Copier-Coller

Plus d'infos

Francis Poulenc et Les chemins de l'amour : voix vs. violoncelle

Francis Poulenc et Les chemins de l'amour : voix vs. violoncelle
Francis Poulenc et Les chemins de l'amour : voix vs. violoncelle - © ARCHIVES - AFP

Francis Poulenc est un surdoué de la composition. Pour comprendre Francis Poulenc, on cite souvent, avec beaucoup de justesse, le mot de Claude Rostand qui disait de Poulenc qu'il était à la fois "moine et voyou". Oui, Poulenc était très attaché à sa foi catholique, une foi qu'il avait retrouvée à l'âge adulte, qui l'avait conduit sur les hauteurs de Rocamadour et qui lui avait inspiré des œuvres d'une haute teneur spirituelle. 

Et puis le voyou, le coquin, celui qui frôle le cabaret, qui effleure le music-hall, le prince d'une heureuse légèreté, d'une joie brillante, insouciante et supérieurement futile.

Poulenc est toujours surprenant. Sa musique fait se côtoyer les dissonances les plus âpres avec les mélodies les plus pop. On ne sait jamais à quoi s'attendre. On est séduit, comme un bonbon séduit un enfant... Et puis dans la seconde qui suit, on prend une gifle pleine de crispations harmoniques.

Dans cette chronique, c'est plutôt au coquin que nous avons affaire. Ce coquin de Poulenc qui écrit en 1940 Les chemins de l'Amour.

Une Valse. Une Valse chantée sur un texte de Jean Anouilh. Ces chemins de l'amour qui sont aussi ceux du désespoir. Ces amours que l'on ne parvient plus à se rappeler. Une sensation du temps qui passe à travers les échos du passé, de plus en plus brefs, bientôt estompés... Mais en 1940, en France - puisque Poulenc est Français- on ne peut s'empêcher de penser au passé qui disparaît pour céder sa place aux atroces années de guerre et d'occupation...

Et la chanson de Francis Poulenc prend un sens nouveau... Et pourtant, c'est à l'opérette qu'elle s'installe cette chanson ; au music-hall, à travers la voix d'Yvonne Printemps... Yvonne Printemps, peut-on rêver patronyme plus champêtre... Yvonne Printemps...  Et pourtant la petite Yvonne naît dans la douleur d'un père volage et puis définitivement absent, et dans la découverte précoce de la scène et de ses affres. Elle monte sur scène à 10 ans, pour la première fois ; elle fréquente Les folies bergères à 11 ans, et elle attendra quand même ses 18 ans pour jouer dans "Ah ! Les beaux nichons !" avec Maurice Chevalier. Et oui, on savait faire des titres à l'époque !

Les chemins de l'amour de Francis Poulenc par l'excellente Yvonne Printemps.  Oui, bien sûr, ce n'est pas une voix de Conservatoire, c'est une voix naturelle, un talent pur, heureusement imparfait, mais si clair, et si adéquat dans ce répertoire entre deux eaux...

Une transcription pour violoncelle

Il est des instruments qui s'approchent dangereusement de l'humain. Prenez le violoncelle par exemple ! Sa tessiture, qui pourrait être une voix...  Et puis sa forme, indubitablement callipyge. Et puis cette façon que les violoncellistes ont de tenir leur instrument dans leurs bras, au milieu de leurs jambes, enlacés comme un couple. Oui, certains instruments sont moins innocents que d'autres !

Mais le violoncelle pourrait-il remplacer Yvonne Printemps ? Peut-on remplacer Yvonne Printemps ? Et bien oui ! Mais il en faut plus pour arrêter un violoncelliste.

Le violoncelle a la forme, la voix et le charisme d'un homo sapiens exalté aux aspirations érotiques. Alors il ne se prive de rien.

Il transcrit ! D'ailleurs, il ne transcrit rien du tout. Il fait fi des paroles et il joue la mélodie. Vous vous rendez compte ? On demande tous les jours aux chanteurs d'articuler, de se familiariser avec les accents, de nous faire entendre le texte au creux de leur voix somptueuse.

Un violoncelle, c'est aussi un pouvoir élevé de dérèglement lacrymal ; c'est un outil de séduction aussi efficace que James Bond et Hugh Grant réunis. Et pourtant ce n'est que 4 cordes, nonchalantes et vibrantes qui vous saisissent au cœur pour ne plus vous lâcher.

Les paroles sont loin, certes. Ces chemins de l'amour, ces chemins du désespoir, du souvenir, des échos, qui s'estompent avec un sourire fragile au coin des lèvres.

Et pourtant, aux détours de ces trois temps, de cette Valse sans outrage, le violoncelle lui aussi nous raconte un chemin, qui ne semble pas si loin, le chemin d'un amour impalpable.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK