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Jean-Luc Fafchamps transcrit le lied "Marguerite au rouet" de Schubert

Jean-Luc Fafchamps propose une contamination de la musique de Schubert par sa propre musique
Jean-Luc Fafchamps propose une contamination de la musique de Schubert par sa propre musique - © Johannes Vande Voorde

Dans cette chronique, Pierre Solot s’intéresse à une toute jeune transcription, réalisée il y a seulement deux ans par un compositeur belge. Plus qu’une transcription, c’est une entreprise d’une intelligence et d’une sensibilité redoutables.

Marguerite au Rouet, tirée du Faust de Goethe

L’œuvre du passé qui nous occupe est Marguerite au Rouet, un lied issu du Faust de Goethe. Et c’est Schubert qui donna un chemin musical à ce texte, en posant une voix chantée sur un piano pour raconter Marguerite séduite et abandonnée par Faust, qui se lamente en filant la laine au rouet.

Mais oui, lorsqu’on se fait plaquer, il n’y a rien de mieux que de se lamenter en confectionnant un pull ou un bonnet…

Marguerite n’est pas bien. Et ça s’entend. On entend d’abord le rouet, qui tourne, encore et encore. La main droite du pianiste fait tourner ce rouet en un motif perpétuel de doubles croches sur un battement discret de la main gauche qui pourrait être le cœur brisé de Marguerite. Ce battement s’arrêtera, mais le rouet lui se poursuit. Il ne s’arrête qu’une seule fois sur un mot : Sein KuB… Où elle se souvient du baiser de Faust…

Mais le rouet reprend, et le battement de cette main gauche… Et le désespoir de Marguerite qui finit par les deux mêmes vers que ceux du tout début : "Mon repos m’a quitté – Mon cœur est lourd". Comme une résignation…

Lorsqu’il compose cette musique, Schubert a 17 ans seulement. On raconte qu’il l’écrivit d’une traite, sans rature. L’innocence de Marguerite est la sienne.

Et la Belgique dans tout ça ?

Jean-Luc Fafchamps est un compositeur belge de bientôt 60 ans, et il est professeur d’Analyse musicale au Conservatoire de Mons. C’est un homme captivant, sincère, érudit, passionné, engagé.

Mais comment compose-t-il ? Comment transcrit-il ? Il est bien trop rusé pour transcrire uniquement.

Lorsque le Quatuor Alfama – quatuor à cordes belge — lui commande une transcription – pour quatuor bien sûr – d’une série de lieder de Schubert, Jean-Luc Fafchamps dit oui, mais il propose autre chose.

Il propose une contamination de la musique de Schubert par sa propre musiqueUne sorte de dialogue entre le langage de Schubert et le sien ; un pont tracé, mais en pointillé, entre le début du XIXe siècle et le début du XXIe siècle.

Parmi les 7 lieder transcrits par Jean-Luc Fafchamps, le premier est une transcription pure, et les suivants se trouvent pénétrés progressivement par la musique du compositeur belge. Jusqu’au dernier lied, devenu complètement une musique d’aujourd’hui.

Le lied "Marguerite au rouet" se trouve au centre de ce processus. Et vous l’entendrez dès les premières secondes : ce mouvement du rouet est lancé comme une machine, avec ces sons géniaux que l’on peut obtenir en jouant autrement un instrument à cordes.

La mécanique s’enclenche col legno, en utilisant le bois de l’archet, on entend un pizz, une corde pincée, un effet spiccato qui fait rebondir l’archet sur la corde. Avant que l’archet ne trouve un mouvement plus traditionnel, arco, mais se servant aussi du tendeur de l’instrument… Le rouet tourne.

C’est un quatuor à cordes, ce n’est plus un piano. Ce sont quatre voix à la fois isolées et parfaitement fusionnées.

L’une des formations les plus épurées, les plus délicates à manier du répertoire.

C’est un dialogue constant entre les quatre instruments ; c’est un dialogue constant entre Schubert et Fafchamps, et par-dessus, Marguerite : une voix qui chante le désespoir et l’innocence brisée.

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