Dans l'Air du Temps

Plus d'infos

D’Aznavour à Eddy de Pretto, les rêves d’atteindre le "haut de l’affiche"

Dans sa chronique Dans l’air du temps, Réal Siellez fait le parallèle entre les débuts d’Aznavour et ceux d’Eddy de Pretto.

Eddy de Pretto, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur-compositeur-interprète français, qui sortira dans quelques semaines un deuxième album, intitulé Bateau Mouche, dans lequel il revient sur le début de sa carrière, lorsqu’il était "chanteur pour touriste".

"J’me voyais déjà haut"

Dans ce titre, dans lequel l’artiste se raconte, évoque ses rêves d’artistes, il répète cette phrase : "je me voyais déjà haut", une référence, involontaire, à une autre chanson d’un artiste idéaliste qui rêvait de succès, Je me voyais déjà de Charles Aznavour.

Du côté d’Eddy de Pretto et de son titre "Bateau-mouche", la ressemblance n’était pas volontaire, mais rien d’étonnant puisque lorsqu’il écrit son deuxième album, fin 2018, la nouvelle de la mort de Charles Aznavour tombe… Et pour la cérémonie des Césars 2019, c’est à lui que l’on fait appel pour rendre hommage à l’infatigable chanteur nonagénaire.

Charles Aznavour aurait très certainement aimé cette reprise. Il adorait en effet la jeunesse et n’avait jamais aucun mépris pour ceux qui commencent, et même ceux qui n’y arrivent pas et qui s’accrochent.

C’était un travailleur forcené qui, on le sait, a été énormément snobé par les chanteurs qui l’entouraient et pour qui il écrivait… Les Piaf, les Montand…

Des attaques sur son physique, et du snobisme sur son travail… Mais un interprète qui se faisait étriller sévèrement par la critique…

Bruxelles, lieux de naissance de J’me voyais déjà

On pourrait croire, à l’écoute des paroles vengeresses et déterminées du texte de J’me voyais déjà, qu’Aznavour raconte ce qu’il a ressenti comme rage dans ces moments rudes de début de carrière…

Mais pas du tout… Figurez-vous que c’est chez nous, à Bruxelles, dans un cabaret place de Brouckère qu’il tombe sur un chanteur au costume bleu pétrole qui – un peu à l’égal d’Eddy de Pretto sur ses bateaux-mouches - met du cœur et du corps dans son interprétation. Aznavour dira de lui :

"C’était, je ne dirai pas pénible, mais plutôt émouvant parce qu’on sentait qu’il donnait tout ce qu’il pouvait donner, mais il n’avait rien à donner… Mais moi, j’écoute toujours attentivement les gens, je ne me moque jamais d’un artiste, même s’il est ridicule et mauvais, parce que je trouve que le ridicule c’est triste, c’est plutôt dramatique. Et en rentrant, j’ai écrit la chanson"

J’me voyais déjà de Charles Aznavour, une chanson inspirante qui nous parle des débuts d’un artiste, qui nous permet d’envoyer de vives pensées à tous les arts vivants, à celles et ceux qui font vivre avec eux les possibles sur la scène (techniciens, techniciennes, interprètes, employés des différents lieux culturels…), et qui sont toujours privés de faire leur métier.

Et Réal Siellez émet un souhait au nom de ces artistes : que les politiques entre autres, cesse de parler de nous comme d’une population en thérapie qui se soigne en s’exposant aux yeux de tous, mais comme des artisans consciencieux et professionnels à l’image du reste de la population qui reste sur le carreau.

Je m’voyais déjà, de et par Charles Aznavour en 1961 sur l’album du même nom, c’était dans l’air du temps, ça l’est toujours.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK