Copier-Coller

Plus d'infos

La Danse Macabre de Saint-Saens pour deux pianos : ça fonctionne mortellement bien

Danse macabre de Clusone (Italie) - Peinture de Giacomo Borlone de Buschis
Danse macabre de Clusone (Italie) - Peinture de Giacomo Borlone de Buschis - © Tous droits réservés

Vous pensiez tout connaître des grands chefs-d’œuvre de la musique classique ? Et bien peut-être pas ! Transcriptions, paraphrases, arrangements… Pierre Solot vous donne l’occasion d’entendre ces chefs-d’œuvre autrement, de retrouver les émotions naïves d’une première écoute, de déguster de célèbres musiques avec une nouvelle oreille !

Voici un chef-d’œuvre, peut-être l’une des pièces les plus arrangées, les plus transcrites de l’histoire de la musique : la Danse macabre de Camille Saint-Saens.

Et nous allons l’écouter dans une version qui n’est pas l’originale du tout… Enfin, elle est quand même un peu originale, puisque ce pianiste de Saint-Saens l’a transcrite lui-même. Mais bon, chaque chose en son temps !

Portrait de la Danse Macabre de Saint-Saens

La Danse Macabre de Saint-Saens est une œuvre pour orchestre. L’une de ces œuvres réjouissantes qui vous racontent une histoire, qui vous entraîne à travers une musique absolument visuelle. On y voit tout ce qu’elle raconte.

Et vraiment, quel est l’intérêt de transcrire une œuvre pareille où les timbres ont tellement d’importance ? Oui, les timbres, les couleurs spécifiques à chaque instrument.

Dès le début, on entend les douze coups de minuit, la harpe fait le boulot ! La Mort entre en scène. Et la Mort, c’est un violon ! Un violon qui fait des quintes, on dirait qu’il s’accorde et il se lance dans une mélodie dansante, grinçante, comme le sourire édenté d’un squelette qui vous entraîne chez Satan ! On y entend le Dies Irae, une séquence médiévale, La Colère de Dieu, le Jugement dernier, l’Apocalypse, mais une apocalypse un peu ridicule qui danse en cette nuit de sabbat où les sorcières se mêlent aux pécheurs, où les âmes perdues et les petits Faust se trémoussent en proie à une douleur orgiaque qui les entraîne au brasier !

C’est horrible, mais c’est joyeux. Le xylophone et les cordes pincées font les ossements qui se dandinent et le hautbois lui, imitera le coq, le coq du matin qui dispersera finalement tous ces petits lutins maléfiques.

Dans cette version originale pour orchestre, tous les instruments sont à la fête, chacun s’exprime, trouve sa place dans cette farandole malfaisante. C’est un plaisir d’orchestre, c’est la récréation des timbres. On y est bien, on y est multiple, et en fait, s’il y a bien un truc que je ne ferais pas, c’est arranger cette partition pour le piano ou que sais-je pour orgue, pour flûte ou pour violon.

Transcrire la Danse Macabre de Saint-Saens

Il existe une bonne cinquantaine de transcriptions de cette Danse Macabre de Saint-Saens : tout le monde adore cette pièce, tout le monde veut la jouer, alors on se dépatouille pour l’arranger et satisfaire son désir égoïste d’appropriation musicale.

Sauf que Camille Saint-Saëns lui-même l’a arrangé pour violon et piano, mais aussi pour deux pianos. Et cette dernière version pas mal du tout. Bien sûr, on y retrouve l’impact, les résonances, la vitesse, la puissance du piano. Et à deux pianos, c’est encore un autre jeu. C’est de la vraie musique de chambre. Il y a deux instruments, il y a deux musiciens.

En général, on les met face à face, on emboîte les instruments et tout se communique au regard, au signe de tête, à la respiration. La masse sonore est doublée, on peut mêler des résonances de pédale à des sons tous secs, détachés, staccato. Il y a deux pianistes qui s’expriment, deux personnalités, deux façons de jouer qui collaborent, qui s’opposent, qui s’unissent. Et dans ce type de musique, on sent la surenchère, la griserie, l’ivresse virtuose et narrative.

Et l’histoire est toujours là, ce sont deux mastodontes de près de 500 kilos qui vous l’expriment depuis les claviers, une tonne de musique, mais on y entend toujours minuit qui sonne, la mort qui fait son entrée, en cadence et qui grince et qui danse et qui entraînent tout un petit monde abominable à tourner autour d’un feu qui est déjà la prémonition de l’enfer. On ricane, on se chatouille à sang, on s’effraie vilainement, et puis tout se disperse, s’évapore au chant du coq… Juste un cauchemar…

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK