Coup de cœur estival

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Idée lecture pour les vacances : Océan Mer d’Alessandro Baricco, quand l’azur se fait pure poésie

Axelle Thiry nous parle d’un livre coup de cœur, à la mesure de son titre, Océan Mer d’Alessandro Baricco.

Sable à perte de vue, entre les dernières collines et la mer – la mer – dans l’air froid d’un après-midi presque terminé, et béni par le vent qui souffle toujours du nord. La plage et la mer.

Dès les premiers mots, la poésie est là. Celle qui change le regard, peut-être pour toujours. Et cette sensation de rencontrer enfin l’eau pure dont j’avais toujours rêvé. Je n’espérais pas qu’il puisse se trouver un livre qui m’apporterait cette source-là. Et je l’avais entre les mains. Alors j’ai continué. Et les mots du livre, entrant dans mes yeux, sont entrés en même temps dans mon âme. Cela a peut-être commencé comme une musique. Et les mots m’invitaient sur le sable, point de naissance de tout, dénuement total, balayé par la mer, inlassablement remis à nu. A perdita d’occhio, à perte de vue. L’horizon, déjà, celui qu’Alessandro Baricco porte dans ses yeux bleus. Parfois, l’azur se fait pure poésie. L’enchantement du livre vient aussi de ce qu’il parle du sens des choses. Il y a l’océan mer, et aussi, la sensation des abysses.

On croise des personnages en proie avec les questions essentielles qui nous traversent, dans ces paysages marins, balayés par le vent et la lumière. Ils se rencontrent à la pension Almayer, posée sur la corniche ultime du monde. Sur le bord de la mer. Ce n’est ni la terre, ni la mer. Un endroit qui n’existe pas. Et l’auteur écoute ses personnages, il les écoute de l’intérieur. On croise le peintre, Plasson, qui peint la mer avec l’eau de la mer. Il rencontre la douce Ann, au cœur ardent et un peu divisé. Il y a aussi Bartelboom, le scientifique, qui se demande où finit exactement la mer. Le poétique Père Pluche. Elisewin, si sensible que tout l’effraie. Elle croise Adam, qui à inverse, a trop vu l’extrême violence. Et on dirait que la rencontre entre ces deux-là les met au monde une nouvelle fois.

L’auteur écoute ses personnages, leurs déchirures, leurs peurs et leurs désirs, il les voit vivre, et puis arrive la vague, la grande vague qui détruit tout et les pousse à retourner dans le monde… Une vague qui fait étonnamment penser au monde d’aujourd’hui. Quand je suis arrivée au dernier mot, j’ai refermé le livre, mais je suis restée dans sa poésie. Océan mer était partout dans mon regard. Cela a duré un mois. Et quand l’enchantement s’est brisé, soudain, comme une bulle invisible, il n’a pas délogé ce livre de mon cœur, mais j’ai fait la seule chose que je pouvais faire. Je l’ai relu.

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