Copier-Coller

Plus d'infos

Les symphonies de Beethoven pour piano seul : quand Liszt révèle la part mystérieuse de l'œuvre

Les symphonies de Beethoven pour piano seul : quand Liszt révèle la part mystérieuse de l'oeuvre
Les symphonies de Beethoven pour piano seul : quand Liszt révèle la part mystérieuse de l'oeuvre - © Tous droits réservés

Il existe un Everest, un Signal de Botrange de la transcription pianistique dans l’histoire de la musique : les symphonies de Beethoven. Oui, toutes les symphonies de Beethoven transcrites pour piano seul par Franz Liszt…

Les neuf symphonies de Beethoven, c’est un paquet de notes : entre six et sept heures de musique. Dans l’Histoire, c’est aussi fondamental que la maîtrise du feu, l’accès à Internet, la théorie de Darwin ou les films avec Chuck Norris. Il y a un avant et un après les Symphonies de Beethoven. Il existe même une malédiction.

Beethoven a composé neuf symphonies. Et beaucoup de compositeurs qui lui ont succédé n’ont jamais réussi à atteindre ou à achever une dixième Symphonie : Mahler, Schubert, Dvorak, Bruckner… Ils en sont morts… Beethoven, c’est Dieu. Et on ne se permet pas de doubler Dieu… On trépasse au prochain virage.

Les neuf symphonies de Beethoven sont le passage d’un siècle à l’autre, du XVIIe au XIXe siècle. Elles sont le chemin du classicisme au romantisme, de la forme rigide à la forme multiple. Beethoven pulvérise toutes les portes fermées du XVIIIe siècle musical.

En fait, Beethoven, c’est le Terminator de la musique. "Hasta la vista, baby", et tout éclate en mille morceaux. Et Franz Liszt, qui n’a peur de rien, transcrit toutes les Symphonies de Beethoven pour piano seul. Et pas tellement pour se mettre en valeur – on n’est même pas certain qu’il les ait toutes jouées – c’est un contrat d’édition. Et il s’exécute, avec le respect du Maître et le savoir-faire du génial compositeur qu’il est.

Comment aborde-t-on une Symphonie de Beethoven quand on est pianiste ?

Un organisateur de concerts vous appelle : "Hey, salut, comment ça va ? Tu ne nous jouerais pas une Symphonie de Beethoven pour la saison prochaine ? "

"Oh oui, super, répond le pianiste qui ne dit jamais non. Ça va être top !"

Et puis le pianiste commande la partition, qui pèse 4 kilos, il l’ouvre, elle est toute noire, pleine de notes… Et il commence à réfléchir…

Les Symphonies de Beethoven, il connaît… "Oui, oui, je vois bien. On a étudié ça au Conservatoire." Il en a entendu l’une ou l’autre au concert et Mémé avait l’intégrale Karajan en 33 tours… Mais d’emblée, il y a un truc évident : il ne va pas imiter l’orchestre. C’est vrai. Un piano contre un orchestre ? L’orchestre est toujours gagnant : plus puissant, puis coloré, plus multiple dans les timbres, dans les effets… Et en plus, il a l’argument de l’écriture originale…

Donc, le pianiste se retrouve devant une partition injouable où il ne doit pas chercher à imiter l’original sous peine d’être moins intéressant… Et il commence déjà à regretter d’avoir accepté l’engagement de concert. Mais bon, il a donné sa parole ! En musique, on dit oui, et on ne revient pas en arrière…

Alors il prend les choses dans l’autre sens… Il se demande quelles sont les particularités, quelles sont les qualités de son instrument, le piano : la clarté, l’aspect polyphonique, la vitesse de répétition, les effets de résonance, les effets percussifs… On peut faire plein de choses avec un piano, et il décide de déchiffrer la transcription comme une pièce pour le piano… Sans penser à l’orchestre original…

Le piano clarifie le discours symphonique, on y perçoit la polyphonie, les différentes strates du discours, de manière limpideEt la transcription devient une nouvelle vision de la Symphonie. Une mise en valeur d’une autre part du discours : la part mystérieuse, celle qui est cachée par la masse orchestrale, ou par la prise de son partiel d’un enregistrement. Le piano ne cache rien.

Et le pianiste a compris comment penser son travail face à la transcription. Comment interpréter une Symphonie de Beethoven au piano ? En la pensant comme une œuvre pour le piano, avec les caractéristiques du piano, ses atouts, ses faiblesses, ses richesses, ses idiomes…

Glenn Gould fut le premier à jouer et enregistrer ces transcriptions des symphonies de Beethoven par Liszt, mais pas toutes, uniquement la cinquième et la sixième, dans les années 60.

C’est la pianiste turque Idil Biret qui enregistra la première intégrale des neuf symphonies au piano. Et puis, il y en eu d’autres, dont Cyprien Katsaris. Le pianiste franco-chypriote enregistre une intégrale pour Teldec dans les années 80. Il part des transcriptions de Liszt et puis il en rajoute encore… Un instrument, un autre, un effet, un tremolo, un coup de timbale. Sa technique est superlative, son toucher diablement coloré.

Il pense la Symphonie comme une Sonate, mais on perçoit qu’il a écouté l’orchestre. Oui, parce que s'il ne faut pas imiter l'orchestre, il faut s'en inspirer : une couleur, un timbre, deviennent un toucher, un impact...

Il n'est plus du tout question d'un hommage ou d'un exercice de style. Il est évident qu'il s'agit d’œuvres pour le piano. Ces transcriptions sont encore les Symphonies de Beethoven, mais elles appartiennent à un autre monde : celui des dix doigts, des quatre-vingt-huit touches et des trois pédales... Le piano s'affirme, et Beethoven est transfiguré...

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK