Copier-Coller

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Du piano à la guitare, les Danses espagnoles d'Enrique Granados

Dans Copier-coller, Pierre Solot nous invite à nous demander pourquoi diable on s’est permis de secouer un chef-d’œuvre ? ! Tout ça pour ne rien y changer. Rien ? Ou presque… Et ce chef-d’œuvre, c’est la cinquième danse espagnole pour piano d’Enrique Granados, Andalousie.

Il va être ici question d’Espagne, d’Andalousie, d’Associations de guitaristes furieux, de voyage en bateau et de la mort d’un héros, un vrai.

Les danses espagnoles de Granados sont une douzaine de danses qui évoquent différents coins d’Espagne. Leur date de composition n’est pas certaine et se situe entre 1892 et 1900. Même si Granados affirmait les avoir écrites en 1883 quand il n’avait que 16 ans.

Sacré génie qu’était Granados

Granados appartient à cette génération de compositeurs espagnols qui vont faire exploser le box-office à la fin du XIXe siècle. Plus personne ne parlait de musique espagnole, on ne parlait que des Italiens, tous ces opéras plus tragiques les uns que les autres. L’Espagne musicale était au fond de sa péninsule.

Et puis cinq compositeurs sortent de l’ombre et vous écrivent une musique magnifique, à la fois typée, enracinée dans le folklore espagnol et en même temps en phase avec les trouvailles musicales de leur temps : il s’agissait de notre ami Enrique Granados, mais aussi d’Isaac Albéniz, de Manuel De Falla, et puis les deux Joaquin : Joaquin Turina et Joaquin Rodrigo.

Si vous voulez des comparaisons à l’emporte-pièce, Albéniz écrit une musique pour piano qui fait penser à Liszt, très brillante, parfois excessive, pleine de trouvailles et profondément ancrée dans l’histoire de son pays. Et Granados serait lui un équivalent à Chopin, écrivant une musique pour piano plus ronde, moins éclatante, plus séduisante aussi mais moins liée au terroir, moins novatrice également.

Granados a aussi la plus classe de toute l’Histoire de la musique. Nous sommes en 1916, en pleine Première Guerre Mondiale et Granados revient d’une tournée triomphale aux Etats-Unis. Son dernier opéra est un succès. Il revient donc, tout auréolé de gloire, il reprend le bateau pour l’Europe avec son épouse. Mais le paquebot qui doit le ramener en Espagne est torpillé par un sous-marin allemand. C’est la panique à bord. Granados et sa femme sont séparés dans la cohue. Lui parvient à se glisser dans un canot de sauvetage. Le bateau sombre en quelques instants. Il cherche sa femme, il l’appelle. Et il finit par l’apercevoir au loin. Elle est à bout de forces. Elle se noie. Et Granados plonge, il nage, il la rejoint. Et ils meurent ensemble, noyés.

Granados était un pianiste virtuose. Et il n’avait pas toujours besoin de le montrer. La cinquième danse espagnole pour piano, intitulée Andalousie, est un bijou d’évocation. Pour un pianiste, elle est bien écrite, confortable. Bien équilibrée : une façon d’utiliser tous les registres du piano, une écriture polyphonique, à plusieurs voix. Bref : une vraie pièce de répertoire.

Une musique espagnole sans guitare est-elle vraiment espagnole ?

Le problème avec la musique espagnole – et notamment lorsque l’on évoque l’Andalousie - c’est qu’on ne pense pas au piano. On pense à la guitare.

Toutes ces petites appoggiatures, ces petites notes rapides qui viennent se frotter contre les autres. Et bien, on y entend une guitare. Une guitare pianistique.

Mais faut savoir que Granados n’a jamais écrit pour la guitare. Vous imaginez ! Un Espagnol sans Guitare ? C’est un peu comme une huître sans muscadet.

Alors il a fallu réparer ça : ni une ni deux, jaillissaient les transcriptions de cette belle Danse Espagnole pour la guitare.

On ne sait jamais quoi penser des transcriptions. C’est normal, elles ont tellement d’origines potentielles. Ici, il s’agissait de faire mieux que le compositeur originalOu de faire plus juste.

Ça ne manque pas de culot. Mais c’est surtout parce que tous ces guitaristes aimaient cette musique. Ils l’aimaient alors ils l’ont transcrite.

Et voici donc une nouvelle œuvre. La même, mais autrement. Une œuvre en soi.

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