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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Samedi 20 mai, session de 20h

Ivan Karizna, Julia Hagen, Ayano Kamimura et Aurélien Pascal
Ivan Karizna, Julia Hagen, Ayano Kamimura et Aurélien Pascal - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

IVAN KARIZNA

Samedi 20 mai 2017, 20h. Session d'Orchestre.

Ivan Karizna, 25 ans est Biélorusse. Il s’est formé à Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne.

Il a choisi le 1er Concerto en ut majeur de Joseph Haydn. Et après avoir entendu de nombreuses versions du 2e Concerto, on redécouvre avec joie le côté lumineux et brillant de ce 1erConcerto.

Brillant, Ivan Karizna l’est aussi… Il nous avait d’ailleurs fait une forte impression lors de son récital. On avait ainsi été impressionnés par sa faculté à aborder Bach et la Sonate de Prokofiev, avec la même justesse stylistique.

Il entame ce 1er Concerto avec une vigueur et une énergie communicatives. Tout l’Orchestre sourit avec lui, tant sa joie de partager ce Concerto est sincère.

Mais ce qui surpasse tout, c’est la richesse de sa sonorité: du grave le plus profond, à l’aigu le plus éclatant, Karizna, c’est une des toutes grandes sonorités de cette 1ère session violoncelle!

Mais si la sonorité de ce musicien biélorusse est extrêmement puissante et riche, il est aussi l’un des interprètes qui gèrent le mieux les nuances, en proposant de grands écarts de nuance au sein d’un même mouvement. C’est le cas dans le 1er mouvement, où un pianissimo soudain donne un éclairage nouveau à ce Concerto. Dans le 2e mouvement également, sa capacité à jouer dans l’infiniment petit crée un relief inouï.

Le 3e mouvement s’enchaîne à un tempo de feu, l’Orchestre de Royal de Chambre de Wallonie s’enflamme, et paraît électrisé par ce candidat.

Ce qui se passe devant nos yeux est un phénomène rare! Yvan Karizna est un homme libre de toutes contraintes… Et il possède de tels moyens techniques qu’il peut gérer un tempo incroyablement rapide, tout en ne pressant pas, et surtout en pouvant jouer pianississimo et prestissimo à la fois.

C’est dans une ambiance complètement survoltée que se termine ce 1er Concerto, et c’est tout le Studio 4 qui crie son bonheur à travers des applaudissements particulièrement nourris et enthousiastes.

Une prestation rare, à la hauteur de son récital. Ivan Karizna est une personnalité forte, qu’on reverra en finale!

 

JULIA HAGEN

Samedi 20 mai 2017, 20h30. Session d’Orchestre.

Julia Hagen, est née en 1995 en Autriche.

Elle aussi a choisi le 1er Concerto de Haydn.

Changement de cap radical avec Julia Hagen qui propose une version beaucoup plus retenue et intimiste de ce 1er Concerto. Une option qui convient parfaitement à sa sonorité beaucoup moins imposante que celle de Karizna.

Mais la version "de chambre" de l’Autrichienne n’a rien à envier à celle du Biélorusse. On est charmés par le raffinement de son vibrato, présent quoique discret, et par le son cristallin de son violoncelle Francesco Ruggieri (1684).

Même dans le dernier mouvement presto, là où Karizna lâchait les chevaux, Julia Hagen ne se fait pas démonstrative, elle est dans l’Orchestre, davantage que dans la posture du soliste romantique.

Dans son récital, on l'avait entendue dans le Scherzo - Tarentelle d’Henryk Wieniawski et dans la Sonate en ré mineur de Shostakovitch.

Une version radicalement différente de ce 1er Concerto, de celle d’Ivan Karizna, toute en finesse, "historiquement informée", et passionnante. C’est l’un des charmes du répertoire classique que celui de pouvoir proposer des lectures si différentes d’une même partition.

 

AYANO KAMIMURA

Samedi 20 mai 2017, 21h45. Session de musique de chambre.

Ayano Kamimura, 26 ans est Japonaise.

C’est avec un vibrato joliment discret qu’elle débute la 6e Suite pour violoncelle seul de Bach. Un vibrato dont l’élégance est à l’image de sa très belle tenue noire. Tout dans son jeu est suggéré, proposé, mais jamais imposé.

On aime cette retenue qui, paradoxalement met en valeur mieux que jamais la musique de Bach, qui n’a pas besoin que l’interprète prenne l’ascendant sur elle.

On avait apprécié la justesse stylistique d’Ayano Kamimura dans son 1er Concerto de Haydn, en particulier son vibrato, très adapté à Haydn.

Ayano Kamimura poursuit avec l’Imposé d’Annelies Van Parijs, dans un raffinement quasi céleste.

Que de délicatesse dans les passages pianissimo où elle semble caresser les cordes, davantage qu’elle ne les frotte. Que de contrastes aussi dans son habileté à passer du climat le plus lumineux au plus sombre.

Suit une œuvre qu’on n’avait pas encore entendue dans ce Concours, c’est Pampeana n°2 d’Alberto Ginastera. Le choix du répertoire est bien entendu aussi très éclairant.

L’on se rend compte avec Ginastera que cette musique aussi sensuelle que singulière, est en lien direct avec la personnalité musicale d’Ayano Kamimura.

Une œuvre où elle peut développer à loisir son univers poétique. Mais aussi rappeler qu’elle est une poète à l’énergie débordante. Ainsi quand il s’agit de jouer les passages les plus vifs, elle répond présente au quart de tour…

Et c’est un récital d’une cohérence sans faille qui se poursuit avec la Sonate FP 143 de Francis Poulenc. On y apprécie sa vivacité et sa réactivité dans le 1er mouvement. Une vivacité qui laisse place à un bonheur flirtant avec la nostalgie dans le 2e mouvement. Mais la nostalgie se transforme en roublardise dans " Ballabile ", le 3e mouvement.

L’un des vecteurs d’expression le plus efficace d’Ayano Kamimura, c’est son vibrato lyrique à souhait. Il est soutenu par une sonorité belle comme une voix de contreténor dans Haendel ou Bach.

Ayano Kamimura a mille choses à dire, c’est une des candidates les plus subtiles de ce Concours. Un bonheur, un régal.

 

AURELIEN PASCAL

Samedi 20 mai 2017, 22h50. Session de récital.

Aurélien Pascal, 22 ans, s’est formé au Conservatoire de Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne.

Il est le dernier concurrent de cette demi-finale de la 1ère session de violoncelle du Concours Musical International Reine Elisabeth.

Il débute son récital avec la 5e Suite pour violoncelle seul de J-S.Bach. Après la prestation d’Ayano Kamimura, on a besoin de quelques instants pour intégrer une esthétique particulièrement distante de celle de la Japonaise.

Aurélien Pascal propose un Bach plus conventionnel, avec de belles basses profondes, et une sonorité pleine et généreuse. Un jeu que l’on oserait qualifier de plus viril, et dont on aimerait parfois qu’il explore davantage l’intériorité de Bach.

Une intériorité qu’Aurélien Pascal a en revanche superbement rencontrée dans "A chacun(e) sa chaconne", d’Annelies Van Parijs. Il y propose une multitude de nuances et de couleurs.

Se jouant de toutes les difficultés rythmiques, Aurélien Pascal a su créer une unité dans cette miniature de six minutes.

Il poursuit avec la Sonate " L’Impératrice " de Luigi Boccherini. Un compositeur contemporain de Haydn, et omniprésent lors des éliminatoires, mais qu’on n’avait pas encore rencontré lors de cette demi-finale.

Aurélien Pascal en propose une version lumineuse et inspirée. Son vibrato abondant procure à cette Sonate des airs de salon de l’Elysée, richement décorés, avec de nombreuses et jolies moulures. C’est avec une sonorité majestueuse qu’on découvre aussi la très grande virtuosité du candidat français. On regrette que la pianiste n’ait pas davantage pris sa place, laissant tout l’espace à une partie de violoncelle, qui, il faut le reconnaître était royale.

Le récital se poursuit avec la Sonate de Poulenc que nous venons d’entendre avec la candidate japonaise de début de soirée.

Une sonate achevée en 1948, et où la sonorité très large d’Aurélien Pascal magnifie les sublimes mélodies de Poulenc. Le Français n’a pas peur de vibrer large, mais il le fait si bien qu’on lui pardonnerait tout. A l’instar de la version de la Japonaise, celle-ci aussi est à l’image du Français: démonstrative, spectaculaire, mélodramatique. Dans le 2e mouvement, Aurélien Pascal démontre que démonstration et introspection peuvent cohabiter.

Un choix parfait pour ce musicien à la sonorité généreuse, et rassurante. Avec Aurélien Pascal, on est dans les divines saveurs de la bonne cuisine française. Merci Aurélien pour toutes ces partitions cuisinées avec soin.

Fin de cette dernière soirée de demi-finale 2017 à 23h30. Merci de nous avoir lus!

Laurent Graulus.

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