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Ennio Morricone : quand les instruments de musiques deviennent des personnages de film

Ennio Morricone : quand les instruments de musiques deviennent des personnages de film
Ennio Morricone : quand les instruments de musiques deviennent des personnages de film - © TIZIANA FABI - AFP

Dans cette chronique Copier-Coller, on va prendre un peu la mesure de ce qu’implique une transcription, l’arrangement d’un morceau pour un autre instrument.

A priori, on pourrait se dire qu’une musique est une musique : si on ne change pas les notes, qu’elles sont exactement les mêmes, mais que c’est un autre instrument ou un autre ensemble d’instruments qui les jouent, c’est la même musique. En fait, c’est plus compliqué. Et la transcription doit être un acte prudent. Le timbre et les particularités techniques des instruments doivent être pris en compte.

Pour faire simple : si vous entendez un piano ou une clarinette, vos sensations ne sont pas les mêmes. Le piano joue une série de notes en même temps, il est percussif, il permet des résonances, mais pas de véritable tenue. La clarinette, elle, ne joue qu’une note à la fois, mais le souffle lui donne une souplesse et des sons variables dans leur continuité. Et donc, ça ne vous donne pas la même impression.

Ainsi, les compositeurs choisissent scrupuleusement tel ou tel instrument pour jouer tel ou tel de leurs morceaux. Alors, pour être clair, prenons un exemple tiré de la musique de cinéma. Au cinéma, la musique a un rôle primordial. Il est loin le temps où les musiciens qui accompagnaient les films muets ne servaient qu’à masquer le bruyant projecteur. La musique de cinéma accompagne l’image, suit l’action et elle raconte même sa propre part du récit.

Ce que les mots et les images ne peuvent faire comprendre, la musique le peut, l’expression de l’indiciblePrenons donc l’un des compositeurs les plus marquants de l’histoire du cinéma : Ennio Morricone. Ennio Morricone a, comme tout bon compositeur, le souci du timbre et donc du choix des instruments. Et chez lui, c’est même exacerbé. Plus que la musique, l’instrument et son timbre, l’instrument et sa couleur prennent une place essentielle dans le film. Souvenez-vous d’Il était une fois dans l’Ouest et de cet harmonica. Ce dernier est un véritable personnage, il accompagne l’acteur Charles Bronson au cours du récit. Et c’est bien simple : le personnage campé par Bronson s’appelle l’Homme à l’Harmonica…

De la même façon, souvenez-vous du film "Les incorruptibles" de Brian de Palma, la force de la justice, représentée par Eliott Ness prend l’impact des percussions, la batterie, le piano, sans concession.

Voilà qui est une belle utilisation des timbres et des particularités des instruments, et notamment l’aspect percussif du piano, puisque le piano est constitué de marteaux qui frappent sur des cordes.

Le troisième exemple est encore plus limpide dans le choix d’un timbre, d’un instrument pour chanter l’histoire d’un film : Le film The Mission, palme d’or à Cannes en 1986 qui raconte la chaleur tropicale de l’Amérique du Sud, au XVIIIe siècle, et de ces jésuites envoyés porter l’Évangile aux populations locales. Et le contact avec ces tribus se fait parla musique : le personnage de Gabriel joue du hautbois, il va créer une école de musique et créer ainsi un lien humain, avant que tout cela ne s’écroule.

Le hautbois n’est pas un instrument anodin, il est celui qui donne le La à tous les orchestres du monde, pour qu’ils s’accordent. Le hautbois est celui qui peut transpercer de son chant l’orchestre entier. Il lui est confié des centaines de solos dans toute l’histoire de la musique d’orchestre.

Cette musique d’Ennio Morricone est très belle, et beaucoup ont voulu se l’approprier. Dans cette chronique vous entendrez un arrangement pour violon et orchestre.

Le violon n’a pas la clarté fulgurante du hautbois et il ne ressortira jamais de la même façon d’un orchestre… plein de cordes, il s’y fondra beaucoup plus ; il ne racontera pas la même chose que le hautbois d’origine.

Il en aura malgré tout le chant, la souplesse, le raffinement. Un bon musicien peut trouver une personnalité nouvelle à une mélodie si liée à l’instrument qui la joue à l’origine, mais il ne pourra pas empêcher le souvenir d’un timbre si judicieusement choisi…

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