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Le Bolero de Ravel, une leçon d'orchestration transcrite des dizaines de fois

Marcelle Lender dansant le boléro dans Chilperic, par Henri de Toulouse Lautrec, 1895-1896
Marcelle Lender dansant le boléro dans Chilperic, par Henri de Toulouse Lautrec, 1895-1896 - © National Galery of Art Washington

Vous n’en pouvez plus de la musique que je vais vous faire écouter ce matin. Elle vous insupporte, elle vous donne de l’urticaire, elle vous pousse suffisamment à bout pour achever votre belle-mère, pour résilier votre abonnement SNCB, pour aller vous empiffrer au fast-food, pour crever le ballon de l’insupportable petit voisin pas beau en plus, ou pour publier sur Facebook un selfie tenté dès le réveil… Et pourtant, cette musique est l’une des inspirations les plus géniales du XXe siècle ! Le Boléro de Ravel.

Il y a comme ça dans l’histoire de la musique des œuvres qu’il ne faut pas oublier d’aller écouter en live, au concert, dans une salle. Parce qu’elle est intéressante la tête du percussionniste. Celui qui tient la caisse claire et qui lance ce rythme au début, presque tout seul, comme un grand. Un rythme qui ne devra plus bouger d’un poil pendant 17 minutes sous peine de déstabiliser un orchestre symphonique en démonstration.

L’orchestre est en démonstration. Il est incroyable ce boléro ! Le même rythme pendant 17 minutes. Et le tempo ne bouge pas. Il y a bien une mélodie. Une deuxième mélodie même. Des mélodies complexes : Tortueuses, syncopées, hallucinantes, incantatoires… Mais c’est tout ! On ne transforme rien. On ne bouge pas.

Un concerto pour orchestre

Le boléro, c’est une danse espagnole, une danse andalouse. Mais un boléro, normalement, c’est bien plus rapide que ce boléro de Ravel, qui n’en finit pas.

C’est qui est obsédant dans toute cette musique, ce n’est pas seulement le rythme qui n’arrête pas de se répéter, ce n’est pas seulement ces mélodies qui n’arrêtent pas de se répéter. Ce n’est pas non plus la tête de ce pauvre percussionniste. C’est le traitement de l’orchestre. C’est bien là, ce qu’on appelle un concerto pour orchestre.

Alors, un concerto pour orchestre, c’est une idée absurde. Puisqu’un concerto, c’est un soliste devant un orchestre. Et après, on gère comme on peut la relation de l’un avec l’autre. On s’aime, on se déteste, on dialogue, on se brutalise.

Un concerto pour orchestre, c’est une manière de montrer, de mettre en valeur chacun des pupitres, chacun des groupes d’instruments, voire, chacun des instrumentistes de l’orchestre. Et c’est le cas ici.

On entend d’abord la caisse claire, puis on entend la flûte, puis la clarinette, puis le basson. Puis la petite clarinette, puis le hautbois d’amour, etc.

Les instruments sont seuls, et pas tout à fait seuls en fait, légèrement couplés, accompagnés… Des associations d’instruments, des associations de timbres géniales. Et puis, on assiste à un véritable crescendo d’orchestre. Un crescendo, c’est simple. On joue de plus en plus fort. D’une nuance douce à une nuance forte. Progressivement. Un crescendo d’orchestre s’obtient par l’addition progressive des instruments, l’addition progressive des pupitres. On commence tout seul… Pour finir avec tout le monde.

Mais pourquoi transcrire un concerto pour orchestre ?

C’est en effet a priori une vraie bêtise de transcrire le Boléro de Ravel. Et pourtant, il en existe un paquet !

Ravel lui-même a transcrit son oeuvre : il a arrangé son Boléro pour piano à 4 mains. Mais des transcriptions du Boléro, il en existe aussi pour deux pianos, pour deux pianos et 4 pianistes, pour 4 pianos, et je ne vous parle pas de celles pour violon, pour trio, etc.

Alors, soyons clairs ! Le boléro est une leçon d’orchestre. Une leçon d’orchestration. On ne bouge pas le rythme, on ne bouge pas la mélodie, on ne bouge pas le tempo ; on ne bouge rien. Et c’est l’orchestre seul, d’un pupitre à l’autre, d’un instrument à l’autre, qui prend de la masse, de la couleur, qui développe la musique pendant 17 minutes.

Tous les apprentis compositeurs étudient ce boléro pour comprendre comment bien faire sonner un orchestre. C’est un chef-d’œuvre. Ravel est un génie de l’orchestration !

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