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La chronique aux pieds nus : "chanter pieds nus, c'est chanter vraiment"

Césaria Evora
Césaria Evora - © PETER KOLLANYI - BELGAIMAGE

Pour sa rentrée dans la matinale, Réal nous propose encore un bout d’été en se mettant pieds nus avec une certaine Césaria…

Césaria Evora, la diva aux pieds nus

Si elle ne nous avait pas fait la surprise de filer en 2011, elle fêterait aujourd’hui ses 78 ans.

La diva aux pieds nus, c’était elle, surnommée également Reine de La morna, musique typiquement cap-verdienne, qui s’est enrichie d’influences en influences, la colonisation portugaise y a déposé son fado, puis des empreintes perceptibles du Brésil et de ses tangos avant de faire des détours par les Caraïbes, la Jamaïque, St-Domingue ou Haïti. En fait, la morna est un genre en perpétuelle mutation qui ne cesse de connaître des évolutions techniques et harmoniques.

Et cette mélodie tout en mélancolie solaire vient directement de la situation géographique cap-verdienne. C’est un pays que l’on quitte et que l’on est obligé de quitter parce qu’il ne peut pas nourrir tout le monde à cause de la sécheresse et de la famine, dans ce peuple de 800.000 âmes, seuls 340.000 vivent sur l’archipel, ce qui donne ces chansons… Celles qui racontent la tristesse de partir et la saveur de l’idée du retour… Et Cesaria Evora était de celle qui chantait cet amour-là…

Césaria commence sa carrière internationale à 46 ans, pieds libres sur scène, bouteille de rhum à la main et cigare prêt à être allumé à tout moment… Et de notre côté européen, la découverte est entre autres un coup médiatique, les directeurs de la radio Europe 1 tente de voguer sur le succès de la musique du monde lancé en 1989 avec La Lambada.

Et si Césaria Evora amène des harmonies plus riches et une interprétation moins agitée, elle est loin de correspondre au star-system du moment, avec un strabisme costaud et un corps à l’opposé des caricatures de la mode.

Mais comme l’interprète si bien Bernard Lavilliers dans son duo avec la diva aux pieds nus… Elle est profondément habitée quand elle chante…

Avé Césaria

Le tube emblématique de Césaria Evora, Sodade, évoque un des épisodes les plus cruels du Cap Vert, occulté et nié sous la dictature de Salazar, celui de la déportation des Cap Verdiens vers les champs de cacao de la Guinée Bissau dans un premier temps, puis de Sao Tomé et Principe.

Et dans cette tragédie, on ressent l’amour de Césaria et la douceur de son souvenir : l’être aimé s’en va, son départ est déploré, son retour est espéré. Comme le disent les paroles :

Si tu m’écris
Je t’écrirai
Si tu m’oublies
Je t’oublierai

Jusqu’au jour
De ton retour.

Mettons-nous pieds nus comme Césaria, connectés à la terre de son histoire, tout ce qu’elle nous apporte de joie quand notre voûte plantaire est caressée par un sable tiède, une étendue d’herbe qui rafraîchit… Connectés à cette terre qui brûle heures après heures à l’autre bout du monde… vous verrez que pieds nus, on est bien plus connectée aux autres, chantez pieds nus c’est chanter vraiment…

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