Demandez le programme

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La playlist b.o.n.h.e.u.r. des auditeurs et invités de Demandez le programme

Parce que le bonheur a plusieurs visages, il est normal que sa projection en musique soit multiple.

Les invités et les auditeurs de Demandez le programme, via Facebook, ont envoyé pendant plusieurs jours leurs propositions musicales. Nous les avons compilées dans une playlist.

John RUTTER
Be Thou my vision
The Cambridge Singers
Collegium records

Pascal Fonta : Je suis chanteur amateur et fais partie d'un ensemble qui s'appelle Joli Chour. Nous chantons régulièrement des chants contemporains en particulier des pièces de Rutter. C'est un vrai bonheur de chanter ensemble et pour le public, de plus nous sommes amis de longue date. Avant le confinement nous avons commencé à apprendre et répéter "be thou my vision ". Nous avons travaillé la prononciation, étudié la traduction et chanté la première moitié. On s'est dit " à bientôt ".Dans l'attente de se revoir et d'avoir le bonheur de reprendre nos répétitions et nos concerts, j'ai demandé à un ami pianiste d'enregistrer l'accompagnement pour que chacun puisse enregistrer sa voix, c'est un classique. Puis je rassemblerai tout ça pour faire un montage choral. La traduction évoque en plusieurs couplet la force que peut donner la foi contre toutes les épreuves.C'est pas du bonheur tout ça ? La musique, l'amitié, l'émotion..

John ADAMS
Shaker Loops - I. Shaking and trembling
Edo de Waart - San Francisco Symphony
Philips

Camille Pépin : Shaker Loops, ça m'hypnotise complètement, les éléments qui arrivent au fur et à mesure, les modulations (rares mais intenses) c'est une explosion de saveurs dans l'espace (un peu comme un dessert 2 étoiles). Et l'arrivée des contrebasses, c'est la jubilation ! Comment - avec des moyens en apparence simples - on peut procurer autant d'émotion, ça me fascine... !

Dietrich BUXTEHUDE

Membra Jesu nostri, BuxWV 75: Ia. Ad pedes: Ecce super montes
Diego Fasolis, Accademia Instrumentale Italiana - Sonatori de la Gioiosa Marca
Naxos

Paul-Antoine Patin : je crois que ce qui me met en joie en écoutant cette cantate, c'est le mystère : comment une telle beauté peut-elle émerger de quelque chose d'aussi sordide qu'un hommage aux plaies du Christ ? C'est aussi l'écriture : les prémisses d'un contrepoint fleuri, le tricot d'imitations qu'annonce "l'Ecce" de la première partie, la légèreté du continuo, tout cela me met en joie à tous les coups, sans que je ne puisse vraiment savoir pourquoi... Et cette version de Diego Fasolis, est pour moi celle qui assume le plus cette dichotomie entre la déploration d'un martyr, et une façon de jouer la cantate qui annonce la joie et la vie (car tout va dans ce sens : les diapasons employés - très élevés et pas historiques mais colorés - mais aussi des timbres cristallins et des tempi particulièrement allants : comme si Diego Fasolis avait voulu faire de ce "Membra" une sorte d'ode à la joie, ce qui n'a quand même pas grand chose à voir avec la choucroute du livret.

Malcolm ARNOLD

A Grand Grand Festival Overture, Op. 57
BBC Philharmonic - Rumon Gamba
Chandos

Bernard Blattman : The "vacuum cleaner quartet" by Gerard Hoffnung is one of my favorite cartoons. Malcolm Arnold made a sounding monument to it in his funny Grand Grand Overture. Especially the oversized, never-ending coda is absolutely hilarious.

Felix MENDELSSOHN

Symphonie n°4 op. 90 en La majeur - I. Allegro vivace
Pablo Heras-Casado & Freiburger Barockorchester
Harmonia Mundi

Aline Giaux : Sur mon premier ipod, lorque j'étais ado, ce morceau figurait à la tête de ma playlist nommée " vitamines ". Encore aujourd'hui, la première étincelle de pizzicati des vents me donne des papillons dans le ventre, et ne parlons pas de l'élan jubilatoire de la mélodie. Je dois me retenir pour ne pas commencer à sautiller comme une enfant qui va recevoir un un cadeau qu'elle attend depuis des mois !

André CAPLET

Les Prières - III. Symbole des Apôtres
Sandrine Piau & Musique Oblique
Harmonia Mundi

Alexandre Jamar : Caplet s'attelle à la composition des Prières en 1914. Les deux premiers mouvements sont achevés alors que la guerre est à peine déclarée. Le compositeur est mobilisé, et intègre le 24ème régiment d'infanterie, où il est promu sergent. Il se lie d'amitié avec le violoncelliste Maurice Maréchal et le violoniste Lucien Durosoir, et ce trio assure un semblant de vie musicale au sein du régiment. C'est dans ce contexte, en 1917, que le " Symbole des Apôtres " voit le jour. Vu le contexte de création plutôt désolant, l'optimisme rayonnant de cette mélodie pour voix, quatuor à cordes et harpe surprend. Caplet était certes un fervent catholique, et ces trois mélodies sont l'affirmation peu surprenante d'une foi inébranlable. Pourtant, ce traitement si passionné et si lyrique du texte du Credo nous éloigne tout à fait des clichés de la musique religieuse, et font de cette petite mélodie une ouvre à part chez Caplet. Mêlant joie et douleur durant la première partie, le discours semble basculer à l'annonce de la résurrection " le troisième jour ". Le ton s'enflamme et se teint de mysticisme, jusqu'à ce que la promesse de " la vie éternelle " déroule un long glissé de harpe, qui plonge l'auditeur dans un ravissement proche de celui qu'a dû ressentir le compositeur lors de l'écriture.Gazé à deux reprises, Caplet n'est pourtant démobilisé qu'à la fin du conflit. Il héritera d'une santé précaire jusqu'à sa mort en 1925, privant la musique d'un excellent chef d'orchestre et d'un compositeur d'une haute sensibilité.

Antonin DVORAK
Sérénade, op. 22 - I. Moderato
Sir Neville Marriner & The Academy of St Martin in the Fields
Philips

Michel Stockhem : C'est assez simple : je l'ai découverte à une époque assez heureuse de ma jeunesse, elle est entrée en moi et ne m'a plus jamais quitté. Son mouvement régulier s'associe en moi à des rythmes familiers et rassurants, tout en voyageant intérieurement comme toute la musique de Dvorak nous le propose. Ce moment est à la fois celui du cour au repos et de la déambulation méditative, tout en se prêtant en doublant la cadence à la marche dynamique. Enfin, elle évoque en moi l'énergie calme et inexorable du printemps, dont nous avons tant besoin... pendant les quatre saisons.

Darius MILHAUD
Scaramouche
Katia et Marielle Labèque
Philips

Françoise Pollet : Oh ça remonte loin, ça date du temps où j'étais munichoise. J'étais allée passer les vacances de semestre chez des amis en Suisse. Amis pianistes qui pratiquaient le 4 mains. grâce à eux j'ai découvert la fantaisie en fa mineur de Schubert (une autre forme de bonheur) et Scaramouche de Milhaud. D'abord le bonheur intérieur, ensuite le bonheur qui explose, joyeux, impérieux, impétueux ....avec le morceau intermédiaire plein de tendresse....j'ai immédiatement aimé Scaramouche peut-être pour son côté extraverti qui me faisait beaucoup de bien à l'époque où j'avais quitté mon petit cocon familial, était confrontée à la discipline germanique et l'intransigeance de Haefliger. La joie, quoi. Un nettoyage de neurones

Ariel RAMIREZ

Misa Criolla - Credo
La Chimera
La Musica

Loulia de San : premier contact avec cette pièce dans une toute petite église en montagne, sur les hauteurs de Andorra, au printemps avec beau soleil- c est ma grand- mère qui l affectionnait déjà ! il y avait puissance rythmique qui mêlait le religieux et le folklore et qui a chaque écoute me faisais danser...j ai hérité d un 33 tours a sa disparation et l écoute encore régulièrement ! ça ne donne de la joie..je repense a elle et sa montagne

Pier Antonio LOCATELLI
Concerti grossi, Op. 1, Concerto XI a quattro en Ut Mineur: I. Largo
Gottfried von der Goltz, Freiburger Barockorchester
Harmonia Mundi

Eric Tanguy : La musique de Locatelli m'emplit de joie par sa beauté, ses méandres harmoniques, ses trouvailles inouïes et sa perfection formelle. Chaque écoute de ce concerto Ops 1 nr 11 est une jubilation secrète sans cesse renouvelée. Le Largo introductif de la partition génère en moi une véritable extase. J'aime le lien que Locatelli tisse avec son maître Corelli, tout en déployant une langue musicale prodigieusement singulière.L'adéquation entre l'oeuvre le jeu extraordinaire de Gottfried von der Goltz, et du Freiburger Barockorchester, relève de la perfection, autre source de félicité.Partager aussi cette musique si puissamment évocatrice est un véritable bonheur et je me délecte du plaisir de la découverte de ceux qui l'entendent pour la première fois. Le violon, aussi, fut mon premier instrument, et un compagnon de route dans l'apprentissage de la musique. Le son des cordes frottées me renvoie à la douce époque de l'enfance alors qu'un monde musical s'ouvrait à moi

Francis POULENC

L'Invitation au Château (extraits)
Paul Meyer, Kolja Blacher et Eric Le Sage
RCA

Julien Hervé : Oui bien sûr ! il y a évidemment mille sortes de bonheurs mais pour ta playlist confinement , j ai pensé à l Invitation au château de Poulenc car cette musique de salon ( en fait de scène ) donne un grand sentiment de légèreté , très pétillant !

Erik SATIE
Parade - musique de ballet pour orchestre
Manuel ROSENTHAL - Orchestre national de France
Praga Digital

Julien Hervé : Parade est bien sur une ouvre pivot de l histoire de la musique française qui fit scandale , notamment parce que son côté "sûr réaliste" et léger dénotait avec le contexte naissant de la première guerre mondiale . On rit beaucoup dans cette pièce (quand on la joue aussi ) : un solo de bouteillophone , une dactylo dans l orchestre , des sirènes ...une orchestration tout à fait surprenante !

Jean SIBELIUS
Symphonie n°5 - III.
Paavo Berglund & Chamber Orchestra of Europe
Finlandia

Clément Taillia : Je trouve que cette musique peut nous faire ressentir le genre de bonheur que nous pouvons connaître en réalisant un vieux rêve,  ou en voyant soudain apparaître le succès couronnant de longs efforts : la course folle au début du mouvement peut encore être entendue comme une quête,  infatigable et frénétique. Mais le rythme se dilate progressivement pour s'apaiser, comme le souffle du coureur qui, arrivé au sommet d'une  colline, profite enfin du paysage. Les cordes bien parallèles font un superbe motif d'âge d'or hollywoodien,  et ça pourrait faire une fin parfaite,  mais non ! Comme dans le 3ème concerto de Rachmaninov,  les dernières mesures bousculent tout et, en six accords péremptoires,  figent l'espace. Et questionnent : le bonheur, était-ce la course, infinie, ou l'arrivée, grandiose et vite passée ? Que cette symphonie étrange,  en trois mouvements, ait été composée en pleine première Guerre Mondiale, rend en tout cas son optimisme et sa fougue encore plus bouleversants !

Clément JANEQUIN
Le Chant des oiseaux
Scholars of London
Naxos

Jacqueline Houssa : Je fais partie d'une chorale avec laquelle j'ai chanté le Chant des oiseaux de nombreuses fois..Je pense qu'il est peu connu du grand public et mérite de l'être . Il évoque le printemps qui commence avec beaucoup de gaieté ce qui est bien utile dans les moments difficiles que nous vivons..

Louis Moreau GOTTSCHALK
La Savane, op.3
Michael Lewin
Centaur

Isabelle Pallemans : C'est un compositeur dont j'aime l' originalité et l'éclectisme. Ces accents colorés et exotiques renvoient à la culture créole, qui est joyeuse. Je trouve dommage qu'il soit si peu connu ( on ne l'entend jamais en concert ni à la radio). Sur une note plus personnelle: La Savane me donne envie de sautiller et de sourire toute seule

Gioacchino ROSSINI
Canzonetta Spagnuola
Marilyn Horne & Martin Katz
RCA

Dominique Hubert : Pour moi, Marylin Horne était une des plus grandes mezzo de son époque, finalement assez méconnue. J'ai eu la chance incroyable de l'entendre dans Semiramide à Hambourg avec Montserrat Caballé, c'était une soirée inoubliable. Cet air de Rossini que j'ai proposé représente bien ce qu'elle était, un timbre reconnaissable entre tous, une virtuosité, une souplesse, une justesse à couper le souffle et de plus, cette immense artiste était très abordable, d'une gentillesse et une simplicité rares.

Leonard BERNSTEIN
West Side Story - Mambo!
Gustavo Dudamel & Simon Bolivar Youth Orchestra
DG

Sabine Lawalrée : J'ai choisi ce morceau car je trouve que tout public même non averti est conquis par le rythme endiablé et dansant. Ce morceau me procure de la joie et fait monter mon adrénaline... De plus quand on crie tous ensemble mambo, on se sent tous unis par cette force que nous donne la musique. Et je pense qu'en ces temps spéciaux que nous vivons actuellement, c'est un bon moyen d'unité et de cohésion sociale.

Gioacchino ROSSINI
Il Viaggio a Reims - final Acte I
Claudio Abbado & The chamber orchestra of Europe
DG

Maxime Pierre : Cet opéra m'a toujours énormément plu. J'admire le génie de Rossini, d'avoir écrit cette partition pour 14 solistes. C'est enlevé, enjoué, jouissif, léger mais aussi très puissant lors des ensembles. Cet opéra et notamment ce final me met en liesse !

Franz Joseph HAYDN
Concerto pour piano en Ré Majeur Hob XVIII:11 NR 11 - I. Vivace
Leif Ove Andsnes - Norwegian Chamber Orchestra
EMI

Claire Obolensky : En général, je trouve que beaucoup d’œuvres de Haydn sont lumineuses, joyeuses d'une façon simple et sans prétention, elles nous disent que la vie est belle, nous donnent envie de sourire, d'oublier nos soucis. C'est tout cela qui me vient à l'esprit quand je pense au premier thème du premier mouvement : la fa sol la la ré ré la... la mélodie, le rythme sont pleins d'énergie POSITIVE.

Guillaume LEKEU
Fantaisie contrapuntiques sur un cramignon Liégeois
Orchestre Philharmonique de Liège & Pierre Bartholomée
Isabelle Jasselette :

Michelangelo FALVETTI
Il diluvio universale - IV. In l'arca di Noé : Ecco l'Iride paciera
Chœur de Namur - Cappella Mediterranea - Leonardo Garcia Alarcon

Anne-Marie Evrard : Pourquoi je l'ai choisie? Tout d'abord je suis une grande fan de Leonardo et Mariana que j'ai eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises. Ensuite je suis chaque fois sous le charme quand il explique le lien entre la musique et l'arc en ciel. C'est une musique qui met résolument de bonne humeur et en ces temps troublés nous avons bien besoin de cette petite étincelle de joie.

Arnold SCHOENBERG
5 pièces, Op. 16 - III. Nuages
Sir Simon Rattle & Orchestre de la ville de Birmingham

Rainer Arndt : L'op. 16 de Schönberg compte parmi mes œuvres 'fétiche' depuis ma jeunesse. J'ai toujours été fasciné par cette période de Schönberg, où il quitte la tonalité. Dans ces pièces, on a perdu toute certitude, tout est en métamorphose. En même temps, toute la beauté du monde est comprimée en quelques minutes. Spécialement le no.3 ('Colours') m'emplit toujours et encore, quand je l'écoute, d'un bonheur profond, d'une sérénité vaste.

Jacques IBERT
Quatre chansons de Don Quichotte: Chanson à Dulcinée
Jules Bastin et Paule Van den Driessche

Eliane Reyes : Pourquoi J.Bastin et cette pièce d'Ibert? Tout d'abord car ce fut une de nos grandes basses belges (même invité du jury au Cmireb...??) et que j'ai eu la chance de l'entendre à STAVELOT dans ces chansons de Don Quichotte d'Ibert, ça reste un souvenir marquant! Les Quatre Chansons de Don Quichotte d'Ibert ont remplacé dans le film de Pabst celles que Ravel n'avait pas encore achevées. (Mais j'ai fortement hésité à proposer la chanson à boire de Ravel ou la chanson à boire de Poulenc dans les gaillardes)... Don Quichotte vit l'ambiguïté du réel et de l'imaginaire et en cette période de confinement, je trouve qu'il est important d'avoir des rêves, c'est aussi comme ça que l'on survit... La force de l'espérance et de l'endurance l'a fait tenir jusqu'au bout et c'est peut-être dans cet état d'esprit, créatif, lumineux, que l'on peut mieux vivre cette période Covid-19. Lui aussi durant son exode n'avait qu'un seul ami avec qui se promener, Sancho, probablement à une distance de 1m50 sur son cheval ;-))

Olivier MESSIAEN
TURANGALILA-SYMPHONIE - V. Joie du Sang des Étoiles
Finnish Radio Symphony Orchestra - Hannu Lintu - Angela Hewitt - Valérie Hartmann-Claverie
Ondine

Eric Montalbetti : Rien ne me met plus en joie que d'écouter " La joie du sang des étoiles ", 5ème mouvement de la Turangalîla-symphonie d'Olivier Messiaen, qui sonne comme une apothéose de la joie elle-même, célébrant sans retenue la joie d'aimer. Tout y est si irrésistiblement réjouissant : l'orchestration magistrale aussi acérée que multicolore et rayonnante, les harmonies si claires et riches à la fois, le rythme vigoureux et le phrasé si vivant, la forme extrêmement structurée mais donnant un sentiment de véritable démesure.C'est sans doute cette démesure de la pièce dans toutes ses dimensions qui en fait l'expression de la " joie parfaite ", comme le chantera aussi le Saint-François d'Assise d'Olivier Messiaen, célébrant cette fois l'indispensable mais difficile amour du prochain, et non plus seulement l'amour passionné des amants. La Turangalïla n'est pas une ouvre religieuse à proprement parler, Messiaen la compose avant tout comme un hymne à la femme qu'il aime (et qui en sera même l'interprète principale). Dans ses écrits il fait beaucoup référence à Tristan & Yseult, moins à celui de Wagner qu'à la chanson de geste qu'il transpose avec son histoire affective personnelle, mais il revisite aussi des procédés wagnériens comme celui du leitmotiv. Mais alors que Wagner exprimait dans sa musique une volupté qui devient maladive et fatale, Messiaen compose une véritable bacchanale lumineuse. Il s'en cache à peine quand il souligne que " pour comprendre les excès de cette pièce, il faut se rappeler que l'union des vrais amants est pour eux une transformation, et une transformation à l'échelle cosmique ".  C'est qu'il est aussi tout habité par sa foi, et il exprime ici le sentiment de pouvoir atteindre dans et par l'amour terrestre à la compréhension de quelque chose de l'amour divin, peut-être même à son expression la plus parfaite.C'est ce qui fait sans doute la force de cette musique, qu'on pourrait dire orgiaque, mais d'une puissante beauté, et qui nous fait voir le bonheur de la vie comme une compréhension des joies de la création. J'aime aussi que cette ouvre soit tout autant un véritable manifeste des techniques du langage musical que Messiaen a élaborées dans les deux décennies qui précèdent (l'ouvre datant de 1948), parce que la découverte de sa propre manière tient toute entière dans la recherche des moyens d'expression de ses sentiments les plus intimes.

Richard STRAUSS
Muttertandelei
Elisabeth Schwarzkopf & George Szell, Radio-Sinfonie-Orchester Berlin, Orchestra
EMI

Natacha Kowalski : Ma première rencontre avec la musique de Richard Strauss a eu lieu à New-York. J'avais 17 ans et j'y étais pour des auditions. Mon professeur de chant m'accompagnait et a proposé que nous profitions de notre présence sur place  pour aller...au Met. C'est ainsi que nous avons assisté à Arabella, avec Renee Fleming dans le rôle titre. Ça a été un véritable détonateur pour moi. Jusque là, je dois bien avouer que ma connaissance du répertoire allemand était maigre. Toujours est-il qu'à notre retour, je me suis lancée dans des lectures de partitions et l'écoute de différents CD's... Dont celui de Schwarzkopf et Szell... Nouveau choc sismique en découvrant les 4 derniers lieder..., bouleversement d'émotions... Et au milieu de ces textes métaphysiques et cette musique incroyable, ce petit lied de rien du tout: Muttertandelei. Véritable feu de joie. Texte drôle, léger, badin, presque mozartien dans l’écriture et l'esprit. J'ai d'abord cru à une "blague" musicale.  Depuis ce statut de "blague" a évolué... mais j'y reviens régulièrement. Et c'est toujours la joie qui prédomine lorsque je l'écoute. Et pourquoi Schwarzkopf... Il y a bien sûr le côté Madeleine de Proust. Mais pas que.Qu'on aime ou pas le personnage, le timbre,... Elisabeth Schwarzkopf reste un monstre dans ce répertoire. Un exemple. Et les monstres méritent qu'on les respecte et qu'on entretienne le mythe qui a nourrit des générations de chanteurs.  À chaque écoute, c'est une leçon.

Leonard BERNSTEIN 
Candide - Ouverture
Leonard Bernstein - London Symphony Orchestra
DG

Stéphanie Coerten : C'est une pièce que j'ai entendue pour la première fois ado, en concert.. C'était tellement ludique, vivant, énergique, plein d'humour... J'avais trouvé terriblement punk l'idée d'abandonner un instant les archets pour s'amuser avec les cordes ! (pour rappel, je n'ai jamais appris à jouer d'un instrument et ma culture musicale est très généraliste... Je n'avais jamais entendu parler de pizzicato ?? et de manière générale, j'ai toujours aimé les "détournements" -aka toutes utilisations d'un objet autres que celle prévue à l'origine- quand ils sont réussis)

Léo DELIBES
Lakmé - Où va la jeune hindoue ?
Natalie Dessay

David Lallemand : L'air des clochettes de Lakmé c'est un souvenir merveilleux du tout premier Concours Reine Elisabeth de chant. 1988 en pleine session d'examens à l'ULB je découvre Aga Winska. Et Delibes (avant la délibé...). Un moment de légèreté, d'allégresse, de liberté, de tension merveilleuse sur un fil délicat, quelque chose qui me dépasse mais nous unit dans l'humanité. Depuis ce jour, ce morceau prouesse est pour moi la définition de la joie et me transporte quelle que soit mon humeur dans un état de plaisir et une énergie positive sans égal.

Jacques IBERT
Ouverture de fête
Orchestre de la Suisse Romande - Neeme Järvi
Chandos

Vincent Genvrin : Le contrepoint, un langage austère ? Question d'époque ! Bach et sa divine machine à coudre, c'était de l'artisanat. Avec Jacques Ibert, on passe à l'ère industrielle. Les bielles, les pistons, les engrenages de la fugue s'activent avec fracas, la fonte des harmonies coule en fusion dans les hauts-fourneaux du choral. Halte à la décroissance historiquement informée, le progrès en art, c'est la joie !

Richard STRAUSS
Le Bourgeois Gentilhomme - IX. Le Dîner
Eugène Ormandy - The Philadelphia Orchestra
Sony

Jean-Luc Piron : J'ai choisi Richard Strauss car c'est un compositeur que je n'ai vraiment apprécié que tardivement, très longtemps il ne fut pour moi que le compositeur d'Ainsi parlait Zarathoustra associé à l'image de l'humanoïde lançant son os dans le film de Kubrick. Et puis, ces dix dernières années, j'ai découvert le reste de sa musique symphonique avec Krauss et Kempe, Bohm, Karajan et j'en passe et enfin l'immense richesse de ses œuvres lyriques. Pourquoi Der Burger als Edelman, parce que c'est une oeuvre peu connue de Strauss et qui pourtant est d'une fraîcheur et d'une richesse qui mériterait un meilleur sort. Pourquoi Eugène Ormandy parce que juste avant le confinement, je m'étais procuré le coffret Sony de ses enregistrement de Strauss et que j'y ai découvert une version magistrale de ce Bourgeois gentilhomme.

Franz Joseph HAYDN
Sonate Hob.XVI.50 - I. Allegro
Glenn Gould
Sony

Yoann Tardivel : Haydn était connu pour sa constante bonne humeur. Cette sonate s'ouvre comme s'il nous disait " Asseyez-vous, je vais vous raconter une histoire qui va bien vous faire rire ". Et effectivement cette histoire est pleine de surprises, de virages soudains, d'interrogations ludiques. Et qui mieux placé pour répondre au facétieux Haydn que le facétieux Glenn Gould?

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