L'odyssée

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Une histoire de structure

Architecture et musique

Le Pavillon Philips lors de l'Exposition Universelle de 1958 à Bruxelles © Archive nationale

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Comme souvent dans sa thématique, L’odyssée va s’intéresser aux ponts entre la musique classique et un autre art. Après s’être intéressé à la peinture et la musique ou encore à la tapisserie La dame à la Licorne, Vincent Delbushaye nous emmène, en musique, à la découverte de l’architecture.

Une thématique réalisée par Chantal Zuinen.

L’Harmonie des Sphères

Quand l’architecture se met au service de la musique ou quand la musique semble presque construite par un architecte. Comme souvent, ce sont les Grecs, dans l’Antiquité, qui ont donné le point de départ de cette analogie entre architecture et musique, allant même jusqu’à élaborer des théories sur une conception musicale de l’univers, ils appelleront ça l’Harmonie des Sphères ou la Musique des Sphères.

D’après Pythagore, l’univers serait régi par des rapports numériques harmonieux, et même la distance entre les planètes suivrait en fait des proportions musicales, c’est-à-dire qu’elles correspondraient à des intervalles musicaux. Bien sûr, il faut s’entendre sur les mots : en grec ancien, le mot "harmonie" a un sens très large, il désigne surtout les bonnes proportions, et le mot "musique" renvoie avant tout à l’Art des Muses, qui englobent toutes les disciplines artistiques ou scientifiques, c’est-à-dire la culture de l’esprit par opposition à la gymnastique, qui elle concerne plus la "culture du corps".

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La musique céleste et terrestre d’accords incandescents que joue la vie avec des griffes de bête prédatrice – une couronne d’iris ceignant son visage de marbre qui arbore un sourire stéréotypé – bien que vivant –, démoniaque et semblable au lis.

Voici l’épître énigmatique qui accompagne la Symphonie "Sfærernes Musik" - qui signifie La Musique des Sphères - du compositeur danois Rued Langgaard.

Faisons un petit tour du côté des Romains, et plus précisément à Vérone, là où fut construit en 30 apr. J.-C un amphithéâtre romain, capable d’accueillir environ 30.000 spectateurs. Dans cette arène, l’acoustique est remarquable et est sans doute le fruit d’une compréhension et d’une maîtrise extraordinaire des lois physiques de l’acoustique et de l’architecture qui serait à son service. L’idée étant qu’un acteur situé sur la scène, en plein air, puisse être entendu au dernier rang, parfois il est vrai, à l’aide de masques qui aidaient au rayonnement sonore. Écoutons les "Menuet et Masques", extraits des plus célèbres Véronais mis en musique par Serge Prokofiev, j’ai nommé "Romeo et Juliette".

C’était Lise de la Salle au piano dans le Menuet et Masques, extrait du Roméo et Juliette de Serge Prokofiev.

La musique savante

Musique et architecture n’auront jamais été aussi proches que dans la musique suivante : au XVe siècle, Guillaume Dufay, l’un des pères de l’école franco-flamande, compose un motet "isorythmique" pour la consécration de la cathédrale de Florence Santa Maria del Fiore – qui a eu lieu le 25 mars 1436. Un motet isorythmique, c’est un exercice très mathématique, puisqu’il s’agit de faire se chevaucher et coïncider une séquence rythmique et une séquence mélodique de durées différentes.

mais ce qui est intéressant, c’est que les séquences qu’utilisera Dufay reflètent exactement les proportions architecturales de la fameuse coupole. Pas étonnant qu’on ait dit à propos de cette cérémonie "Les mélodies des anges et du divin paradis paraissaient murmurer à nos oreilles je ne sais quoi d’ineffable et de divin"

On reste dans la Renaissance italienne, mais cette fois avec un architecte italien, Andrea Palladio, auteur de nombreux traités d’architecture. Il disait :

Les proportions des voix sont harmonie pour les oreilles ; celles des mesures sont harmonie pour les yeux. De telles harmonies plaisent souvent beaucoup, sans que quiconque sache pourquoi, à l’exception du chercheur.

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Teatro Olimpico de Vicence © Tous droits réservés

Et Palladio combinera souvent les deux disciplines, pour lui, l’harmonie naissait de la fusion entre les effets acoustiques et les effets visuels. Palladio terminera d’ailleurs sa vie en construisant un théâtre à l’antique, le Teatro Olympico à Vicence. Inauguré le 3 mars 1585 avec la représentation d’Œdipe roi de Sophocle et les chœurs d’Andrea Gabrieli, ce théâtre est considéré comme le premier théâtre couvert permanent de l’époque moderne. 

On a eu un exemple de musique calquée sur l’architecture, l’inverse existe aussi, on trouve par exemple chez Gaudi une construction qui fait référence à la musique, c’est son Palais El Capricho, à Comillas en Espagne. Un palais tout orné de baies vitrées faisant référence à la musique et à la nature (puisqu’on y voit des animaux jouant divers instruments).

Le nom du Palais, El Capricho est aussi un clin d’œil au genre musical du Caprice, qui recourt – comme Gaudi aimait le faire – à des formes libres, et non académiques.