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La paraphrase d'une paraphrase d'une paraphrase de la Marche nuptiale de Mendelssohn

La paraphrase d'une paraphrase d'une paraphrase de la Marche nuptiale de Mendelssohn
La paraphrase d'une paraphrase d'une paraphrase de la Marche nuptiale de Mendelssohn - © Tous droits réservés

Dans cette chronique Copier-Coller, nous allons nous intéresser à un phénomène que les pianistes connaissent bien : la paraphrase de paraphrase de paraphrase d'une oeuvre célèbre

Et comme une oeuvre célèbre n'a plus besoin d'être présentée, la voici !

La Marche Nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Félix Mendelssohn. Cette Marche nuptiale est donc un extrait de la musique de scène écrite par Mendelssohn pour la pièce de William Shakespeare.

Au XIXème siècle, on ne pouvait pas s'empêcher de paraphraser à tout va ! C'est le siècle du récital, c'est le siècle du virtuose solitaire : quand un homme seul s'avance sur scène pour torturer son instrument à force de bravoure. Liszt, Paganini, Thalberg, Sarasate, Servais... Autant de musiciens brillantissimes qui déployaient leur panache sur scène en faisant hurler les foules de bonheur. 

Tous ces messieurs jouaient des œuvres du répertoire, bien sûr, mais aussi des transcriptions, des arrangements, des pots pourris, des paraphrases d'airs célèbres. Ils faisaient ainsi appel à la mémoire vive de leur public, et c'était une façon de les flatter en leur faisant reconnaître une musique. Mais c'était aussi par conséquent un développement musical facilement compréhensible par ce même public. En effet, si vous reconnaissez l'air, la mélodie, le thème initial d'une paraphrase, et bien le jeu consiste à retrouver ce thème au milieu des exploits techniques et stylistiques des solistes.

La paraphrase est impressionnante oui, mais elle est compréhensible. Il n'y a pas que le musicien qui joue. Le public aussi. Il est convié à participer, de l'oreille aux synapses, à ce festival de virtuosité.

Et donc, la tradition du soliste qui brille en paraphrasant ne s'arrête plus. Mais l'exemple qui nous occupe dans cette chronique est quand même particulier.

Une paraphrase de La Marche nuptiale de Mendelssohn

C'est d'abord Franz Liszt qui proposa une paraphrase de cette Marche nuptiale. Une paraphrase pour piano seul. 

Il ne s'agissait donc pas uniquement de réduire un orchestre au piano, mais aussi de se servir des thèmes de la Marche nuptiale en les variant, en les développant, en les faisant tourner et retourner au cœur des doigts du pianiste et des idiomes lisztiens. 

Liszt a produit quantité de paraphrases, d'illustrations, de réminiscences – les termes varient - sur des thèmes célèbres, et principalement sur des thèmes d'opéras. Il en allait donc de même pour cette Marche Nuptiale de Mendelssohn.

Une paraphrase d'une paraphrase de La Marche nuptiale de Mendelssohn

Au XXe siècle, la tradition des pianistes virtuoses, des pianistes-arrangeurs, paraphraseurs, ne s'est pas épuisée, certainement pas... Et parmi ceux-ci, l'un des plus grands fut sans conteste Vladimir HorowitzVladimir Horowitz et ses doigts diaboliques. Si longs, si plats. Mais d'une vivacité phénoménale.

Il s'est amusé à paraphraser une série de thèmes, de mélodies, comme l'avait fait Liszt avant lui : un thème de Carmen, la Danse macabre de Saint-Saëns, la marche de Rakoczy, ... et puis la Marche Nuptiale de Mendelssohn.

Horowitz a repris la paraphrase de Liszt : il l'a coupée, découpée, complétée, réorganisée, modifiée tonalement, harmoniquement, rythmiquement pour en faire un chef-d'oeuvre de virtuosité, mais de virtuosité du XXe siècle.

La paraphrase d'un immense pianiste qui, depuis Liszt, avait découvert le jazz, l'atonalité, la musique de Debussy ou de Prokofiev. Bref, gagnant en modernité.

Nous avions donc une paraphrase d'une paraphrase de la Marche Nuptiale de Mendelssohn.

Une paraphrase d'une paraphrase d'une paraphrase de La Marche Nuptiale de Mendelssohn

Mais à la fin des années 1990, on découvre un pianiste russe exceptionnel qui fait d'emblée penser à Horowitz, pour son amour de la musique de Liszt, Rachmaninoff ou Scriabine : il s'agit d'Arcadi Volodos.

Et Volodos est d'autant plus proche de Liszt et Horowitz que lui aussi transcrit, paraphrase, et fait montre d'une technique époustouflante à laquelle aucune partition ne semble pouvoir résister.

Et si aujourd'hui, Volodos s'est tourné vers des répertoires plus sobres que sont ceux de Schubert, Brahms ou Mompou, il fut pendant des années cet acrobate du piano qui laissait pantois son public de fans. Et donc Arcadi Volodos se lança dans une paraphrase de cette Marche Nuptiale de Mendelssohn. Il reprit la version d'Horowitz qui avait repris la version de Liszt, qui s'était basé sur Mendelssohn.

Volodos redécoupe encore la version d'Horowitz, l'agrémente et s'inscrit dans cette nouvelle façon de jouer le piano : une nouvelle manière induite en partie par l'amélioration significative des techniques d'enregistrement :

C'est à dire que tout est parfaitement propre, impeccable, sous contrôle. Là où Horowitz semblait sans cesse au bord du précipice, donnant une tension phénoménale à ses interprétations, Volodos apporte une assurance qui nous laisse savourer confortablement cette paraphrase d'une paraphrase d'une paraphrase de la Marche nuptiale de Mendelssohn...

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