Dans l'Air du Temps

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Dans l’air du confinement : c’est moi que je "Like" à travers vous

Réal Siellez vous propose sa sixième chronique Dans l’air du confinement.

Confidences pour confidences

Jean Schulteis, célèbre compositeur, n’a fait qu’un seul tube. Un peu né sous forme d’accident, ce n’était pas à lui-même qu’il le destinait, et d’ailleurs quand il pose les paroles sur ce qui deviendra Confidences pour confidences en 1981, il ne s’agit pour lui que d’un exercice rythmique dans le but de préparer une autre composition.

Il part d’une anadiplose, le fait de reprendre le dernier mot ou la dernière syllabe d’un vers pour commencer le suivant :

Je me fous,

Fous de vous,

Vous m’aimez
Mais pas moi,

Moi je vous

Voulais mais
Confidence pour confidence, c’est moi que j’aime à travers vous

Le savoir-faire et le faire savoir

Cette chanson m’est venue en tête de façon systématique lors de mes odyssées quotidiennes et beaucoup trop longue, sur la mer agitée des réseaux sociaux.

Parce que si le royaume de l’immatériel est devenu le lieu où égrainer nos heures et marquer d’un post l’histoire du monde, il se nourrit bien du réel. Une collègue de radio France remarquait qu’à l’instar du récit biblique, les pains se multiplient également sur les réseaux sociaux… Faire son pain soi-même, ce petit retour aux sources, est devenu en quelques semaines l’un des principaux sujets d’auto-exposition. Particulier quand on pense que dans les évangiles c’est un miracle de partage quand la nourriture vient à manquer, et que notre contemporain transforme cette agape en exhibition, nous coupant du goût et nous Liker la croûte que nous ne casserons pas…

Nous nous sommes habitués à être noyés par les initiatives maisons exposées. Si je me suis découvert une passion pour le Ukulélé, vous allez chanter, si j’ai cuisiné, vous allez en baver, et malheur à vous si j’ai décidé de chanter la totale du répertoire francophone d’entre-deux-guerres sur mon balcon, pour tout le quartier, parce que plus le monde est petit, plus il y a de vis-à-vis.

La question ici est de savoir ce qui est vraiment du ressort du partage et ce qui est du ressort de se sentir aimé…

Profiter des réseaux sociaux pour créer des initiatives de liens, comme cette collocation de jeunes en mettant au point "les correspon’sans dent" : un microsystème de posts pour assurer une correspondance manuscrite intergénérationnelle entre inconnus, un.e résident.e de maison de retraite et d’autre.s confiné.e.s un peu plus libre, ça, je peux le définir comme du partage.

Tout ce qui brille n’est pas Like.

Peut-être que pour être aimé, l’idée n’est pas de faire, mais d’être.

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