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"Déshabillez-moi" de Juliette Gréco : quand le féminisme prend le pouvoir sur l'effeuillage

"Déshabillez-moi" de Juliette Gréco : quand le féminisme prend le pouvoir sur le strip-tease.
"Déshabillez-moi" de Juliette Gréco : quand le féminisme prend le pouvoir sur le strip-tease. - © BELGA/AFP

- Mise à jour du 24 septembre 2020 : nous avons appris le décès de Juliette Gréco ce mercredi 23 septembre 2020, à l'âge de 93 ans. -

Réal Siellez nous parle de Juliette Greco et de sa chanson Déshabillez moi. 

Déshabillez-moi de Juliette Gréco est un tube. Celui pour lequel Juliette Greco disait "Pour chanter cette chanson, il faut que j’aie ma robe, mes chaussures, qu’on ne me voie pas, qu’il n’y ait que ma tête et mes mains… c’est pour ça que j’ose" ! Il serait réducteur de dire qu’à l’aube de mai 68, cette chanson était faite pour choquer les âmes pudibondes… Cette chanson est bien plus que ça : c’est une prise de pouvoir.

Une chanson destinée au strip-tease...

Mais revenons à sa genèse. C’est un texte de Robert Nyel, dessinateur satirique et parolier, après avoir eu tout de même une très courte carrière de chanteur. Déshabillez-moi, c’est aussi une musique de la pianiste et amie de Nyel, Gaby Verlor. Ce tandem avait déjà beaucoup écrit pour d’autres interprètes, principalement de petites perles pour Bourvil.

Robert Nyel avait depuis un bon moment Déshabillez-moi en réserve. Il l’avait écrite pour une strip-teaseuse, avec qui il était en couple, dans le but qu’elle en fasse un numéro d’effeuillage dans des cabarets érotiques, mais la fin de leur idylle donne finalement envie au parolier d’enterrer le projet du titre pour de bon.

C’était sans compter sur Gaby Verlor qui tenait quelque chose dans cette composition pourtant faite à la va vite et par téléphone. Elle dégaine ses interprètes féminines : Line Renaud et Ginette Garcin, mais les deux refusent.

... transformée par Juliette Gréco en chanson féministe.

En 1967 elle se rend chez Juliette Gréco, qui ce jour-là est accompagnée de Françoise Sagan. Alors qu’elle a refusé toutes les chansons que la compositrice lui avait proposées, et bien que cette dernière ait entamé le morceau en lui disant : "Bon celle-ci, personne n’en a voulu" , le premier couplet à peine entamé, Juliette Gréco annonce qu’elle la veut. Mais elle ajoute immédiatement un détail qui va changer toute la chanson…

Elle ajoute en fin de chanson, une injonction, une prise de pouvoir : "Déshabillez-vous". La chanson de strip-teaseuse devient une chanson féministe. Hors de question de laisser l’homme profiter passivement du spectacle. Toute sa carrière Gréco sera habillée jusqu’aux poignets pour la chanter. Parce que ce n’est pas une chanson qui parle de nudité, c’est une chanson qui parle de désir. Ici on ne s’exécute pas, on suggère et c’est l’interprète féminine qui a le pouvoir… Et ce, dans toutes les langues.

Sentant le bouleversement révolutionnaire que ce titre pourrait être, et parce que ça se faisait beaucoup à l’époque, son manageur fait enregistrer à Juliette Gréco Déshabillez moi en italien, en allemand ou encore en anglais sous le titre Jean remove my Coat.

Déshabillez-moi par Juliette Greco en 1967 sur l’album La femme, une chanson destinée au strip-tease, mais chaste et féministe. Révolutionnaire, libertaire, bref … C’était dans l’air du temps, ça l’est toujours 

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