Coup de cœur estival

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"Jamais assez", un livre à savourer cuillère après cuillère

On ne vous apprend rien : l'été est le temps des découvertes et des menus plaisirs. Ainsi, Sophie Creuz nous partager un tout petit livre joliment illustré, qui se déguste.

Ce livre, on le savoure cuillère après cuillère, comme celle qu'on utilise pour faire durer un pot de glace avec trois boules. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans ce minuscule recueil d'Alice McDermott qui en anglais s'appelle "Enough" et qui, allez savoir pourquoi, devient, au contraire "Jamais assez" en français, ce qui n'est pas pour nous déplaire puisqu'il évoque la gourmandise.

Commençons, donc par les coupelles de glace qu'elle rapporta de la salle à manger à l'étroite cuisine un dimanche soir, alors que la famille, rassasiée, était encore assise autour de la table recouverte d'une nappe en dentelle et que la fumée de la cigarette de son père commençait tout juste à se diffuser dans l'air encore riche de l'odeur du rôti, des pommes de terre sautées, des navets, des carottes et des haricots verts.

Alice McDermott nous régale - et c'est bien le cas de le dire - par la description des rites familiaux. On ne met plus, le dimanche, de nappe blanche ni de jolies robes, et on fume encore moins à la table des enfants. Mais le plaisir, ici, a lieu en coulisse, dans la cuisine, quand la petite fille boudinée dans sa robe trop serrée après le copieux repas, et sous prétexte de débarrasser, fait glisser son doigt sur les traces de crème glacée dans les jolies coupelles. Plaisir solitaire coupable d'autant plus délicieux qu'il est pris à la sauvette, loin du regard réprobateur d'une mère très à cheval sur les convenances et les interdits.

 

La vie des femmes pour terrain de jeu

De manière adorable, Alice McDermott nous brosse le portrait d'une femme qui dès l'enfance aime la vie, qui adolescente goûtera avec joie, comme un fruit défendu, la bouche des garçons sur le canapé du salon, et qui devenue âgée ne se refusera ni les granités, ni les sorbets, ni les restes du gâteau d'anniversaire en se fichant bien, là-encore, de se faire gronder, cette fois par ses enfants.

Feuilleter le livre

Ronde de ses grossesses désirées, pleine d'amour pour son mari qu'elle cajole jusque sur son lit de mort, cette voluptueuse impénitente songe encore, la nuit venue, à 90 ans passés, qu'elle aimerait tant enrouler ses jambes autour de quelqu'un.

Alice McDermott est née à Brooklyn en 1953 et a écrit des nouvelles qui ont notamment été publiées dans le New York Times. Et elle est l'auteur de huit romans, parmi lesquels "La neuvième heure" qui a reçu le prix Femina étranger en 2018.

Et son terrain de jeu favori, c'est la vie des femmes modestes, invisibles épouses et ménagères.

"Mais si on veut commencer par les coupelles de glace léchées par une fille, écrit-elle, à présent devenue vieille dame, dénuée de toute utilité, fermant les yeux à la première bouchée. Si on veut exprimer par une métaphore ses désirs d'une vie entière - ce qu'elle n'est pas disposée à faire - : le plaisir, c'est le plaisir. Un reste de fraises, les mains d'un jeune homme, un nouveau-né dans les bras, des lèvres posées sur la joue familière, râpeuse d'un époux. Une langue sur la dernière coulée de caramel dans un pot vide. Le plaisir, c'est le plaisir. "

Et le plaisir du jour s'appelle " Jamais assez " d'Alice Mc Dermott, paru dans la jolie petite collection la nonpareille aux éditions de " La Table ronde ".

 

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