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Le premier quatuor pour clavier de Brahms selon Schoenberg : quand un orchestre rend sa clarté à un quatuor

Penchons-nous sur l’un des chefs-d'œuvre du compositeur et pianiste allemand Johannes Brahms, le premier quatuor pour clavier.

Une œuvre originale à quatre instruments

Ce quatuor a été composé et créé en 1861. Il rassemble quatre instruments, le piano, bien sûr, et puis le violon, l’alto et le violoncelle.

Le jour de la création, en 1861, c’était Clara Schumann qui tenait la partie de piano. La merveilleuse Clara, celle que l’on connaît comme la femme de Robert Schumann – c’est terrible d’être définie par son mari. Clara était surtout une formidable pianiste, belle, intelligente. Tout le monde s’intéressait à elle et Brahms n’était pas le dernier. Ce coquin de Brahms.

Ce quatuor à clavier est passé à la postérité, grâce à son fameux dernier mouvement, ce Rondo alla zingarese, ce rondo à la tzigane.

Cette musique est formidable. Cet esprit tzigane si capricieux : follement virtuose et puis dépressif à mourir, et puis tortueux, crispant, jusqu’à sentir des chatouilles au creux de l’oreille en digérant une cadence effrénée.

Cet esprit tzigane, c’est celui que Brahms attrapait au vol en écoutant les musiciens dans les rues de Vienne, alors qu’il éclusait des petits blancs à la terrasse des bistrots. Ce coquin de Brahms.

Mais ce dernier mouvement est également le plus ardu pour le pianiste qui doit jouer une quantité non négligeable de notes. Il faut bien Clara Schumann ou Martha Argerich pour arriver à bon port.

Et c’est bien tout le problème. Ou du moins, c’est là qu’Arnold Schoenberg y voyait un problème.

Quand le roi des instruments prend trop le pas sur le reste des instruments

L’immense Schoenberg, qui est probablement le compositeur le plus influent de tout le XXe siècle, l’homme qui a bouleversé l’écriture de la musique, avait un avis bien précis sur ce quatuor de Brahms.

Il faut un très bon pianiste, disait-il Et quand le pianiste est bon ; il joue trop fort. On n’entend plus les autres, les cordes. Alors, je vais l’orchestrer, ce quatuor. Comme ça, on entendra tout.

Cela paraît léger comme commentaire, mais quand c’est une intelligence comme celle de Schoenberg qui le formule, on s’y attache tout de même un peu.

Schoenberg n’a pas corrigé Brahms, mais a corrigé l’incapacité des pianistes à ne pas prendre toute la place, comme d’habitude…

Et il faut bien admettre qu’il n’a pas tout à fait tort : un pianiste peut être très bruyant.

En orchestrant le premier quatuor pour clavier de Brahms, Schoenberg lui a rendu toute sa clarté, en l’arrangeant pour un orchestre entier.

Schoenberg, le maître de l’arrangement

Arnold Schoenberg a fait plein d’arrangements et de transcriptions, d’œuvres de Rossini, de Strauss et bien évidemment de Brahms. C’était aussi une manière de comprendre la musique qu’il arrangeait.

Et c’est toute l’érudition et l’intelligence de Schoenberg d’étudier les auteurs du passé, de les "pratiquer", de les triturer et de se servir de ce processus cultivé pour penser sa propre musique et la musique de son temps.

De temps en temps, ça lui a aussi permis de manger un peu plus, rien de tel qu’un contrat d’édition pour se remplir l’estomac. La vie de compositeur d’avant-garde n’est pas toujours très rentable, il faut le dire.

Nous sommes donc en 1937, à Los Angeles. Schoenberg a fui l’Allemagne nazie, il est un compositeur cultivé, visionnaire et juif.

Il n’avait donc vraiment rien pour survivre dans cette Allemagne-là.

A Los Angeles, il habite à quelques rues de chez Stravinsky mais ces deux-là ne peuvent pas se voir sans se taper dessus. Ils sont peut-être les deux plus grands génies de la musique du XXe siècle mais ils sont incapables de boire un café ensemble.

Le fait de savoir que Schoenberg habitait Los Angeles a son importance car lorsqu’on écoute cette orchestration, on se croirait à Hollywood !

La musique explose de toutes parts, on a l’impression d’entendre des instruments de tous les côtés. On imagine des chevaux, des cow-boys, des Marines qui débarquent l’arme au poing pour briser avec héroïsme un judicieux ennemi !

Ce sont les cordes qui lancent le mouvement : Schoenberg voulait entendre les parties de cordes de ce quatuor – qui sont recouvertes par la puissance du piano dans l’œuvre originale - alors elles prennent la place d’emblée, avec quelques petites pointes d’instruments à vent, les bois, clarinettes, hautbois, bassons… Les cors font l’une ou l’autre ponctuation appuyée.

Mais rapidement, on est marqué par les percussions. Le xylophone fait une entrée virtuose et soliste. Et tout le monde s’y met. On entend même un tambourin qui vient faire danser Brahms. Et les cuivres, les cymbales, et ça pétarade de tous les côtés !

Oui, on comprend tout, c’est jouissif, ça explose, et on a bien envie de dire : Well done cher Arnold.

Alors ? Copier-coller ? Seulement ?

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