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La comédie musicale "Don Quichotte", des Etats-Unis à Jacques Brel

Dans un monde où il y a trop de moulins, Réal Siellez nous propose de replonger dans la comédie musicale Don Quichotte.

Presque cinq siècles nous séparent de la naissance de de Cervantès. Et pourtant son héros, le miroir de lui-même, son Don Quichotte, est on ne peut plus actuel dans cette société.

L’homme de la Mancha

Ce chevalier à la triste figure a été bien des fois mis en musique et de façon admirable en 1965 à Broadway par Mitch Leigh, avec Richard Kiley qui incarne De Cervantès et Don Quichotte.

Deux ans plus tard, Jacques Brel voit cette comédie musicale au Cannergie hall… Et décide d’adapter la comédie musicale, L’homme de la Mancha.

 

Si Richard Kiley place son lyrisme dans la technique vocale, Brel ajoute cette âme que lui seul à la capacité d’insuffler au personnage. Il s’appuie sur la langue française et ses consonnes pour les coutures… Les voyelles serviront à la déchirure.

Et il en est habité… Il vient de quitter son tour de chant, ce Don Quichotte est un renouveau pour lui, et surtout il se reconnaît tant dans l’auteur que dans le personnage.

Pour cette adaptation, Jacques Brel emmène avec lui Joan Diener, celle qui a créé le rôle de Dulciné dans la version américaine de la comédie musicale et c’est le lyrique et enthousiaste Dario Moreno qui incarnera Sancho Pança…

Mais malheureusement, un mois seulement après la création de ce rôle, Dario Moreno décède à Istanbul des suites d’une congestion cérébrale, à l’âge de 47 ans.

C’est donc seulement après quelques jours de représentations à Bruxelles et avant l’arrivée de L’homme de la Mancha à Paris qu’il sera remplacé par un sociétaire honoraire de la comédie française, Robert Manuel.

L’homme de la Mancha sera un véritable succès et sera arrêté le 17 mai 1969 par un Brel fatigué, qui aura perdu sur scène plus de dix kilos à se battre contre des moulins… Parce que son lyrique à lui c’est l’investissement jusqu’au bout des doigts et bien au-delà.

Le lyrisme de Brel

Il semblait important à Réal Siellez de vous proposer un Cervantès de cinq siècles, un Don Quichotte éternel, et un Jacques Brel de référence pour nous donner le courage de batailler dans un monde où il y a de plus en plus de moulins de tous genres, et que devant l’absurdité, peu importe d’être traité de fou, la quête est la plus belle sinon pourquoi nous battons-nous

Aimons jusqu’à la déchirure, même trop, même mal, bien qu’ayant tout brûlé, brûlons encore !

Et une pensée toute spéciale à mes collègues techniciens, créateurs, artistes de tous poils, de tout poids, de tous arts et toute esthétique confondue !

Le chevalier Michel Van Muylem

Dans les célèbres reprises de don Quichotte il y a eu José van Dam… Mais la Belgique c’est aussi le monde des cafés-théâtres, un monde qui grouille de génies plus discrets, moins exposés…

Et dans le royaume de ces cafés-théâtres, il y avait un chevalier qui lui aussi se battait contre les moulins, ce qui ne lui a jamais empêché de brasser du vent, c’est Michel van Muylem… Lui aussi a fait une reprise plus que notable de L’homme de la Mancha

Et il a tenu le Café-Théâtre La soupape pendant plus de 40 ans, une soupape qui a révélé Yolande Moreau, Maurane, Claude Semal, Martine Kivits, Vincent Delbushaye, Bruno Coppens, Vanessa Fantinel, etc.

Michel a rejoint l’inaccessible étoile au début du mois d’août. Et cette chronique lui est dédiée ainsi qu’à tous ceux qui, comme Réal Siellez, se délecteront encore longtemps de souvenir savoureux "made in soupape".

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