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Les Réminiscences de Norma de Franz Liszt, une épopée pianistique

Les Réminiscences de Norma de Franz Liszt, une épopée pianistique
Les Réminiscences de Norma de Franz Liszt, une épopée pianistique - © Tous droits réservés

Franz Liszt est à lui tout seul le symbole du pianiste virtuose. Le roi du récital. Une Rock Star avant l’heure. Plein d’excès. Poète, séducteur, dévot ; un homme qui vit, qui voyage, qui expérimente, qui traverse le monde à la recherche d’une saveur d’existence.

On le caricature autant que Donald Trump, mais si l’on n’exprime que consternation devant "le grand blond va-t-en guerre", les caricatures de Liszt sont avant tout l’expression d’une fascination pour ses talents hors normes. On y voit ses longs cheveux rejetés en arrière, des mains faites de dizaines de doigts et des nuées de notes qui s’échappent d’un piano sous le joug de son maître virtuose. Et puis Franz Liszt compose sans répit, avec voracité…

Et au cœur de cette oeuvre, un corpus foisonnant d’arrangements pianistiques étonnants : des transcriptions, des paraphrases, des pots pourris, de tout.

Parfois raffinés, souvent capricieux et excessifs, ces arrangements sont typiques de ces virtuoses du XIXe siècle qui cherchaient à briller en récital en flattant l’oreille de leur public à coups d’œuvres célèbres.

Et quand en 1841, Liszt s’attaque à l’opéra Norma de Bellini, c’est un sommet de bravoure et de drame qu’il promet à ses supporters.

Composé dix ans plus tôt, Norma raconte l’histoire d’une prêtresse gauloise qui voit s’éloigner son amant romain, le père de ses enfants, au cœur d’un drame héroïque et passionnel. Mais le personnage de Norma est complexe, un rôle tragique et virtuose qui doit exprimer la passion, les blessures, mais aussi l’orgueil et la colère. Loin d’un bel canto léger et mélodramatique, Norma est un drame puissant.

Revenons à Franz Liszt qui décide de s’approprier l’opéra, d’en faire un monument de bravoure pianistique. Et plongeons donc dans des "Réminiscences de Norma".

Des Réminiscences… Pas besoin de chercher longtemps au dictionnaire pour lire à quel point la mémoire et les souvenirs que suggèrent ces réminiscences sont éventuellement confus ou dénués de conscience… Autant dire que Liszt s’octroie par ce terme la liberté nécessaire à son oeuvre. Liszt a-t-il bonne mémoire ou s’en fiche-t-il complètement car il s’agit avant tout de jouer la Rock Star ?

Force est de constater que les deux sont compatibles. Les Réminiscences de Norma de Franz Liszt sont un monument de virtuosité, un quart-d’heure de panache et d’explosions trapézistes. Mais cette démesure pianistique n’est pas sans rapport avec le caractère entier de Norma, l’exaltation des personnages et la grandeur tragique du sujet.

Si le rôle de Norma est certainement l’un des plus ambitieux, des plus difficiles du répertoire opératique, les Réminiscences de Liszt ne sont pas à mettre dans les mains de n’importe quel pianiste. Liszt s’empare de 7 thèmes extraits de l’opéra.

Et bien plus qu’un résumé, ces Réminiscences deviennent un modèle d’exploitation des possibilités pianistiques. Des octaves, à la main droite, à la main gauche, des arpèges, des déplacements d’accords, des intervalles en cabrioles, des ornements diaboliques, une puissance générale qui semble dépasser le clavier. Le piano suffit à peine. Et quand le pianiste en finit avec ces mi bémol qu’il assène violemment pour clore la paraphrase, il reste un musicien, suant à grosses gouttes, des cordes brûlantes et un clavier comme un champ de bataille où gisent encore inanimées les prouesses conquises.

Un quart-d’heure de paraphrase, un quart-d’heure de réminiscences, mais c’est deux heures d’opéra que l’on a l’impression d’avoir traversées. Ce n’est plus de la bravoure ou de la virtuosité, c’est une épopée pianistique.

Et du bûcher qui attend Norma pour clore le drame, il nous semble percevoir les cendres qui frôlent encore nos oreilles à l’issue de ces réminiscences lisztiennes…

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