Copier-Coller

Plus d'infos

Florian Noack, poète du piano, transcrit le Shéhérazade de Rimsky Korsakov

Florian Noack, poète du piano, dans une transcription du Shéhérazade de Rimski Korsakov
Florian Noack, poète du piano, dans une transcription du Shéhérazade de Rimski Korsakov - © Tous droits réservés

Cette semaine, dans sa chronique Copier-Coller, Pierre Solot a décidé de se pencher sur des musiciens belges, des compositeurs belges et des transcripteurs belges.

La transcription à l'heure actuelle a-t-elle encore un sens ? 

Y a-t-il encore des musiciens qui transcrivent les œuvres du passé aujourd'hui ? Eh bien oui ! Mais est-ce que ça a encore du sens ? A quoi servent les transcriptions d'aujourd'hui ?

Au XIXe siècle, les transcriptions pour piano ou pour un ensemble de musique de chambre étaient une manière de faire connaître de grandes œuvres orchestrales dans les salons. Une manière de diffuser plus largement cette musique à une époque où il y avait moins d'orchestre et donc moins de concerts d'orchestre qu'aujourd'hui. A une époque aussi où il n'y avait pas de radios, et aucun support pour reproduire et diffuser la musique.

Les techniques de reproduction ont ensuite bouleversé la perception de l'art et son accessibilité. Et aujourd'hui, il suffit de quelques clics pour écouter ce que l'on souhaite. Alors pourquoi transcrire aujourd'hui ?

Revenons au transcripteur, celui qui est seul au piano, la nuit, à la lueur d'un lampadaire et qui griffonne notes après notes, petite boule après petite boule... C'est un travail colossal. Concentrer un orchestre sur un piano, c'est rassembler des dizaines de musiciens au bout des doigts d'un seul.

Que nous apprennent les maîtres dans les Conservatoire ? Au-delà de la tradition, du répertoire, de la technique même... Ils nous apprennent à transcender notre instrument. Chercher, encore et encore, à faire émerger un nouveau son d'un instrument que l'on connaît depuis des siècles. Non, un piano, ce n'est pas qu'un timbre, ce n'est pas qu'une façon de le jouer, ce n'est pas irrémédiablement un instrument à percussions dont on ne pourra jamais rien faire vibrer. Il faut louvoyer, finauder, ruser avec l'instrument, jouer avec une résonance, créer un nouveau geste du bras pour donner de la continuité au discours, inventer un nouvel impact pour entendre résonner la corde comme jamais.

Quand les plus grands artistes vous répètent à longueur d'interview qu'ils sont toujours à la recherche de leur musique, à la découverte du son, au travail, toujours, à remettre l'ouvrage sur le métier, encore, et encore... Alors qu'on a l'impression qu'ils ont atteint un niveau superlatif, ce n'est pas juste une manière de dire, une pudeur, une fausse modestie.  Non, leur instrument n'a pas encore tout dit.

Quant au maître transcripteur, il est au cœur de cette recherche. Chaque instrument de l'orchestre est une nouvelle approche du piano, une nouvelle sensation du clavier. Chaque parcelle mélodique, insinuée au cœur de la masse orchestrale devient un défi d'acrobate pour le faire exister, juste un instant, au milieu du flux pianistique. Et après des mois d'écriture, de coups de gommes, de ratures, de pages arrachées, mises en boules et balancées dans la corbeille, apparaît enfin la transcription. 

Shéhérazade de Rimsky Korsakov

L'immense Shéhérazade de Rimski Korsakov, transcrit et interprété par le pianiste belge Florian Noack.

Certains héros du clavier vivent à deux pas de chez nous, et Florian Noack en est probablement l'exemple le plus sincère. À 29 ans, il joue ce jeu du chevalier transcripteur depuis déjà de nombreuses années. Il connaît parfaitement son instrument, mais il cherche toujours. De nouveaux défis, sans doute, mais en fait bien plus que des défis. Car le défi tient du sport. Il ne suffit pas.

Bien plus qu'un athlète, Florian Noack est un poète du piano. Il transcrit encore et encore, et chaque nouvelle transcription est une redécouverte de ces œuvres que l'on pensait connaître. Et mieux encore, chacune de ses transcriptions est une redécouverte de cet instrument que l'on pensait connaître, à savoir le piano. 

Florian Noack réinvente le piano. Il écrit. Et il joue. Car l'écriture d'une transcription n'est que le début. Amener un orchestre au piano, ce n'est pas juste une histoire d'écriture. Il faut jouer. Il faut faire tenir tout ça sur 88 touches, avec ses 10 doigts, d'une traite, avec des centaines de personnes qui vous scrutent dans une salle surchauffée. Pas un geste n'est improvisé. 

Chacun des mouvement est calculé, répété, puis libéré dans le flux. Chaque touché est l'affaire de l'instant présent. Oh bien sûr, il est répété, lui aussi, mais qu'en reste-t-il face à ce piano que l'on connaît depuis 2 heures au mieux, que l'on vient de découvrir ; avec la tension, la chaleur, la moiteur, et la vitesse qui vous entraîne potentiellement vers l'abîme ?

L'exécution de la transcription est une aventure, une épopée, un Tour de France...  On la vit comme on lit un roman. On y traverse tant d'émotions, de sensations, de frissons...

Oui, ça a encore du sens de transcrire aujourd'hui. De donner à sentir cette vibration du héros solitaire, le pianiste, qui prend le risque de tenir un orchestre symphonique entre ses doigts. 

Un héros à la recherche d'un tout petit trésor, fragile... La quête d'un poète : une lueur nouvelle sur son instrument et sur une musique séculaire...

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK