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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Vendredi 19 mai, session de 20h

Santiago Cañón-Valencia, Irena Josifoska, Brannon Cho et Thomas-Michael Auner
Santiago Cañón-Valencia, Irena Josifoska, Brannon Cho et Thomas-Michael Auner - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

SANTIAGO CAÑON VALENCÍA

Vendredi 19 mai 2017, 20h.

Santiago Cañon Valencía, 22 ans est Colombien.

C’est avec un look très assumé, digne du "Parrain" de F.Ford Coppola, et une très belle assurance que Santiago Cañon Valencía entame le 1er Concerto de Haydn.

Un musicien rayonnant, et une attitude qui se reflète sans détour dans son jeu. On apprécie son sens du discours musical. Sans fioritures, droit au propos musical, le musicien colombien donne envie d’être heureux, tant son jeu est brillant et lumineux.

Mais Santiago Cañon Valencía, c’est aussi, et surtout une sonorité diablement expressive.

Dans l’adagio, on goûte à sa sonorité boisée et cuivrée, et à ces longues et belles phrases qu’il déclame avec l'assurance d'un ténor italien.

Le mouvement final a lui, des allures de bouquet final! C’est en effet à un tempo survolté que le Colombien démarre ce 3e mouvement, avec une vélocité et une musicalité sans failles aucune: un très beau musicien que ce Santiago Cañon Valencía.

Dans son récital, le Colombien avait interprété une très bucolique Sonate en ré mineur de Shostakovitch, et de spectaculaires Variations sur un thème de Paganini de Bottermund/Starker.

 

IRENA JOSIFOSKA

Vendredi 19 mai 2017, 20h30.

Irena Josifoska est une musicienne serbo-hongroise de 20 ans.

Elle a fait ses classes en Serbie, puis à la Musik Hochschule de Detmold en Allemagne.

Elle a choisi le 2e Concerto de Haydn. Au jeu des comparaisons, -qu’on ne peut s’empêcher de faire-, le jeu de la jeune serbo-hongroise paraît nettement moins assuré que celui de son prédécesseur colombien.

Elle semble être la première candidate de cette demi-finale à souffrir du stress.

Les minutes passant, le stress s’éloigne, et la jeune femme adopte une très belle attitude introvertie, toute engagée qu’elle est dans la musique de Haydn.

La sonorité d’Irena Josifoska est certes un peu rugueuse et froide en certaines occasions, mais ce qui impressionne, c’est sa sobriété, et plus que tout, sa sincérité.

Dans le mouvement lent, ces qualités de jeu qu’on vient de décrire font merveille. Dans les passages pianissimo, elle atteint un niveau d’intimité rare lorsqu’elle chuchote les phrases musicales.

Dans le final, la jeune serbo-hongroise prouve que la sobriété et l’intimité n’empêchent en rien de prendre sa place, et d’exprimer ses idées avec clarté et assurance.

Irena Josifoska, une musicienne très attachante, qui n'a -rappelons-le- que 20 ans!

 

BRANNON CHO

Vendredi 19 mai 2017, 21h30. Session récital.

Brannon Cho, 22 ans est Américain.

Il s’est formé à l’Université de Bienen dans l’Illinois, aux Etats-Unis, et joue un instrument Antonio Casini de 1666.

Brannon Cho a choisi la 6e Suite BWV 1012, de J-S.Bach pour débuter son récital.

Tout comme lors de son épreuve de Concerto, c’est la projection de sa large sonorité qui se révèle particulièrement impressionnante. Stylistiquement, il ne fait en revanche pas grand cas des interprétations "historiquement informées".

C’est donc davantage dans une perspective à caractère romantique qu’il envisage ce Bach. Dès lors, si l’on adhère à cette esthétique, son interprétation inspire le respect le plus entier, ne fut-ce que par la beauté de sa sonorité, qui est tout simplement exceptionnelle.

Brannon Cho poursuit avec la Sonate en ut majeur, opus 119 de Serge Prokofiev. Un répertoire en adéquation parfaite avec la personnalité et le jeu de Brannon Cho. Il est rejoint par Victor Asunción au piano.

Dans ce 1er mouvement, Brannon Cho parvient à exprimer des sentiments aussi différents que la douleur, la beauté et la joie, grâce à un vibrato poignant, et à une sonorité aussi voluptueuse que profonde.

Le 3e mouvement s’ouvre dans une ambiance quasi légère, qui met en valeur le lyrisme du musicien américain. L’un des autres aspects de son jeu réside dans son extrême concentration qui lui permet de maintenir en haleine toute une salle, quelle que soit la complexité du répertoire.

L’ imposé d’Annelies Van Parijs est une une illustration parfaite de cette faculté à capter l’attention d'un public. Dès la 1ère mesure, Brannon Cho fait entendre qu’il a intégré l’essence-même de cette création contemporaine, en prenant le public par la main.

Il s'agit à ce jour l’interprétation la plus convaincante de " Chacun(e) sa chaconne " d’A.Van Parijs.

Brannon Cho conclut avec une paraphrase sur "Largo al factotum" extrait du Barbier de Séville de Mario Castelnuevo-Tedesco. Une œuvre étonnante et passionnante qui fait office de feu d’artifice.

Une pièce et un récital applaudis avec une ferveur rare par le public du Studio 4, entièrement gagné à sa cause.

Brannon Cho, un candidat passionnant tout au long de son récital, avec une faculté rare à capter l'attention de son public.

Un "solide client" qu’on devrait en principe pouvoir retrouver en finale, sauf accident, ou désaccord profond entre les différents membres du Jury.

 

THOMAS-MICHAEL AUNER

Vendredi 19 mai 2017, 22h30.

Thomas-Michael Auner, 26 ans est Autrichien, et s’est formé à Vienne. Il a été l’élève de Gustav Rivinius et Natalia Gutman.

Tout comme Brannon Cho, il débute son récital avec la 6e Suite BWV 1012, de J-S.Bach

Et si nous exprimions quelques réserves stylistiques quant à l’interprétation de la Suite de Bach de Brannon Cho, celle de Thomas-Michael Auner est un vrai régal.

L’articulation, le vibrato et la sonorité de l’Autrichien conviennent fort bien à ce répertoire.

Cela étant dit, l’on ne peut pas tout avoir et Thomas-Michael Auner n’atteint pas la finition technique irréprochable qu’avait proposéee le musicien américain.

Le violoncelliste autrichien poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs. Très légèrement à la peine dans les passages fortissimo, les passages pianissimo sont en revanche d’une extrême beauté, et d’une grande douceur.

Mais c’est clairement quand le pianiste Jonas Vitaud et Thomas-Michael Auner entament l’Adagio et allegro opus 70 de Robert Schumann que l’on retrouve les qualités que nous avions pointées dans son 2e Concerto de Haydn. Le violoncelliste allemand chante avec la grâce de la voix chantée.

Et l’on se dit soudainement qu’on lui demanderait bien de jouer la partie de chant des "Quatre derniers lieder" de Richard Strauss, tant son lyrisme et la conduite de ses phrases s’apparentent à ceux de la voix chantée.

Loin des sentiers battus, le récital se poursuit avec la Sonate opus 4 de Zoltan Kodaly.

Œuvre tourmentée, mais aussi empreinte de motifs folkloriques, dans laquelle l’excellent pianiste Jonas Vitaud ne manque pas de boulot, tant l’écriture pianistique y est touffue.

Thomas-Michael Auner parvient quant à lui à y créer une sonorité légèrement métallique, donnant ainsi une intensité supplémentaire à la musique du compositeur hongrois.

Le récital se termine avec l’Humoresque du grand Mstislav Rostropovitch, dont on ne savait pas qu’il avait écrit des pièces de Concours! On n’est pas déçus: c’est plein d’humour et infiniment virtuose! Le jeune Thomas-Michael Auner s’en acquitte avec une facilité déconcertante, histoire de nous quitter en disant : "Dites-voir les gars: ce n’est pas parce que je suis sensible et lyrique, que je n’ai pas de technique!"

Un récital délicat et créatif!

Fin de cette soirée à 23h15.

A demain pour le résultat.... vers minuit!

Laurent Graulus.

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