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Quand Mr. Nobody paraphrase des chansons de Charles Trenet

Le cœur de Pierre Solot a fait Boum récemment et il a envie de nous raconter une histoire.

Au début des années 50, Trenet est déjà un héros. Outre l’Europe, il a parcouru l’Amérique de bout en bout, de part en part, d’un océan à l’autre. Tout le monde connaît ses chansons, tout le monde dit Boum dès qu’il tombe amoureux.

Au même moment en France, paraît un double disque 45 tours intitulé Mr. Nobody Plays Trenet.

Mr. Nobody… Il ne faut pas être Hercule Poirot pour comprendre qu’il se cache un drôle de bonhomme là-dessous. D’autant plus que lorsque l’on écoute le disque, on comprend en quelques secondes que l’on a affaire à un virtuose incomparable. Mr Nobody n’est certainement pas n’importe qui…

Ça sonne. Ça joue. C’est arrangé, c’est transformé, c’est paraphrasé. Et c’est virtuose comme du Liszt. On a un héros du piano ! L’un des plus habiles pianistes du monde…

Mais qui est ce virtuose ?

Et ce qui ajoute au mystère, c’est le label qui produit le disque : le label Lumen. Un label français qui se consacre a priori à la musique classique. Un label qui s’est même aussi spécialisé dans la musique du Moyen-Age.

Quel peut être ce pianiste, ce virtuose du plus haut niveau, qui OSE s’encanailler dans du Trenet au lieu d’enregistrer du Bach ou du Brahms comme il serait bienséant, convenable !

L’arrangement est subtil, étonnamment dissonant. L’énergie et la clarté du discours donnent une impression d’effervescence qui rend en fait un hommage magistral à Charles Trenet. Et pendant des années, le mystère demeure. Le pianiste reste Mr Nobody. Personne ne sait qui se cache derrière ces fameux 45 tours…

Et il n’y a pas que Boum, non, un succès comme Ménilmontant et son tempo paisible devient un mouvement perpétuel diabolique, une étude dantesque et transcendante sous les doigts de ce Mr Nobody.

C’est ce que l’on peut appeler une paraphrase. Le texte existe, c’est la chanson de Trenet. Mais l’auteur le formule autrement.

En général, une paraphrase, c’est plus long que l’original, c’est plus bavard, c’est plein de petites sucreries, de petites crispations qui viennent épicer le point de départ. Au XIXe siècle, les virtuoses en écrivaient par dizaines. En général sur des thèmes d’opéra célèbres. Une manière de faire plaisir au public tout en montrant le savoir-faire du héros virtuose.

Dans les années 50, ce ne sont plus les airs d’opéras qui sont à la mode, ce sont les chansons. Et dans les années 50, il n’est pas très bien vu qu’un pianiste classique puisse fricoter avec la musique populaire… même avec panache.

Et c’est pour cela que le pianiste bulgare Alexis Weissenberg dut prendre un pseudonyme.

Alexis Weissenberg, ce virtuose

Cette idée est réjouissante, d’imaginer le grand Weissenberg, qui jouait avec les plus grands orchestres du monde, les grands orchestres américains, New-York, Philadelphie, dirigés par les plus grands chefs du monde, Karajan, Bernstein, Ormandy ; Weissenberg qui avait enregistré Brahms, Bach, Chopin, Rachmninoff chez EMI ou chez Deutsche Grammophon. C’est en effet réjouissant d’imaginer Alexis Weissenberg qui ne peut pas s’empêcher d’enregistrer du Charles Trenet, juste parce qu’il adore ça.

Et ce n’est que bien des années plus tard que l’identité de Weissenberg fut révélée. Les partitions de ces paraphrases n’existent pas : il ne les a jamais notées.

Et c’est le très brillant Marc-André Hamelin qui s’est lancé dans l’aventure de la retranscription. Dès qu’il y a un truc injouable à enregistrer au piano, c’est ce pianiste canadien qui s’y colle, tellement il peut tout jouer.

Marc-André Hamelin a pris un bon mois pour retranscrire note après note les joyeuses élucubrations de Weissenberg. Il a fait tourner les 45 tours en boucle, il a tout écrit, il a tout enregistré dans un disque paru en 2007. Il existe 6 paraphrases de Weissenberg sur des mélodies de TrenetBoum devient une joyeuse cabriole pianistique ; Ménilmontant prend des allures effrénées bien éloignées des délicieux "ploum ploum" de Charles Trenet.

Mais la paraphrase peut également être poésie. Et le très joli "En avril à Paris" que Charles Trenet chantait au début des années 50 reste tout aussi délicat et rêveur quand Weissenberg s’en empare.

Nous écoutons cette fois-ci le pianiste canadien Marc-André Hamelin qui rend hommage à Weissenberg qui lui-même avait rendu hommage au Fou Chantant : Charles Trenet.

 

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