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Christophe, immobile et coloré et les mots bleus, une "histoire d’amour sans paroles"

Ce mardi 13 octobre, le chanteur Christophe – qui nous a quittés le 17 avril dernier, aurait eu 75 ans… Pour lui rendre hommage, Réal Siellez se balade dans Les mots bleus, une chanson tout en silence. 

En cette période de tétanie absolue, celle où il est de moins en moins possible de savoir clairement ce qu’on peut faire et ne pas faire, celle où l’on se sent obstrué par les injonctions venant de toute part, retour sur un titre qui laisse son héros muet.

Sur des paroles de Jean Michel Jarre, et sur un album qui porte le nom de son tube tétanisé et onirique, Christophe interprète en 1975 l’histoire d’un gars incapable de parler. Mais c’est impossible ! Impossible d’ouvrir la bouche… Qu’est-ce que ça nous raconte ?

Commençons par le début : le protagoniste nous est d’abord décrit musicalement. D’ailleurs, rappelons le soin quasi religieux que Christophe portait au son, voire au bruit.

La guitare basse raconte le cœur d’un être humain qui bat, essence de la vie, le cœur ne module pas dans son rythme, il vient de son passé, il va vers son avenir…

Mais c’est le synthétiseur qui nous fait rentrer dans le morceau et raconte le rêve… L’apparition… C’est elle…

Il est six heures au clocher de l’église

Visuellement déjà les aiguilles des heures et des minutes forment une ligne droite, tout est tracé, une vie subie… Déjà avec cette première image, l’idée que tout ce que je pourrais mettre en action ne changera rien à mon destin de solitude…

Mais la grâce du rendez-vous, promesse de l’apparition, qui va bouger l’image, l’illusion que la réalité peut être altérée parce que la projection est possible.

Et à l’apparition de l’être aimée, le synthé nous offre une étoile filante sonore.

Les mots bleus, c’est l’histoire d’un garçon qui a l’image mais pas le son… Et qui, quand il bascule dans sa projection de conquête fantasmée, plonge dans un monde onirique d’amour sublimé où la séduction est simple, absolue, la complicité partagée, sans même justement user des mots pour entrer en contact avec un autre être humain… Et pour le signifier, le son bascule en musique de film avec des chœurs vocaux.

Le silence, l’absolu de l’amour

Le silence est le grand gagnant de cette chanson… Celui qui tétanise le héros, mais aussi celui que le héros sublime comme étant un absolu de l’amour… Si deux êtres sont capables de se taire ensemble, alors c’est qu’ils s’aiment.

Le parolier Jean-Michel Jarre aurait reçu à la sortie des Mots Bleus un courrier laconique de Serge Gainsbourg qui, l’accueillant dans la famille de l’écriture subtile contenait trois mots : "Bienvenue au Club".

Si les injonctions nous pleuvent dessus et nous tétanise, si nous sommes fatigués du monde, des points de vue que le monde étale et argumente… Il est temps de faire silence… Car comme l’écrit Maeterlinck dans le "Trésors des humbles" :

"[…] Ceux qui aimèrent beaucoup savent aussi des secrets que d’autres ne savent pas ; car il y a, dans ce que taisent les lèvres de l’amitié et de l’amour profonds et véritables, des milliers et des milliers de choses que d’autres lèvres ne pourront jamais taire…"

"Les mots bleus" un texte de Jean Michel Jarre, interprété et mis en son et musique par Christophe en 1975 sur l’album du même nom…