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White Christmas, la chanson la plus rentable de Noël

À quelques jours de Noël, Réal Siellez revient sur l’histoire émouvante d’un des classiques de Noël, la chanson White Christmas.

Derrière White Christmas, se cache l’histoire d’un parcours de vie incroyable, celui d’Israel Balin, plus connus sous le nom d’Irving Berlin

Sa famille avait fui le régime antisémite du tsar Alexandre III pour se cacher à New-York, alors qu’il n’avait que 5 ans. Fils d’un rabbin orthodoxe, il n’avait jamais eu de Noël.

Et c’est chez ses voisins, les O’Hara, chez qui il allait braquer des friandises, qu’il tombe pour la première fois sur un sapin de toute petite taille mais qui lui semblait monter jusqu’au paradis.

Il ne savait pas encore que cette rencontre "conifèresque" allait changer l’histoire de la chanson, puisqu’il est le premier à faire sortir le chant de Noël de l’église à destination des ondes radiophoniques"White Christmas" est en effet la première chanson pop de Noël.

Tout commence par une histoire d’amour

En 1924, alors que Berlin porte le deuil de sa première femme depuis douze ans, il fait la rencontre de la jeune Ellin Mackay, qui l’aborde maladroitement lors d’un dîner mondain en lui disant : "J’aime tellement votre chanson, What Shall I Do ?". Et lui de la corriger "C’est What’ll I Do ?". Elle le cueillera en répondant avec un grand sourire "Mais quand il s’agit de grammaire, j’ai toujours besoin d’un peu d’aide" et voilà, c’est le coup de foudre.

Et pourtant, ils ne pouvaient pas être plus différents : lui, pauvre immigrant juif du Lower East Side qui commençait à toucher le rêve américain à force de talent ; elle, riche héritière catholique de la haute société de Manhattan.

Clarence Mackay, le père d’Ellin, ne veut pas d’un Juif élevé dans la misère, il oblige donc sa fille à s’exiler en Europe, mais cette séparation renforce encore plus la passion de leur amour comme va l’écrire Irving dans All Alone, un de ses plus gros succès à l’époque porté par "the voice", Frank Sinatra…

"Je suis tout seul / Il n’y a personne d’autre que toi / Tout seul au téléphone / / Je suis tout seul chaque soir / Tout seul et triste / Me demandant où tu es et comment tu vas"

Rassurez-vous, il y a happy end… Après le désespoir, les retrouvailles : les deux amoureux décident de se marier lors d’une très simple cérémonie civile à la mairie avec, en guise de cadeau de mariage, une chanson, Always, que Berlin introduit par cette phrase "C’est une chanson d’amour que j’avais écrite parce que j’étais tombé amoureux".

Mais tout ce bonheur laisse place à une histoire douloureuse lorsque le compositeur et sa femme perdent leur premier enfant le jour de Noel, sans la moindre explication médicale…

Pour le couple, le traumatisme est énorme. Pour Irving, les fêtes de Noël, qui étaient depuis sa plus tendre enfance le symbole de sa propre intégration au rêve américain, devenaient soudainement la source d’une immense mélancolie. Des années plus tard, leur fille Mary raconte dans ses mémoires que dans ses souvenirs, chaque veille de Noël, ses parents partaient sans dire où ils allaient. Ils prétextaient souvent des préparatifs de dernières minutes. Ce n’est qu’à l’âge adulte qu’elle comprendra qu’ils ne voulaient pas gâcher le Noël des autres en leur révélant la mort d’un premier frère et leur visite annuelle au cimetière.

Et pourtant cette puissante mélancolie va rapidement trouver un écho dans une chanson, diffusée pour la première fois sur les ondes de NBC, le jour de Noël 1941, dans une version chantée par Bing Crosby, la plus grande star de l’époque. La douleur d’Irving Berlin se met à raisonner dans le cœur de millions d’Américaines et d’Américains alors que leur pays vient d’entrer en guerre suite à l’attaque de Pearl Harbor, dix-huit jours plus tôt. À la fin de la guerre, "White Christmas" était déjà la chanson la plus vendue de l’histoire. Avec cinquante millions de copies diffusées dans le monde, jamais aucune chanson ne lui a enlevé ce record.

Repris plus de 500 fois mais aussi adapté en français par Francis Blanche sous le titre "Noël Blanc", ce titre a été repris à l’infini dans de nombreuses langues…

White Christmas, c’est aujourd’hui le deuxième titre le plus rentable du monde, il a rapporté 37 milliards de dollars… La chanson la plus populaire au monde est un mélange de deuil et de souvenir d’enfance… Et à une semaine de Noël, on retrouve ce petit garçon de 5 ans qui a les yeux qui brillent devant un sapin abîmé dans un appartement new-yorkais.

White Christmas par Bing Crosby accompagné par le John Scott Trotter Orchestra et les Ken Darby Singers sur le single du même nom en 1942. C’était dans l’air du temps, ça l’est toujours.

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