Dans l'Air du Temps

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De Bobbie Gentry à Joe Dassin : quand un fait divers se transforme en chanson

Dans sa chronique Dans l’air du temps, Réal Siellez nous raconte l’histoire qui se cache derrière la chanson Marie-Jeanne de Joe Dassin. 

La chanson Marie-Jeanne nous raconte l’histoire d’une jeune femme qui s’est jetée du pont de la Garonne. Cette histoire, elle est vue sous le prisme d’une famille attablée qui se passe les plats de mains en mains et qui évoque la mort de cette adolescente comme si de rien n’était.

En août 1967, Joe Dassin demande à ses paroliers fétiches de début de carrière, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, d’adapter une chanson américaine qui cartonne, un titre enregistré en une heure, le 10 juillet 1967, aux studios Capitol de Hollywood, à Los Angeles, Ode to Billy Joe de Bobbie Gentry, une véritable révélation qui fait une entrée fracassante au Billboard Hot 100 et qui détrône les numéros 1 de l’époque, les British Beatles, qui régnaient en maître sur le top des charts depuis des semaines.

Une chanson qui a fait couler beaucoup d’encre

Bobbie Gentry s’empare du folk pour faire un style très à la mode en 60-70, l’utilisation d’un fait divers pour parler de la société tout autour : et ce fait divers, c’est le suicide d’un jeune garçon, Billie Joe MacAllister, qui s’est jeté du haut du pont tallahatchie, dans le delta du Mississipi.

Dans la chanson, l’histoire est racontée par une jeune narratrice – la chanteuse – qui, étant rentrée chez elle, entend son père et sa mère commenter le suicide de ce pauvre garçon qui, finalement, n’aurait sûrement jamais rien fait dans la vie, aux dires du père de famille. La mère, elle, raconte que la veille de son suicide, on a vu le jeune Joe sur le pont en compagnie d’une jeune fille et tous deux étaient en train de jeter quelque chose dans l’eau.

Et la jeune narratrice écoute ses parents discuter entre deux bouchées de ce fait divers, sans jamais révéler que c’était elle la jeune fille sur le pont.

Mais qu’ont-ils jeté du pont et pourquoi Billie Joe s’est-il suicidé ? La chanteuse laisse planer le mystère sur ces détails.

Bobbie Gentry dans une interview de novembre 1967 dira que c’était la question qui lui était la plus demandée. Parmi les objets les plus proposés par le public, il y avait des fleurs, une bague de fiançailles, un avis de mobilisation, du LSD ou encore un bébé avorté.

Parce que la force de cette chanson et de son succès, c’est bien le mystère qui plane autour de cette affaire.

La chanson est un tel mystère et le succès si fort, que, fait rarissime, alors que souvent, des chansons sont inspirées par des films, en 1976, 9 ans après l’adaptation de la chanson par Joe Dassin, c’est un film réalisé par Max Baer Junior, inspiré de la chanson qui sort sur les écrans…

Revenons à la version Française, Joe Dassin adapte Billie Joe MacAllister en Marie Jeanne Guillaume, les champs de cotons sont transformés en vigne, le narrateur devient masculin, le suicide est féminin, et le tallahatchie Bridge est reconstruit en pont de la Garonne.

Mais ce que ça nous raconte avant tout, ce sont des paysages de gens incapables de communiquer entre eux, un silence en lame de fond…

Cet instrumental de guitare qui file tout droit comme une vie dans laquelle il ne se passe pas grand-chose, et les violons et violoncelles qui nous racontent le drame léger qui ne coupera pas du quotidien…

Pas de refrains, que des couplets qui s’empilent comme une accumulation, et surtout, ce qui a poussé Dassin à emprunter cette chanson, c’est la mélodie "banale" de la chanson. D’ailleurs, comme il l’expliquait souvent, un air doit être simple.

Un air, ça se siffle.

Réal Siellez nous propose donc un retour sur une chanson et l’évocation des drames que l’on ne voit pas passer. On déterre le mystère de ceux dont tout le monde se fout… Ode à tous les Billy Joe et à toutes les Marie-Jeanne, cette chanson nous raconte que jamais quelqu’un ne s’en va de façon totalement anonyme. Et malgré le drame, c’est la démonstration d’une belle humanité.

Marie Jeanne, Par Joe Dassin, sur une musique de Bobbie Gentry, des paroles de Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, en 1967 sur le 33 tours "Les deux mondes de Joe Dassin". C’était dans l’air du temps… Ça l’est toujours.

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