Coup de cœur estival

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Lettre à D., l’histoire d’un amour d’André Gorz, sublime déclaration d’amour à sa femme, à l’aube de leur disparition

Le coup de cœur que j’avais envie de partager avec vous aujourd’hui, c’est un petit livre. Moins de cent pages qui résument l’histoire d’une vie, enfin, l’histoire de l’amour qui a accompagné, nourri cette vie. C’est Lettre à D. d’André Gorz.

André Gorz, premier penseur de l’écologie politique

André Gorz était philosophe, journaliste, l’un des premiers penseurs de l’écologie politique. Il voit le jour en 1923 à Vienne sous le nom de Gerhart Hirsch. Son père est un industriel juif. En 1930, il devient Gérard Horst, puis André Gorz. Il travaillera comme journaliste sous le nom de Michel Bosquet.

Sa famille avait fui le nazisme à la fin des années 30. Direction la Suisse où il suit des études d’ingénieur.

C’est là qu’il rencontre LA femme de sa vie. Une jeune Anglaise à la peau nacrée et à l’abondante chevelure auburn. Elle s’appelle Doreen Keir. Nous sommes en 1947 et ils ne se quitteront qu’à l’heure de leur mort commune, 60 ans plus tard, le 22 septembre 2007.

Dans ce petit livre qu’il écrit un an avant de mourir, André Gorz lui rend hommage, un hommage sublime, parce qu’il estime qu’il n’a pas toujours, pas suffisamment bien parlé d’elle.

Vous connaissez probablement le début de cet ouvrage. Il dit ceci :

Tu vas avoir 82 ans. Tu as rapetissé de 6 centimètres, tu ne pèses que 45 kg et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait 58 ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien."

Une magnifique déclaration d’amour

Lettre à D. est l’ouvrage d’un homme qui se sait au crépuscule de sa vie. Il a 83 ans, il est toujours follement amoureux de sa femme et il déroule le fil de leur histoire. Le coup de foudre, l’invitation à danser, les premières heures passées ensemble, sans jamais ressentir l’ennui qui avait toujours été le sien en présence d’autres jeunes femmes. Comme il le dit si bien : "Tu étais la première femme que j’ai pu aimer corps et âme, avec laquelle je me sentais en résonance profonde ; mon premier vrai amour, pour tout dire." Il aimait son intelligence, sa vivacité, sa culture, sa liberté. Il savait intuitivement qu’une expérience fondatrice, un lien invisible les avait réunis.

Ce n’est qu’aux dernières heures de sa vie qu’il a compris à quel point elle avait été un socle pour lui, celui qui lui avait permis de se déployer, en privé et en public. Qu’elle avait été une documentariste hors pair et totalement bénévole dont les recherches lui avaient été précieuses pour la rédaction de ses articles pour Paris-Presse, l’Express ou plus tard, le Nouvel Observateur. Un soutien infaillible.

Et pourtant, dans le premier de ses ouvrages à avoir été publié, Le Traître, paru en 1958, il s’évertue à la rabaisser, à minimiser l’importance de leur relation. C’est aussi de cela qu’il tenait à s’excuser en écrivant Lettre à D.

Le couple était progressiste, avant-gardiste. Avant même l’avènement de la société consumériste en Europe, ils l’exécraient, pressentaient qu’elle ferait de nous des pions au service de la machine… s’ensuit la naissance de leur engagement, l’écologie politique, mais aussi la confrontation à la maladie.

L’impossibilité de vivre séparément est clairement énoncée à la fin du livre… comme si la décision de partir ensemble avait déjà été prise plus d’un an avant leur disparition. Peut-être ont-ils choisi le soixantième anniversaire de leur première rencontre – enfin celui du jour où l’écrivain a eu un coup de foudre… L’histoire ne le dit pas…

Lettre à D. Histoire d’un amour est paru en 2006 aux Editions Galilée et réédité dans la collection Folio de Gallimard en 2008.

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