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Le prélude en mi mineur de Bach selon Ziloti : une mélodie cachée comme des pointes de lumière au milieu d'un rêve

Le prélude en mi mineur de Bach selon Ziloti : une mélodie cachée comme des pointes de lumière au milieu d'un rêve
Le prélude en mi mineur de Bach selon Ziloti : une mélodie cachée comme des pointes de lumière au milieu d'un rêve - © Tous droits réservés

Connaissez-vous Alexandre Ziloti ? Alexandre Ziloti est un grand pianiste et chef d'orchestre russe, mort en 1945. Il était l'élève de Tchaïkovski et de Liszt et il a été le professeur de Rachmaninov. 

Et Ziloti, comme la plupart des pianistes, est tombé en pâmoison très jeune à l'écoute du prélude en mi mineur de Jean-Sébastien BachCe prélude propose à la main droite une mélodie très expressive, pleine d'ornementation, ponctuée par des accords réguliers. La main gauche du pianiste, elle, est un mouvement perpétuel de doubles croches qui chantent. Et puis, d'un coup, d'un seul, Bach écrit "Presto".

Pour une fois qu'il se fend d'une indication de tempo, elle est vigoureuse. Oui, parce que Bach ne s'occupait pas beaucoup de signifier le tempo aux interprètes. 

Un bon musicien est quelqu'un qui déduit les paramètres musicaux d'un texte bien écrit !

Bach indique Presto et le piano s'emballe en une toccata virtuose qui reprend aux deux mains le motif chantant de la main gauche de la première partie. 

Lyrique, apaisé, ornementé, avec cette main gauche comme un mouvement perpétuel inaltérable. Et puis, surprise, tout est altéré, la main gauche devient aussi la main droite et c'est un Presto véhément qui clôture le Prélude.

Et si on enlève la mélodie et on enlève le Presto, que reste-t-il ? Le calcul est simple : une main gauche faite de doubles croches qui chantent calmement et quelques ponctuations d'accords réguliers à la main droite. C'était la toute première version écrite par Bach. Une version a minima. 

Et c'est là que l'on revient à Alexandre Ziloti. Comme beaucoup de pianistes qui déboulent d'un XIXème siècle romantique et virtuose, Ziloti fait des transcriptions, des arrangements d’œuvres du passé. 

Et comme souvent, c'est Jean-Sébastien Bach que l'on tripote. Personne n'hésite à toucher Bach. Il est mort depuis si longtemps... Une espèce de nécrophilie transcriptrice. 

Mais en l’occurrence, Ziloti a une idée géniale. Une idée géniale parce qu'elle est simplissime : Ziloti décide d'inverser les deux mains du pianiste. Ou plutôt de placer la portée de la main gauche dans l'aigu, à droite, et la portée de la main droite par-dessous, à gauche.

Ce mouvement perpétuel chantant devient mélodie, et les accords ponctuent ce nouveau discours de la main droite. Le résultat est infiniment délicat.

Alors, bien sûr, on peut se dire que c'est un peu simple. Trop sobre ? C'est déjà une critique douteuse... Mais Ziloti a prévu une surprise.

Ce prélude selon Ziloti, qui est désormais passé en si mineur, se joue deux fois. Une reprise donc... Et lors de cette reprise, se dévoile un thème caché. 

Au cœur de ce discours si simple apparaît un thème épanoui, de blanche en blanche, toutes les huit doubles croches...

Alors pourquoi ne pas le faire sonner dès le début ?  Mystère... 

La fille de Ziloti disait que la tradition de ne faire émerger cette mélodie qu'à la reprise du Prélude venait de son père en personne. Qu'il le jouait ainsi. 

Alors que l'on se laisse aller à cette délicieuse somnolence qu'installe ce doux prélude, la mélodie cachée apparaît comme des pointes de lumière au milieu d'un rêve.

Il ne s'y passe presque rien, mais il y a comme un miracle qui opère. Peu de choses sont dites mais elles sont bouleversantes.

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