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Beethoven, auteur de l'un des plus gros copier-coller de l'histoire de la musique ?

Beethoven en 1823, à l’époque de la composition des Variations Diabelli et de la Neuvième symphonie.  Portrait de F.G. Waldmüller (1823).
Beethoven en 1823, à l’époque de la composition des Variations Diabelli et de la Neuvième symphonie. Portrait de F.G. Waldmüller (1823). - © Tous droits réservés

Pour cette chronique, Pierre Solot va s’intéresser à l’un des plus gros Copier-Coller de l’histoire de la musique : clic droit, clic gauche, clic droit, clic gauche !

Et celui qui a ainsi manié la souris de son PC, c’est Ludwig van Beethoven. Et oui, le grand Beethoven, celui qui est sourd, mais aussi celui qui est amoureux. On a dû mal à l’imaginer amoureux Beethoven, lui que l’on représente en général l’air renfrogné, les cheveux hirsutes et le poing dressé vers son Créateur qui lui a infligé le pire des handicaps pour un musicien : la surdité.

Et on le sait, Beethoven a eu un bon gros passage à vide, une retraite à la campagne, une introspection puissante, une fragilité suicidaire et puis… Et puis fini ! Le héros "Beethoven" était en route vers l’Histoire, à travers l’Histoire, quitte à être en avance sur son temps et à rencontrer l’incompréhension du public envers sa musique.

Parmi ses œuvres – nous sommes en 1806 – Beethoven écrit un Concerto pour violonL’un des plus beaux concertos du répertoire, et pourtant, il ne fut pas vraiment apprécié du vivant de Beethoven : jugé trop long, trop répétitif, pas assez démonstratif, un concerto pour violon avec "pas assez de violon".

Beethoven, lui, il trace sa route, rien ne l’arrête. D’autant qu’il est amoureux. Il se fiance en secret avec Thérèse de Brunswick. Thérèse de Brunswick qui était son élève. Leur amour est sincère et Beethoven compose un concerto pour violon qui respire le bonheur, la plénitude, lui qui sera aussi plus tard le maître du drame, de la vigueur et de la complexité.

Point de complexité ici, mais un concerto qui se dessine simplement sur 4 notes… Les timbales… Mais pas seulement…

Et ce concerto a été transcrit. Et pas qu’un peu puisque c’est Beethoven lui-même qui en a fait l’arrangement. Un arrangement pour piano.

Et c’est quand même assez rare : transformer un orchestre au piano, un piano en orchestre, passer d’un instrument à plusieurs ou le contraire, ça se fait régulièrement. Mais garder le modèle du concerto, c’est-à-dire un orchestre avec un soliste, et simplement changer l’instrument soliste, c’est plus rare.

Jean-Sébastien Bach, lui, il l’a beaucoup fait. Et en général, quand Bach a fait quelque chose, ça devient légitime pour tous ceux qui suivent. Et comme Bach a eu une série d’inspirations saugrenues, eh bien c’est plutôt confortable pour les générations de compositeurs qui ont suivi.

Mais quand même… Un violon n’est pas un piano… Essayez de tenir un piano comme on tient un violon… C’est idiot. Il y a des centaines de kilos de différence. Et puis les cordes frottées du violon ne sont évidemment pas les cordes frappées du piano ; la pédale du piano n’est pas l’archet du violon… Et l’ambitus du violon n’est pas celui du piano…

Mais Beethoven était amoureux, donc rien ne l’arrête. Alors évidemment, on entend quand même que ce n’est pas un concerto ordinaire pour le piano, cet arrangement. C’est quand même un peu limité en termes purement pianistiques : la main droite du piano joue beaucoup, beaucoup plus que la main gauche – les aigus étant à droite sur le piano et le violon concentrant sa tessiture dans l’aigu… Et puis le violon, la plupart du temps, c’est une seule ligne à jouer, une note à la fois, parfois deux ou trois…

Le pianiste a dix doigts, pour jouer 10 notes en même temps, même plus s’il joue deux notes avec le même doigt… Donc, rien de tout ça chez Beethoven. Il se contente de doubler beaucoup de choses à la main gauche. C’est-à-dire que le pianiste joue les mêmes notes à la main droite et à la main gauche, à une ou deux octaves d’intervalle, de manière parallèle. De temps en temps, la main gauche du pianiste se fend d’un petit accompagnement, d’une basse ou l’autre, quitte à doubler ou faire le job des violoncellistes de l’orchestre.

Mais bon, ça sonne plutôt bien… Ce n’est pas révolutionnaire, mais le piano n’est pas envahissant – et Dieu sait qu’un piano, ça peut être envahissant ! Ici, le piano se mêle à l’orchestre.

Et puis, il y a quand même les cadences : ce sont ces endroits d’un concerto destinés à l’improvisation du soliste, lorsqu’il est seul à jouer, sans l’orchestre… Sachant que ces cadences sont souvent écrites et plus improvisées, à l’époque de Beethoven, Beethoven qui ne faisait pas assez confiance aux solistes pour improviser une musique aussi intéressante que la sienne… Beethoven a écrit de nouvelles cadences, adaptées au piano, ce ne sont plus des transcriptions, là il compose vraiment pour le piano.

Soyons clairs : on ne joue pas souvent cette transcription pour le piano. Mais elle a le mérite d’être un ovni dans la production beethovénienne, et puis elle alimente le fantasme d’un nouveau concerto, chez un compositeur dont on aurait tant espéré une dixième symphonie, un deuxième opéra, un sixième concerto pour piano…

Alors, copier-coller ? Seulement ? 

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