Copier-Coller

Plus d'infos

Quand un simple pari transforme une chanson de comédie musicale en oeuvre orchestrale

Quand un simple pari transforme une chanson de comédie musicale en oeuvre instrumentale
Quand un simple pari transforme une chanson de comédie musicale en oeuvre instrumentale - © Tous droits réservés

C'est l'histoire d'un pari et d'un bain turc, c'est une histoire de Broadway.

Nous sommes d'abord en 1925, à New York. Une comédie musicale est montée à Broadway : No, no, Nanette dont la musique est écrite par un jeune compositeur de 27 ans, Vincent Youmans, qui, en quelques notes, imagine l'une des chansons les plus célèbres du XXe siècle : Tea for Two

En plein deuxième acte de cette comédie musicale, Nanette et Tom s'imaginent un avenir radieux : "Imaginez-vous sur mes genoux ; juste du thé pour deux et deux pour du thé ; Juste moi pour toi ; et toi pour moi, seul". Une vision de paradis...

Ensuite, en 1950, la très souriante Doris Day – qui s'appelait en fait Mary Ann von Kappelhoff, mais ça sonne moins bien à Hollywood -, reprend la chanson dans le film "No, no, Nanette". Et Tea for Two poursuit sa carrière fulgurante, chanté par les plus grands, de Ella Fitzgerald à Frank Sinatra.

Enfin, cette chanson connaît son apogée sensuelle dans une scène qu'il est probablement superflu de rappeler : en 1966, dans le film La grande Vadrouille, Louis de Funès et Bourvil s'en emparent dans ce qui reste l'une des scènes d'espionnage les plus fascinantes du cinéma français. Et voici comment les douleurs de l'Occupation peuvent provoquer un instant de franche rigolade.

Mais revenons quelques années en arrière, juste après la création à Broadway de cette chanson de Vincent Youmans. Nous sommes en 1927 et le compositeur russe Dimitri Chostakovitch a 21 ans seulement. Il séjourne chez le chef d'orchestre tout aussi russe Nikolaï Malko qui a créé ses deux premières symphonies avec l'Orchestre philharmonique de Leningrad. Chez Malko, il entend un arrangement de ce Tea for Two et le grand chef lui lance un défi : mon petit Dimitri, je parie 100 roubles que tu n'es pas capable de passer dans la pièce à côté et, sans l'écouter plus qu'une seule fois, d'orchestrer cette affaire-là en moins d'une heure ! Et Dimitri de lui répondre "Da, mon ami, prépare ton argent."

Il lui aura fallu 45 minutes. A ré-écrire, à transposer Tea for two pour tout un orchestre. Et pas pour deux violons et une flûte ! Non, il y a des percussions, du xylophone, du célesta, de la harpe, des vents, des cordes, de tout. Un vrai jeu d'orchestration où tous les pupitres semblent discuter en un joyeux banquet orchestral.

Un peu comme le banquet qui achève toutes les aventures d'Astérix, avec du sanglier rôti sur toutes les tables et bien, là aussi, il y a opulence, il y a variété, on ne manque de rien. C'est une fête... écrite en 45 minutes et qui porte la marque d'un jeune compositeur de 21 ans qui bouleversera le XXe siècle. Et ce Tea for Two s'appellera désormais pour Chostakovitch : "Tahiti Trot opus 16"...  C'est parfait !

C'est donc un petit instant de défi, une plaisanterie qui vaut 100 roubles, et surtout un petit clin d’œil lumineux, un clin d’œil musical qui ne vous quittera plus, cher auditeur, avant demain matin au plus tôt...

Alors ?  Copier-Coller ?  Seulement ??

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK