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Une valse de Strauss, du Musikverein de Vienne à la douceur intime d'un salon viennois

Une valse de Strauss, du Musikverein de Vienne à la douceur intime d'un salon viennois
Une valse de Strauss, du Musikverein de Vienne à la douceur intime d'un salon viennois - © Tous droits réservés

Celui qui n'aime pas les femmes, le vin et la chanson reste un fou toute sa vie.

Martin Luther

Martin Luther, le réformateur, celui qui initie le protestantisme au XVIe siècle, au moment où les papes n'arrêtaient pas de faire des bêtises. Ce qui a encore été le cas par la suite, mais ça c'est une autre histoire.

Et donc, Martin Luther aime les femmes, le vin et la chanson. Grand bien lui fasse. Là où tout ceci devient absolument joyeux, c'est lorsque Johann Strauss s'en empare. Johann Strauss 2. Non pas Johann Strauss 2, genre : "le retour" ou "la vengeance", comme ce serait le cas pour les Rocky ou les Star Wars. Non, Johann Strauss 2, comme le fils de Johann Strauss 1.

Sachant que plus encore que son père, c'est lui le roi de la valse viennoise au XIXe siècle. Johann Strauss 2, ou Johann Strauss fils est l'auteur du beau Danube bleu, de la Chauve Souris, de la Valse de l'Empereur, etc. Mais aussi de Wein, Weib und Gesang, c'est à dire : Aimer, boire et chanter ! Une valse

Et une valse de Strauss, c'est un beau grand orchestre romantique. Volumineux, gras, brillant, plein de coups de cymbales qui vous donnent envie de manger des huîtres et du foie gras tout en mettant des chapeaux pointus et en projetant des confettis sur vos camarades.

Voilà ce qui peut être une définition un peu basique de ce qu'est une valse de Strauss.

Faisons un bond dans le temps.  En 1918, à la sortie de la 1ère guerre mondiale, le compositeur Arnold Schoenberg crée une association à Vienne, dont l'objectif est de jouer de la musique moderne...  Ou du moins en partant de la musique de Gustav Mahler, jusqu'aux créations de l'époque. Schoenberg y rassemble ses amis et ses étudiants, dont Anton Webern et Alban Berg qui, avec leur maître Schoenberg, formaient ce que l'on a appelé : la Seconde Ecole de Vienne.

C'est à dire ces musiciens qui ont exploré l'atonalité, le dodécaphonisme et le sérialisme. Des musiques qui effraient encore beaucoup les organisateurs de concerts aujourd'hui...

Schoenberg est un grand compositeur ; c'est un grand penseur de la musique, et c'est aussi un formidable arrangeurOn le sait moins, mais Alban Berg et Anton Webern, ses étudiants et amis, étaient tout aussi doués dans l'exercice de la transcriptionC'était l'occasion, pour tous les trois, de comprendre l'écriture des musiques qui les avaient précédés.

Ils se fendirent donc tous les trois d'arrangements, de transcriptions de valses de Johann Strauss.

Alban Berg affirmait que c'était bien plus qu'un exercice. Le fait de ramener une partition d'orchestre à un ensemble plus restreint, permettait de mettre en avant des qualités indécelables à l'écoute d'une version peut-être trop extravertie.

Et c'est le cas des valses de Strauss. Non, disait-il, elles ne sont pas que le fruit d'un orchestre rutilant qui masque un manque d'imagination mélodique, harmonique ou polyphonique. Non, elle ne sont pas qu'un prétexte à manger des huîtres et du foie gras en jetant des confettis.

Elles sont pleines d'idées mélodiques géniales, de surprises harmoniques, parfois ; elles sont faites d'une forme efficace et réjouissante qui se perçoit d'autant mieux dans un arrangement plus intime.

Et ainsi, notre valse "Aimer, boire et chanter" fut arrangée par Alban Berg pour un piano, un harmonium et un quatuor à cordes.

Les arrangements de ces valses de Strauss réalisés par Schoenberg, Alban Berg ou Webern, ont surtout servis à redresser la situation financière de l'association de musique contemporaine créée par Schoenberg. C'est certain, on vend plus de places pour du Strauss que pour du Schoenberg... C'est donc aussi une histoire d'argent.

Mais ! Nous avons affaire ici à une musique réjouissante, arrangée par un compositeur au savoir-faire indéniable et c'est assurément l'occasion de l'écouter autrement.  Loin des confettis, des huîtres et du foie gras. 

Et si d'habitude avec Strauss, on s'imagine tout de suite le faste du Musikverein de Vienne, et bien ce qui nous attend maintenant, c'est plutôt la douceur intime d'un salon viennois...

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