Dans l'Air du Temps

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Centenaire de Brassens : Gare au gorille, l’histoire d’un premier tube engagé contre la peine de mort

Tout au long du mois d’octobre, Réal Siellez consacre sa chronique Dans l’air du temps à Georges Brassens, dont on célébrera le centenaire le 22 octobre prochain. Une chronique qui se rebaptise pour l’occasion : Dans l’air de Georges.

Georges Brassens, c’est la première ride d’adulte, et il faut se faire des rides dans l’oreille. C’est un péché mortel que de ne pas écouter Brassens. On peut ne pas l’aimer mais on ne peut pas, ne pas l’essayer.

Jacques Brel

Cette première ride, Georges Brassens l’inflige sans concession en 1952, avec une première chanson qu’il veut polissonne, effrontée et anti-conformiste, Le Gorille.

Cet air apparaît sur un 78 tours qui porte le titre d’autre tube de Brassens, et qui le positionnera fermement comme quelqu’un qui va gratter. La moustache à l’affût, l’œil rieur, mais l’âme anarchiste, une "mauvaise réputation".

"Gare au Gorille" est censurée par les radios, l’histoire d’un grand singe, libéré de sa cage par des commères que fascine sa puissante anatomie, qui réussit en un coup à perdre son pucelage et à venger un condamné à mort en "faisant subir les pires outrages" (comme on disait à l’époque), à un juge dans un buisson. Beaucoup trop osé et salé.

Mais le propos est simple comme l’expliquait l’écrivain belge, journaliste et ami de Brassens André Tillieu : Gare au gorille est une chanson contre la peine de mort.

Et à l’époque Brassens était allé plus loin, la première version de la chanson finissait par "Nous terminerons cette histoire/par un conseil aux chats fourrés/redoutant l’attaque notoire/qu’un d’eux subit dans les fourrés/quand un singe fauteur d’opprob'/hante les rues de leur quartier,/ils n’ont qu’à retirer leur robe/ou mieux, à changer de métier."

Et pourtant malgré cette auto-censure, il faudra attendre trois ans pour qu’en 1955 une petite radio accepte de passer et de multidiffuser "Le Gorille". Le succès est dès lors national puis international, mais régulièrement on demandera à Brassens de se justifier sur sa grossièreté et sa trivialité…

Le gorille sera repris de nombreuses fois en français mais aussi adapté en langues étrangères, en Kabyle par Oulahlou en 2005 où le juge est remplacé par un gendarme algérien lors de la révolution du printemps noir en Kabylie, en allemand par Franz Josef Degenhardt en 1986, où la critique se tourne contre les missiles Pershing II dont l’existence a été révélée après la mort accidentelle de trois soldats, ou encore en anglais en 1972, où le journaliste et chanteur Jake Thackray sur la vénérable BBC chante "Brother Gorilla" en réaction à l’exécution de Claude Buffet et Roger Bontemps.

Un primate engagé dans un pays qui était encore en majorité pour la peine de mort, il est devenu un singe décliné à l’international pour se lever contre des juridictions abusives, le tout sous un air de chanson paillarde…

Le gorille de Brassens en 1952 sur son premier album "La mauvaise réputation", c’était dans l’air de Georges, ça l’est toujours.

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