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De la (non) place des femmes dans l’écriture de l’histoire de la musique

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Brigitte Mahaux invite dans l’émission Demandez le programme Valérie Dufour, Directrice du LaM, Laboratoire de Musicologie et Maître de recherches FNRS-ULB, et Fauve Bougard, Aspirante FNRS au LaM (ULB). Ensemble, elles nous parleront de la place qu’ont occupée – ou non – les femmes dans l’histoire de la musique et de l’écriture de la musique.

Maître de recherches au Fonds national de la recherche scientifique et professeur la musicologie à l’Université libre de Bruxelles, Valérie Dufour s’intéresse tout particulièrement aux liens entre musique et histoire des idées. Fauve Bougard est, elle, diplômée en musicologie à l’Université libre de Bruxelles (2018), et actuellement doctorante en musicologie ses recherches portent sur la place des femmes dans la musique, elle rédige une thèse portant sur "L’éducation musicale des femmes dans les conservatoires de Paris et Bruxelles au XIXe siècle. Entre art d’agrément, sociabilité bourgeoise et professionnalisation" et a également reçu le Prix de l’université des femmes pour son mémoire sur Juliette Folville, qui est l’une des premières compositrices professionnelles en Belgique.

"Gustav à Alma"

Dans une lettre qu’il adresse à la jeune Alma Schindler le 19 décembre 1901, Gustav Mahler demande à celle qu’il aime de choisir entre sa vie de compositrice et son rôle de future épouse qui sera aux petits soins pour lui.

"Je me trouve dans l’étrange situation d’opposer à la tienne ma musique, que tu ne connais et ne comprends pas encore. Ne t’est-il pas possible de considérer désormais ma musique comme la tienne ? Que se passera-t-il lorsque tu seras en forme pour composer et qu’il faudra t’occuper de la maison ou de quelque chose dont j’ai besoin si, comme tu me l’écris, tu veux m’épargner les petits détails de la vie. Crois-tu devoir renoncer à un grand moment de ton existence dont tu ne pourrais te passer si tu abandonnes complètement ta musique afin de posséder la mienne et aussi d’être mienne ? […] Qu’est-ce donc que ce travail ? Composer, pour ton propre plaisir ou pour enrichir le bien commun de l’humanité ? Que tu aies des remords parce que tu négliges tes études de formes musicales ou de contrepoints, cela m’est incompréhensible. Je te parle ici, non pas de tes œuvres que je ne connais pas encore mais de tes rapports avec moi, avec mon être, qui doivent déterminer tout notre avenir. Tu n’as désormais qu’une seule profession, me rendre heureux. Je sais bien que tu dois être heureuse grâce à moi pour pouvoir me rendre heureux. Mais les rôles dans ce spectacle qui pourrait être une comédie aussi bien qu’une tragédie, doivent être bien distribués, et celui du compositeur, celui qui travail m’incombe. Le tient est celui du compagnon amant, du camarade compréhensif. […]"

Comme l’explique Valérie Dufour, cette lettre, qui est écrite à l’issue d’une discussion assez violente entre Gustav et Alma, est très emblématique et met en lumière cette situation dans laquelle se retrouvent les femmes qui désirent composer au XIXe siècle. Il y a, nous explique Valérie Dufour, des raisons historiques qui expliquent cette situation dans laquelle les femmes sont amenées à renoncer à leur désir de composer.

La musique écrite, la musique notée, celle qui entame sa longue histoire au Moyen Âge, se fonde dans des milieux de cathédrales et d’universités qui sont entièrement réservés aux hommes. Dès le début de cette grande histoire de la musique, les femmes ne sont pas là. Et l’histoire des compositrices est une histoire d’exception, "les femmes qui ont pu faire partie de cette histoire sont des exceptions" nous dit Valérie Dufour. Un autre argument historique avancé par Valérie Dufour est "l’androcentrisme des religions dominantes en Occident" : la femme peut servir la musique, elle peut être interprète mais elle ne peut pas avoir le rôle de chef ou de compositeur, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas dominer ni créer.

Un manque de repères féminins

"L’histoire doit être réécrite en permanence", il faut savoir que si on ne parle pas des compositrices, ce n’est pas parce qu’il n’y en avait pas beaucoup ou parce qu’elles n’avaient pas de talent, mais simplement parce qu’elles ont été éclipsées de l’histoire écrite de la musique : "la musicologie telle qu’elle est instituée dans le monde universitaire comme discipline et comme science est écrite par des hommes. Les femmes ne sont donc pas reprises dans les référentiels de musicologie et donc on les oublie progressivement." Il y a donc tout un travail de redécouverte de ces compositrices, qui se fait notamment à travers de plateforme comme Demandez à Clara ou encore Donne – Women in Music.

À lire : "Demandez à Clara", la plateforme qui met en lumière les compositrices et leurs œuvres

Un entretien à suivre ci-dessous

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