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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Samedi 20 mai, session de 15h

Alexey Zhilin, Victor Julien-Laferrière, Shizuka Mitsui et Maciej Kulakowski
Alexey Zhilin, Victor Julien-Laferrière, Shizuka Mitsui et Maciej Kulakowski - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

ALEXEY ZHILIN

Samedi 20 mai 2017, 15h. Session d'Orchestre.

Alexey Zhilin, 30 ans est Russe. Il est l’aîné de cette compétition.

Il a choisi le 2e Concerto en ré majeur de Haydn.

Les deux épreuves de cette demi-finale: récital et Concerto sont décidément tout aussi passionnantes que différentes.

On avait ainsi senti Alexey Zhilin particulièrement à l’aise dans son récital, et en particulier dans le répertoire romantique. On pense à la 2e Sonate de Brahms, dont il avait livré une version magistrale de maturité.

Il nous avait en revanche paru que sa 4e Suite de Bach n’était pas son répertoire de prédilection, stylistiquement parlant.

Cette sensation se vérifie dans ce Concerto de Haydn, à tout le moins dans le 1er mouvement. Sa sonorité est puissante et chaleureuse, certes, mais à l’instar de la musique de Bach, il ne donne pas non plus l’impression d’être particulièrement dans son élément dans ce répertoire.

Dans le 2e mouvement, le musicien russe prend ses aises, vibre de manière importante, et paraît à présent plus détendu, en enchaînant les phrases avec un beau legato.

Dans le final, il nous rappelle qu’il est un très fin technicien, plein d’expérience. Paradoxalement, Alexey Zhilin est plus à l’aise dans l’allegro final, que dans l’adagio, où il a moins à jouer.

Une prestation maîtrisée techniquement parlant, mais très légèrement décevante stylistiquement parlant.

 

VICTOR JULIEN-LAFERRIERE

Samedi 20  mai 2017, 15h30. Session d’Orchestre.

Victor Julien-Laferrière, 26 ans, est l’un des cinq candidats  français de cette demi-finale. Heinrich Schiff et Clemens Hagen ont été deux de ses professeurs.

Il a également choisi le 2e Concerto de Haydn.

On avait beaucoup apprécié sa très juste et sobre 2e Suite de Bach. Cette impression se confirme ici, avec un Haydn très raffiné: sonorité claire et vibrato discret, l’on croit percevoir l’influence d’Heinrich Schiff…

C’est dans le haut du registre que Victor Julien se montre particulièrement lyrique, on pense à cette note dans l’extrême aigu qui précède la cadence, qu’il a exécutée avec une maestria fabuleuse.

Dans la cadence, c’est toute la conscience des interprétations sur instruments d’époque qui le traverse. Une conscience qui l’invite à une sobriété bienvenue.

Dans l’adagio, c’est l’expressivité de sa sonorité qui ravit, et qui confère à ce mouvement lent la grâce d’une danseuse. On se régale de la poésie lente qu’il impose.

Dans le final, Victor Julien-Lafferrière poursuit son récit avec beaucoup d’inspiration, et un son aussi clair que chaleureux.

Lors de sa prestation en récital, il avait interprété une 2e Sonate de Brahms très convaincante.

Une prestation éminemment sincère, d’un goût exquis. L’une des belles versions de ce 2e Concerto de Haydn.

 

SHIZUKA MITSUI

Samedi 20 mai 2017, 16h30. Session récital.

Shizuka Mitsui, 25 ans est Japonais. Il a étudié à l’Université de Toho dans son pays, puis avec Clemens Hagen, l’un des fondateurs de l’illustre quatuor Hagen.

Il débute avec la 4e Suite, BWV 1010 de J-S.Bach. Dans son Concerto, on avait beaucoup aimé sa sonorité de violoncelle " soprano ", avec des harmoniques supérieures particulièrement abondantes et chatoyantes.

Au début de cette 4e Suite de Bach, on est un peu décontenancés par un certain manque de legato. On rentre ensuite avec beaucoup de plaisir dans son univers.

Dans la gigue finale, le jeune Japonais connaît quelques accidents techniques, qui n’affectent en rien sa grande musicalité, et sa belle sonorité.

Au début de l’imposé d’Annelies Van Parijs, Shizuka Mitsui semble encore un peu affecté par les petits accrocs qu’il vient de connaître dans Bach. Fort heureusement, il reprend rapidement ses esprits, et impressionne par sa grande force dans les passages fortissimo qui sonnent comme un coup de tonnerre!

Shizuka Mitsui enchaîne avec la pièce maîtresse de sa prestation, la 2e Sonate de Brahms, qu’on entend pour la 3e fois lors cette demi-finale. Nous en avions entendu une version russe avec Alexey Zhilin, et une version française avec Victor-Julien Laferrière.

Cette 3e version en est à nouveau une déclinaison tout à fait différente.

On avait été très charmés, on l’a dit, par la sonorité de Mitsui dans Haydn. A l’entendre dans Brahms, on se rend compte qu’il n’a peut-être pas la puissance et la rondeur nécessaires pour une grande sonate romantique de cette ampleur. On aimerait idéalement plus de rondeur, et davantage de puissance.

Cela étant dit, sa sonorité vraiment proche du violon alto est intrinsèquement superbe. Dans le mouvement lent, Mitsui développe de très belles idées. Grâce à sa sonorité menue, il n’en fait jamais trop, ce dont on ne peut que le féliciter!

Dans le 4e mouvement, très chantant, lorsque la partition lui laisse de l’espace, on retrouve tout ce qu’on aime chez Mizuka Mitsui, à savoir un discours expressif et sincère.

Mitsui qui termine avec panache cette 2e Sonate de Brahms.

Son récital se termine avec la virtuosissime Danse des elfes de David Popper. A l’image de sa discrétion, le Japonais interprète cette pièce de bravoure sans démonstration aucune, mais avec une aisance rare. En voilà un joli cadeau pour clore ce récital.

Shizuka Mitsui, un candidat infiniment sensible et discret, dont nous avions adoré le Haydn.

Malgré quelques petits accros purement techniques, il nous a proposé un récital élégant et sincère.

 

MACIEJ KULAKOWSKI

Samedi 20 mai 2017, 17h25. Session récital

Maciej Kulakowski, 21 ans est Polonais. Il a choisi de débuter ce récital avec la 6e Suite BWV 1012 de J-S.Bach.

Son phrasé est particulièrement beau et léger. Sa sonorité est puissante et claire, sa justesse stylistique, et la très belle scansion font de cette 6e Suite une interprétation très cohérente.

Maciej Kulakowski poursuit avec " Chacun(e) sa chaconne ", l’imposé d’Annelies Van Parijs. Une oeuvre qu’il aborde avec beaucoup d’aisance et d’inspiration. Sa sonorité parfois un tantinet trop brillante dans Haydn et Bach, convient parfaitement à ce répertoire, dont il détaille avec beaucoup d’intelligence la structure, en nous faisant entendre très distinctement les différents tableaux.

L’aisance fait place à la majesté dans la Sonate en ré mineur de Debussy. Une Sonate qu’il aborde également de manière endiablée et fougueuse dans le dernier mouvement.

Maciej Kulakowski poursuit avec " Capriccio per Siegfried Palm ", une pièce pour violoncelle solo de Krzysztof Penderecki. Il y explore toutes les possibilités de son instrument. Un violoncelle qu’il fait hurler, qu’il utilise comme un instrument à percussions, comme une contrebasse de jazz… Tout y passe. La pièce de Penderecki n’est pas précisément un modèle de concision, mais elle est tout à fait spectaculaire, et a le mérite de mettre en valeur les très grands moyens techniques et expressifs du musicien polonais. Ce dernier est très applaudi à l’issue de ce Capriccio per Siegfried Palm, et ce n’était pas gagné d’avance en proposant une œuvre aussi exigeante!

Son récital se termine avec Zigeunerweisen, opus 20 de Pablo de Sarasate. Une pièce empreinte d’une nostalgie profonde, dans laquelle le vibrato coule à flots! Dans la deuxième partie, la nostalgie a fait place à la danse, et le jeune Polonais a démontré dans cette dernière pièce qu’il pouvait vraiment tout jouer.

Un récital mené de main de maître par le Polonais, qui a foulé des siècles de musique. Probablement l’un des récitals les plus variés qu’il nous ait été donné t’entendre!

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