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A la mesure de l’univers de Jon Kalman Stefansson, la poésie de l’Islande, à la frontière du réel et du rêve

Alors que les voyages sont toujours limités et qu’il est parfois difficile de s’évader physiquement, Axelle Thiry vous propose un voyage littéraire sur les terres magnifiques de l’Islande, avec A la mesure de l’univers de Jon Kalman Stefansson.

Ce roman raconte la vie d’Ari, qui revient à Keiflavik, en Islande, pour se rendre au chevet de son père. Deux ans plus tôt, il a quitté sa femme et ses enfants pour Copenhague, où il n’a pas trouvé ce qu’il espérait. Keflavik que Stefansson décrit comme une terre si plate que, depuis le ciel, on dirait une mer étoilée. Il poursuit : "Par les matins calmes, le soleil nous offre son éruption muette. Le feu naît, loin derrière les montagnes, il est cette force grandiose surgie de l’abîme, capable de soulever le ciel, de tout transformer, et de faire reculer le noir de la nuit. Puis l’astre du jour se lève. C’est d’abord cet embrassement qui efface les étoiles bienveillantes, il surgit et s’élève, majestueux, au-dessus de la péninsule. Lentement, il se lève, et nous sommes vivants."

Un roman de Stefansson, un beau livre, un livre qui nous parle de la vie, qui palpite de nos amours, nos incompréhensions, nos furieuses envies de vivre et de rire, nos souffrances et nos joies, enfin, un livre qui dit tout cela en mots agencés comme une musique portée par un souffle unique, peut aussi être un soleil qui se lève, il se lève, et nous sommes vivants. Ari, de retour au pays, retrouve ses amours et ses luttes, on croise d’autres personnages, le récit vogue entre présent, souvenirs et rêves. Il aborde aussi nos peurs, comme celle de la mort, avec une innocence tragique et une infinie douceur. Il décrit les tourments des hommes, leurs actions et leur courage. Il peint des femmes à la fois vulnérables et passionnées. Il dit la poésie de l’Islande, ses fjords, ses ciels et ses solitudes, son feu, sa neige, pareille à nulle autre sous la plume de Stefansson.

A la mesure de l’univers c’est aussi un livre irrigué d’amour, parfois inaccessible et pourtant si proche. "Ayant vu le bateau s’approcher, elle était sortie sans même enfiler un manteau, elle avait simplement pris son châle qu’elle avait posé sur ses épaules frêles et se tenait là, trempée, brûlante d’amour, droite, majestueuse. En la regardant, il avait pensé à une panthère qu’il avait vue dans un zoo à Londres, fière et inquiète dans sa cage. Il s’était arrêté légèrement en surplomb de la jetée, fasciné, saisi par la certitude et la douleur qu’à jamais cette vision lui interdirait le bonheur absolu."

Jon Kalman Stefansson, avec son lyrisme poétique, vague après vague, nous emmène à la frontière du réel et du rêve, en cet endroit où on a l’impression qu’on perçoit enfin la musique de ces beaux et terribles secrets qui nous irriguent. Comme l’écrit Hubert Artus, A la mesure de l’univers, c’est à vous écorcher le cœur de bonheur. Jon Kalman Stefansson. Il dit encore : "Il n’y a pas grand-chose à faire, si ce n’est rester ­debout. Ceux qui courbent l’échine ne voient pas l’horizon."

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