Dans l'Air du Temps

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Jean Sablon, le chanteur à la voix douce qui murmurait à l’oreille des auditeurs

Dans sa chronique Dans l’air du temps, Réal Siellez nous propose de nous arrêter sur une polémique vocale et nous explique pourquoi Jean Sablon et son "Vous qui passez sans me voir" ont changé l’histoire de l’interprétation.

Jean Sablon, le french singing troubadour

Vous souvenez-vous de Jean Sablon, celui qui chantait avec Mireille le titre "Ce petit chemin" en 1933 ?

Avec Ce petit chemin, Jean Sablon et Mireille sont les premiers à faire l’ancêtre de ce qui est aujourd’hui "le clip vidéo" des chansons… Sablon était surnommé le french singing troubadour parce qu’il voyageait partout dans le monde, et qu’il s’inspirait des plus grand pour venir insuffler dans sa propre carrière le secret des réussites à l’étranger.

Il a appliqué les leçons de ses maîtres, Rudy Vallée et Bing Crosby…

Et c’est auprès d’eux qu’il apprend qu’une chanson n’a pas forcément besoin d’être hurlée… Mais qu’elle peut être susurrée à l’oreille… A l’époque, une chanson pour être chantée devait être envoyée avec un coffre surpuissant de chanteur, ou une voix perchée dans l’arrière du nez par les chanteuses pour profiter des caisses de résonance naturelles.

L’exemple typique c’est Edith Piaf : même si la chanson est douce la voix doit porter !

L’interprète est plus loin du micro, celui-ci est un outil de propagation du son, c’est technique…

Mais Jean Sablon utilise le micro comme un véritable partenaire, il le connaît et en joue, et il fait découvrir une gamme vocale beaucoup plus simple, ramène un intime, et propose donc de chanter à l’oreille de chaque auditeur et chaque auditrice,

L’idée n’est pas d’atteindre le fond de la salle avec sa voix, puisque le micro est là pour s’en charger…

Vous qui passez sans me voir, une ode au micro

Vous qui passez sans me voir crée un véritable schisme chez les spectateurs de concert… Il y a ceux et celles qui trouvent que c’est une évolution intéressante qui donne à l’auditeur l’occasion de découvrir un autre pan de la voix chantée, et d’un autre côté, il y a les plus conservateurs qui trouvent qu’un vrai chanteur est quelqu’un qui envoie du bois.

Jean Sablon, en amenant sa technique du micro, a permis aussi aux chanteurs de moins se fatiguer. Ils pouvaient alors faire plusieurs concerts sur une semaine, voire sur une journée. Sans le savoir, Jean Sablon a créé une forme de productivité du concert.

Ce scandale du micro lui a valu le surnom du "chanteur sans voix" et même celui du "pt’it qui a le son court".

Cette chanson a aussi la particularité d’être épicène… C’est-à-dire qu’elle ne définit pas le genre de personne à qui elle s’adresse. Jean Sablon était l’incarnation du charme français et hors de question pour lui de se couper de son public féminin qui ignorait ses préférences sexuelles, alors qu’à l’époque ça ne posait aucun problème.

Et la chanson qui a fait scandale et qui a installé la nouvelle fonction du micro a voyagé et a été reprise. Son interprétation a permis à beaucoup d’interprètes d’asseoir un répertoire plus intimiste… Léo Marjane, Line Renaud, Ray Ventura et les collégiens…

Jean Sablon en 1936 avec "Vous qui passez sans me voir"… C’était dans l’air du temps, ça l’est toujours.

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