Concours Reine Elisabeth à écouter

Plus d'infos

Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Vendredi 19 mai, session de 15h

Christoph Heesch, Bruno Philippe, Anastasia Kobekina et Yan Levionnois
Christoph Heesch, Bruno Philippe, Anastasia Kobekina et Yan Levionnois - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

CHRISTOPHE HEESCH

Vendredi 19 mai 2017, 15h. Session Concerto.

Christophe Heesch, candidat allemand de 21 ans, d’origine japonaise a choisi le 2e Concerto en ré majeur de Haydn.

Dopé par un Orchestre Royal de Chambre de Wallonie en toute grande forme, le violoncelliste allemand respire l’élégance et la facilité. C’est la qualité de son legato qui frappe en premier, puis une sonorité lumineuse, proche du violon alto, tant elle est claire, mais aussi moelleuse. On ne se trouve pas ici dans la catégorie " grosse machine " de ces violoncelles qui vrombissent dans le bas du registre.

Christophe Heesh a étudié à l’Université des Arts de Berlin, avec Wolfgang E.Schmidt. On imagine aisément qu’il a longuement étudié toutes les considérations stylistiques. En particulier, celles relatives au répertoire baroque, et classique, tel que ce Concerto de Haydn, encore à cheval entre l’époque baroque et classique.

Dans le mouvement lent, on retrouve tout ce qui nous avait profondément charmé dans son récital, à savoir la priorité à la beauté et à la poésie du discours musical.

Dans le final, il connaît quelques petits accidents de justesse, sans aucun doute dus à l'énorme pression que représente cette compétition.

Concernant la poésie évoquée ici plus haut, on peut rappeler ici qu’il avait joué en récital une superbe Fantaisie en ut majeur, D 934 de Schubert, ainsi qu’une très sobre et splendide 5e Suite de J-S. Bach.

Christophe Heesch est l’un de nos coups de cœurs, chez qui l’on peut observer une vraie cohérence esthétique entre son récital et son Concerto.

 

BRUNO PHILIPPE

Vendredi 19 mai 2017, 15h30. Session Concerto.

Bruno Philippe, 24 ans est l’un des cinq Français de cette demi-finale. Il a fait ses classes à Paris, puis a étudié à Salzbourg, auprès de Franz Helmerson.

Il a choisi le 1er Concerto de Haydn. On l’a déjà écrit dans ces colonnes, des deux Concertos pour violoncelle de Haydn, ce premier en do majeur, est le plus éclatant, le plus spectaculaire, et aussi le plus " vendeur " dans le cadre d’un Concours comme celui-ci.

C’est en tous les cas, assurément un Concerto qui correspond au caractère de Bruno Philippe, plus extraverti que son collègue allemand.

Le musicien français attaque fort ce 1er mouvement, c’est un fonceur ! Et il faut reconnaître qu’il dispose de tous les moyens techniques, ainsi que de la sonorité nécessaire pour adopter cette attitude.

Dans le mouvement lent, Bruno Philippe change de registre, et se fond dans une intériorité en parfaite adéquation avec ce tempo, et l’on retrouve cette sonorité chantante qu’on avait appréciée lors de son récital. Un récital lors duquel il nous avait gratifiés d’une superbe Sonate de Poulenc.

Dans le final, Bruno Philippe retrouve l’élan, et la fougue de sa jeunesse. En dépit de quelques soucis de justesse, le jeune Français donne priorité au tempo et à l’allant de ce mouvement excessivement virtuose. Une excellente idée, car la cohésion entre l’Orchestre et lui-même est tout simplement irréprochable.

A n’en pas douter, Bruno Philippe est un homme de scène, et la version de ce 1er Concerto de Haydn était particulièrement plaisante à suivre! C’est l’avis du public aussi, qui réserve de longs et chaleureux applaudissements à Bruno Philippe.

 

ANASTASIA  KOBEKINA

Vendredi 19 mai 2017, 16h30. Session Récital.

Anastasia Kobekina est née en Russie en 1994, et s’est formée à Berlin, auprès de Frans Helmerson.

Elle débute son récital avec la Sonate pour violon de César Franck, dans sa transcription pour violoncelle. Une œuvre qu’on a bien sûr souvent beaucoup entendue lors de la session violon du Concours Reine Elisabeth!

Anastasia Kobekina prend le temps de bien s’installer sur son tabouret, puis se concentre intensément pendant de longs instants.

La jeune Russe nous propose une version très inspirée de cette transcription. Pour notre plus grand bonheur, on la ressent envoûtée par cette partition de Franck, tantôt grave, tantôt tellement lumineuse.

On retrouve ici la grande richesse et l’élégance de sa sonorité, qui nous avait tant charmés lors de sa session d’Orchestre. Mardi soir, nous avions évoqué une forme de fragilité (toute relative) que nous avions observée lors de son Concerto.

Cette fragilité n’a pas disparu lors de cette deuxième épreuve, mais à bien l'écouter, cette dernière ne serait-elle pas sa plus grande force? Cette fragilité ne serait-elle pas un vecteur d’expression, qui procure à son jeu une intensité rare?

Dans le mouvement lent, le public de Flagey tout entier oublie qu’il est au Concours, tout s’arrête, tant on est submergés par la profondeur du jeu de cette artiste russe.

Dans le final, la puissance émotionnelle et le charisme d’Anastasia Kobekina nous hypnotisent! Nous venons d’assister à une extraordinaire version de cette Sonate de Franck!

Le duo qu’elle forme avec la pianiste Karine Sélo, poursuit avec une version quasiment célèste de l’imposé d’Annelies Van Parijs, tant les sonorités qu’elles nous proposent nous donnent des frissons de plaisir.

Anastasia Kobekina poursuit à présent avec la 6e Suite de Bach, pour violoncelle solo. Elle y semble traversée par une force intérieure qui rend son interprétation captivante.

Elle clôt ce récital avec " Narrenschiff " une pièce écrite par son père, Vladimir Kobekin.

Moment d’émotion, lorsqu’on voit avec quel engagement elle rend hommage à l’œuvre de son papa.

Un récital intense et parfaitement passionnant d’un bout à l’autre. Une candidate que nous aimerions beaucoup pouvoir entendre lors de la finale.

 

YAN LEVIONNOIS

Vendredi 19 mai 2017, 17h15.

Yan Levionnois  est né en France, en 1990. Il débute ses études supérieures au Conservatoire de Paris, puis en Norvège auprès de Truls Mörk, et enfin à la Jiulliard School de New York, où il a terminé sa formation.

Il débute avec la 2e Suite de Bach, dans laquelle tout le meilleur de l’élégance française s’exprime: phrasés légers, et richesse de la sonorité.

Mardi soir, nous étions restés relativement perplexes vis-à-vis de l’abondance de son vibrato dans le 2e mouvement de Haydn. Il n’en est rien dans cette 2e Suite de Bach, tout y respire le bon goût, un vrai beau moment.

Dans l’imposé de Van Parijs, les grands moyens techniques et l’expérience du Français lui permettent de développer une foule de climats différents. Il se sent en tout cas dans ce répertoire contemporain, comme à la maison !

Pièce de bravoure française avec "Papillon" opus 77 de Gabriel Fauré, à présent. L’une de ces pièces de Concours semées d’embûches à chaque virage, et où il faut tout donner en trois minutes… Yan Levionnois s’en acquitte avec maestria, on serait tenté de dire avec facilité!

La pièce qui suit n’est pas d’un format court, c’est la Sonate en fa majeur, opus 6 de Richard Strauss. Belle grande Sonate romantique, composée à trois ans d'intervalle avec la Sonate de Franck, entendue auparavant. Une sonate qui comporte de grands affects, semblables à ceux des Sonates de Brahms. C'est en tout cas un répertoire qui convient excessivement bien au Français.

Des œuvres pour lesquelles il est également indispensable d’avoir une vision et un projet, afin de pouvoir conduire son public dans les dédales d’un Romantisme parfois très tourmenté.

La sonorité imposante et le vibrato très expressif de Yan Levionnois font partie des outils qui lui permettent d’envisager très sereinement l’architecture de cette Sonate. C’est particulièrement édifiant dans le 1er mouvement, s bien construit qu’il est applaudi par tout le Studio 4!

Dans le 2e mouvement, c’est un Yann Levionnois très intérieur qui se dévoile à nous.

Plaisir de l’univers de Richard Strauss, c’est dans les alpages fleuris que nous emmènent Yan Levionnois et Richard Strauss dans ce 3e mouvement. Le musicien français qui a, décidément, une palette d’expressions excessivement complètes à sa disposition.

Un récital rudement bien construit, et parfaitement bien adapté à l’esthétique d’un Yan Levionnois qui est l’un des ces candidats à la carrure solide, à l’instar d’un Ivan Karisma.

Bon, on continue de prendre des risques, et on l’embarque dans le club des finalistes!

 

Fin de cette session à 18h.

Laurent Graulus.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK