Dans l'Air du Temps

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Dans l’air du confinement : s’il faut danser, je veux danser maintenant

Kitsch

Aimons-nous vivant ! Trompette avec la bouche, déhanché hasardeux de fin de soirée de mariage, le carrelage est glissant, la mélodie l’est encore plus ! Un tube qui fait se lever les fans des années 80 des soirées imbibées, des plus chics aux plus populaires. Parce que sous ses airs de fête, il y a deux ou trois cris du cœur et regrets pudiques. Ceux qui font dire "J’aurais dû lui dire plus tôt…" aux enterrements. Et c’est le contexte de création de cette chanson : au printemps 1989, François Valéry enterre un ami très proche, et n’entend que des éloges teintés de regret pendant la totalité de la journée.

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Au printemps 1989, François Valéry enterre un ami très proche et n’entend que des éloges teintés de regret pendant la totalité de la journée. © Tous droits réservés

Troublé

Jeudi 12 mars 2020, 23h30, à quelques minutes de l’annonce officielle du confinement par le conseil national de sécurité, je suis derrière l’écran de mon ordinateur…

Les rassemblements dans les salles de théâtre sont déjà interdits depuis quelques heures et j’assiste donc à la première soirée du Festival XS qui se tient sans public au Théâtre National.

À cette heure-là, 15 acteurs font leur entrée en scène pailleté.e.s rock, où ils et elles attendent un public qui définitivement ne viendra pas, et sera constitué uniquement des autres artistes du festival. Mais vous vous troublez mal je suis un.e novice pardon est une création de la Cie GAZON-NEVE sous forme de bal, où les protagonistes se sont fait.e.s belles et beaux, pour se saisir du micro et chanter ou dire leur amour, comment il est né, comme il les a troublé.e.s, comme il les a brulé.e.s – dérangé.e.s – dégenré.e.s.

Et cette entrée se fait sur la voix et le synthé psychédélique de Muriel Legrand qui revisite Aimons nous vivant de François Valéry. Et si ce dernier règne sur le royaume du kitsch, la princesse Legrand (musicienne et actrice déjà reconnue) amène les dorures élégantes et fines de ce qui semble être le canapé Ikea du sentiment vital chanté… La représentation se finit sur un slow, et me vient un "Qu’est-ce que je fais là ? il FAUT que je danse !"

Un écho particulier

L’exemple de ce spectacle a écho aujourd’hui particulier.

D’abord les heures de travail, les mois en amont pour réunir ces acteur.ice.s et leurs libertés d’agenda, le temps de l’investissement, leurs sacrifices dans leurs vies de famille, les essais, les recherches, etc. Pour finir par être l’objet d’une seule représentation, sans public, filmée pour le rattrapage.

Ensuite, la contemporanéité de leur propos, cette partition faite de corps qui se prennent dans les bras, finissent en slow, ces peaux qui hurlent le besoin de retrouver une autre peau sous la bannière d’un "AIMONS NOUS VIVANT". Cela après des mois de recherche pour que l’instant où il est censé nous interpeller sur nos sièges de théâtre et dans nos chairs, pour que, nous, spectat.eur.rice.s, ressortions d’une salle de théâtre avec un imaginaire plus grand et un appétit de la vie creusé d’enthousiasme… Ce moment-là tombe moins de deux heures avant l’imposition raisonnable de la privation du corps de l’humain.

L’extase de la sensualité des bras sera reléguée au repli du nettoyage des mains.

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"Mais vous vous troublez mal je suis un.e novice pardon" – Cie Gazon-Nève © Alice Piemme

Un acte d’utilité publique

Enfin, dans ce moment où le mot CULTURE est absent de tous les plans de déconfinement, et où l’artiste a été réduit à "un être qui a besoin de s’exprimer en public", ce spectacle, et tant d’autres, est la preuve que l’art est un acte de générosité, de gourmandise, de travail, d’utilité public…

Auteur. rice, chef.fe d’orchestre, chorégraphe, Circassien.ne, coiffeu.r.se, Costumier. e, Composit.ric.eur, Interprète, maquilleu.r.se, metteur.e en scène, musicien.ne, plasticien.ne, réalisateu.r.se, scénographe, technicien.ne… sont des métiers, non des thérapies.

Notre boulot d’artiste du spectacle vivant est qu’un être s’émancipe de son statut de spectat.eur.rice avec une envie, un imaginaire plus grand, quelque chose qui composera une part de son histoire propre, et modifiera peut-être la façon dont il/elle pose le pied au sol… parce que ça, remis à son juste niveau, ça change aussi une vie. Et c’est quelque chose de plus grand que nous.

Dans l’attente folle de voir ce spectacle, dans l’espoir d’être à nouveau spectateur actif de tous les spectacles vivants du monde… Aimons nous vivant !

 

"Mais vous vous troublez mal je suis un.e novice pardon"

Conception et dramaturgie

Jessica Gazon

Thibaut Nève

 

Mise en scène

Jessica Gazon

 

Dramaturgie de genre

Cora-Line Lefèvre

 

Création lumière et direction technique

Julie Petit-Etienne

 

Arrangements musicaux

Muriel Legrand

 

Avec

Valérie Bauchau

Stéphanie Blanchoud

Helene Collin

Gaëtan D’Agostino

Sébastien Fayard

Muriel Legrand

Francois Maquet

Thibaut Nève

Céline Peret

Stéphane Pirard

Morena Prats

Benjamin Ramon

Achille Ridolfi

Laurence Warin


Costumes
Elise Abraham

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