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Le pianiste belge Clément Doucet fait swinguer Wagner et Chopin

Le pianiste belge Clément Doucet fait swinguer Wagner et Chopin
Le pianiste belge Clément Doucet fait swinguer Wagner et Chopin - © Tous droits réservés

Clément Doucet naît à Laeken en 1894 et meurt au même endroit en 1950. Il étudie le piano au Conservatoire de Bruxelles avec le grand Arthur De Greef, lui-même élève de Franz Liszt.

Clément Doucet est un pianiste doué mais son parcours est particulier. Il va jouer sur des bateaux, il va aussi représenter la Société des Orgues Cavaillé, facteurs d'orgues mythiques, ce qui va lui permettre de voyager jusque New York et d'y rencontrer Georges Gershwin.

Et puis, de retour en Europe, il se lie d'amitié avec le pianiste et compositeur Jean Wiener, et ils vont donner ensemble près de 2000 concerts, des concerts à deux pianos, devenant de véritables stars en France pendant l'entre-deux-guerres.

Clément Doucet, comme son camarade Jean Wiener, fréquente assidûment le Paris des années folles, et principalement ce fameux cabaret : le Boeuf sur le toit. C'était le lieu de rassemblement de Jean Cocteau, Darius Milhaud, mais aussi Picasso, Stravinski, René Clair, enfin bref, du beau monde, et du monde créatif de surcroît. 

Et puis de nombreux musiciens de jazz venaient y jouer jusque tôt le matin du lendemain... "Faire un boeuf", comme ils disaient, créant ainsi une expression devenue courante aujourd'hui. "Faire un boeuf", "Le boeuf sur le toit", se rassembler sans préparation particulière et jouer ensemble au cabaret, de manière décontractée. Et lors de ces nuits de joie parisienne, tout le monde y allait de sa rengaine, et Clément Doucet se mettait régulièrement au piano pour jouer. Du Gershwin, du Cole Porter, mais aussi du Bach ou du Beethoven... Et puis deux-trois propositions iconoclastes, qui ont été enregistrées ! 

Par exemple, prenons Wagner... Wagner est probablement le compositeur le moins swinguant de toute l'histoire de la musique. Qu'à cela ne tienne ! Clément Doucet s'en mêle ! Imaginez-vous Tannhaüser qui se dandine et ça donne ceci :

Wagner se déhanche dans ce Wagnéria, interprété par son auteur, le belge Clément Doucet ! On y retrouve Wagner, son chromatisme, mais il est quand même gentiment bousculé. Et il semble que Wagner était une victime privilégiée pour Doucet. Wagner avait bien de la chance d'être mort 40 ans plus tôt. Car il n'aurait sans doute que peu goûté la splendide scène de la mort d'Isolde revue par notre compatriote Clément Doucet...

Tristan et Yseult. Tout est sublime dans cet opéra. Quelle musique ! On pleure à en percer les mouchoirs... Mais pas cette fois-ci, hop, hop hop, la mort d'Isolde subit le même sort que Tannhaüser...  Elle meurt peut-être, oui, mais en dansant le RagTime...

Isoldina, le bien joyeux sacrilège du pianiste belge Clément Doucet, qui brutalise en souriant l'immense Richard Wagner.  Et le facétieux pianiste ne s'arrête pas en si bon chemin.

Une fois qu'il en avait fini avec Wagner, qui s'était retourné dans sa tombe une bonne quinzaine de fois, Doucet s'attaqua à Chopin. Et là, tout y passe. On démarre comme la Polonaise en la majeur, on enchaîne avec la Valse en do dièse, mais sur une main gauche en stride, typique du ragtime : une basse, un accord, une basse, un accord, etc. Et puis c'est le mouvement lent de la Fantaisie Impromptu qui en prend pour son grade...

Tout ce Chopin passe à la moulinette de Clément Doucet qui se régale, qui nous régale et qui nous replonge au cœur des années 1920, quelque part dans le 8e arrondissement de Paris dans un cabaret mythique où se croisaient les plus grands artistes d'une époque incomparable.

C'était bien tard dans la nuit, les esprits ne se cherchaient querelle que pour des breuvages qui s'oxydent, décontractés par la fatigue, et libérés des scrupules qui les animaient la journée en pratiquant leur art...  Ici, point de manière, juste une farce...

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