 20 ans, comme il prévoyait un nouvel échec au conservatoire, il avait demandé à faire son service militaire. Mais c’est une nouvelle vocation qui ne durera pas puisqu’il tombera délibérément malade pour se faire réformer. Il faut dire aussi qu’il s’était exposé torse nu dans le froid de l’hiver pour être sûr d’attraper une congestion pulmonaire. On va écouter, tiens, l’une de ses Pièces Froides – qui n’a rien à voir mais c’était l’occasion.

Ballet "Parade" de Satie, à l’origine de la création du mot "surréalisme"

Erik Satie aura longtemps joué dans les cabarets et pour le music-hall, chose qu’il vivait assez mal d’ailleurs. Pour le music-hall, il assurait n’écrire que de "rudes saloperies", ce sont ses propres mots. Et parmi ces "rudes saloperies", il y a quand même le ballet "Parade", fruit de sa collaboration avec Jean Cocteau, Pablo Picasso et Léonide Massine (pour la chorégraphie). C’est un ballet qui mélange allègrement cubisme, futurisme et music-hall, un ballet qui fera scandale, et qui sera même à l’origine de la création d’un tout nouveau mot. Puisque c’est pour parler de ce ballet Parade que Guillaume Apollinaire inventera le mot "surréalisme".

Erik Satie et Jean Cocteau, partenaires sur la création de ce ballet, vont aussi être à l’origine de tout autre chose : un mouvement, un regroupement de compositeurs mais dont le style, au fond, ne se ressemblait pas du tout. Et pour cause, ils n’estimaient pas du tout être réunis autour d’une esthétique commune, mais plutôt juste par amitié… Darius Milhaud, Louis Durey, Georges Auric, Arthur Honegger, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre - qu’on appelle également le "Groupe des six" – partageaient leur amour de Cocteau et de Satie, mais ils partageaient aussi un peu ce même désamour de Wagner.

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