Dans l'Air du Temps

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L’homme d’un siècle et sa Mistinguett

Il y a 100 ans tout pile résonnait aux Etats-Unis un air qui avait déjà fait frissonner la France, My Man, chanté ici par Fanny Brice, actrice et chanteuse new-yorkaise qui a inspiré la comédie musicale "Funny Girl" popularisé au cinéma par Barbara Streisand.

Un an plus tôt, ce titre scelle la popularité d’une autre grande pionnière, française : Mistinguett.

Le titre qui fera la popularité de Mistinguett

Cette chanson, "Mon homme", est écrite par Alber Willemets et Jacques Charles et est inspirée d’une pièce de théâtre de Francis Carco, intitulée elle aussi "Mon homme".

Mistinguett jouait dans cette pièce de théâtre et au même moment au Casino de Paris dans la revue Paris qui Jazz. Et la chanson Mon homme va être écrite, précisément, pour cette revue. Le titre et la revue déclenchent à ce point la popularité de la titi parisienne que même lorsqu’elle joue la pièce de théâtre de Carco, le public lui réclame la chanson "Mon homme". La chanson finira même par être intégrée au scénario de la pièce. Mistinguett chantait donc la même chanson dans les deux spectacles auxquels elle participait simultanément.

Et à l’époque l’interprétation en public était un véritable rodéo, il fallait maîtriser son audience en toutes circonstances, même quand celle-ci est comment dire, un peu imbibée et joyeuse…

A cette époque, pas de micro, pas de filet, tenir le silence du public et son attention, c’était toute une technique.

La vision de la femme d’un autre temps

L’histoire que raconte la chanson "Mon homme" est l’histoire d’une prostituée qui est éprise par un voyou des grandes villes du nom de Fernand qui maltraite sa compagne. Femme soumise, elle accepte sa tyrannie… Et lorsque Mistinguett la chante et connaîtra ses premières heures de célébrité, une critique parlera d’elle en la qualifiant de "la plus chaude propriété de France et l’artiste féminine la mieux payée". Ça en dit long, non seulement sur la vision des femmes il y a un siècle, mais aussi sur la vision de l’artiste féminine.

Pour avoir du succès il fallait être languissante, soumise mais joyeuse dans la soumission, où esseulée et attendant l’amour, et cela pour parler à toute et à tous.

Les hommes étaient donc confortés dans un rôle indispensable pour que les femmes aient un véritable statut social… jeune fille à déflorer, ou épouse, ou amante et enfin veuve.

Et les femmes, soit dans l’attente et le fantasme de l’arrivée de l’homme, ou dans le casée pour de bon.

Et puisque nous avions commencé par une version américaine de Mon homme, Réal Siellez ne voulait pas terminer cette chronique sans vous avoir fait savourer quelques notes de la version très inspirée de Billie Holliday, puisqu’elle a payé, et ce n’est rien de le dire, le lourd tribut d’une domination masculine qui s’est exprimé par une violence insupportable.

Une chanson en français qui a un siècle et une année et qui, comme beaucoup de tubes, nous donne du recul sur une époque pas si lointaine…

Mon homme d’Albert Willemetz, Jacques Charles, Maurice Yvain interprété par Mistinguett pour la revue Paris qui Jazz en 1920… C’était dans l’air du temps, ça l’est toujours

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