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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Mercredi 17 mai, session de 20h

Shizuka Mitsui, Shizuka Mitsui, Alexey Zhilin et Victor Julien-Laferrière
Shizuka Mitsui, Shizuka Mitsui, Alexey Zhilin et Victor Julien-Laferrière - © Queen Elisabeth Competition

Tous les jours de cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

Retrouvez également le moment musical de Camille De Rijck avec ses invitées Elsa de Lacerda et Shirly Laub.

SHIZUKA MITSUI

Mercredi 17 mai, 20h. Session d’Orchestre.

Shizuka Mitsui, 25 ans est Japonais. Il a étudié à l’Université de Toho dans son pays, puis avec Clemens Hagen, l’un des fondateurs de l’illustre quatuor Hagen.

Il débute cette 3e soirée, avec le 2e Concerto de Haydn. A l’image de sa compatriote Ayano Kamimura, son esthétique sonore est parfaitement exquise. Après dix Concertos de Haydn, on commence doucement à pouvoir créer des familles de sonorités et d’esthétiques.

Celle de Shizuka appartiendrait à la famille des violoncelles " sopranos ", dans la mesure où les harmoniques supérieures de son instrument sont particulièrement abondantes et chatoyantes.

On le classerait également volontiers parmi ceux qui proposent une interprétation "historiquement informée" de ce répertoire classique, mais encore proche de l’esthétique baroque. Shizuka Mitsui use ainsi du vibrato, sans jamais en abuser.

Mais dans le mouvement lent, c’est son sens du discours qui ravit plus que tout. Le musicien japonais enchaîne phrase après phrase, comme un poète scanderait de grands auteurs. Un sens du discours qui inspire joliment les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Wallonie. Moment de grâce aussi sur la fin de ce mouvement, lorsqu’il joue quelques mesures à découvert, c’est alors tout le Studio 4 qui s’arrête de respirer.oublier

La musicalité et la technique de cet artiste japonais sont telles qu’elles nous font oublier que ce 2e Concerto était pavé de pièges techniques, dont ce musicien s’est joyeusement acquitté.

Un des plus beaux 2e Concerti de Haydn jusqu’à présent, et un potentiel finaliste… Risquons nous que diable!

 

MACIEJ KULAKOWSKI

Mercredi 17 mai 2017, 20h30

C’est Maciej Kulakowski, un musicien polonais de 21 ans qui succède à notre candidat japonais. Il a fait ses classes à Gdansk, puis à l'Universität der Kunst de Berlin.

Il a lui aussi choisi le 2e Concerto de Haydn. Grand jeune homme blond, Maciej Kulakowski propose une version légèrement plus virile que celle du Japonais, sans doute par la projection sonore et le volume plus important par rapport à la 1ère version de ce soir.

Une virilité qui se révèle très rapidement racée et maîtrisée. Le trait suraigu de ce 1er mouvement met en exergue les grands moyens technique du Polonais, dans un Concerto qui, rappelons-le ne manque pas d’occasions de trébucher…

Dans le 2e mouvement en revanche, Maciej Kulakowski en fait un peu trop, en vibrant plus que de raison, sortant ainsi de l’esthétique classique qu’il avait imprimée dans le 1er mouvement. (ndlr. : Perception et non vérité toute personnelle, comme tous les propos que nous tenons ici bien sûr !)

Dans le mouvement final, le musicien polonais revient à ce qui fait son style, à savoir son élégante poigne, son phrasé souple et sa sonorité très équilibrée.

Cette session d’Orchestre de ce mercredi se termine par un tonnerre d’applaudissements pour Frank Braley et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, qui, il faut le rappeler abat un travail phénoménal, avec un raffinement digne des plus grands Orchestres internationaux.

 

ALEXEY ZHILIN

Mercredi 17 mai, 21h30. Session de musique de chambre

Alexey Zhilin, 30 ans est Russe, c’est l’un des aînés de cette compétition. Il est l'un des très rares concurrents à avoir accompli tout son cycle d'études dans son pays d'origine.

C'est ainsi au Conservatoire de Saint-Pétersbourg que notre concurrent russe a étudié.

C’est avec une détermination impressionnante que le violoncelliste russe entame cette 2e partie de soirée avec la 4e Suite de J-S.Bach. Un musicien qui n’est manifestement pas né de la dernière pluie, et qui ne s’encombre pas non plus de savoir comment il conviendrait de jouer Bach aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, sa personnalité transcende tous les débats, même si son vibrato intense et omniprésent peuvent surprendre, voire choquer les puristes.

C’est le pianiste belgo-américain Daniel Blumenthal qui le rejoint à présent pour la 2e Sonate en fa majeur de Brahms. Un répertoire qui convient ici divinement à la sonorité très ronde et large du musicien russe. Et c’est un adieu immédiat à tous les débats concernant le vibrato: le jeu du musicien russe est ici en parfaite adéquation avec les affects et les sentiments de Brahms.

C’est peut-être dans des opus aussi imposants que ces grandes sonates romantiques, qu’on perçoit le mieux l’expérience d’un candidat. Celle d’Alexey Zhilin se ressent à chaque instant.

Les idées, les projets se succèdent, et compte tenu de la longueur des Sonates de Brahms, c’est une nécessité d’en proposer une à chaque coin de rue pour maintenir son public en haleine.

La sonorité de Zhilin est puissante, mais toujours voluptueuse et enveloppante. Ses phrases sont soutenues en permanence par un souffle et une voix intérieure, dignes de celles des grands chanteurs d’opéra.

Dans le 4e mouvement, la complicité entre Daniel Blumenthal et le violoncelliste est belle à voir. Ils chantent tantôt à l’unisson, tantôt se répondent avec bienveillance. Une sacrée belle version de cette 2e Sonate de Brahms…

Le duo poursuit avec " Chacun(e) sa chaconne ", l’imposé de la compositrice et pianiste belge Annelies Van Parijs. De toutes les versions entendues à ce jour, c’est sans doute aucun la plus endiablée, la plus dynamique. On a aussi le sentiment que Daniel Blumenthal et Alexey Zhilin se sont donnés le mot: " surjouons les nuances ! ". Une idée saugrenue sur papier, mais extrêmement convaincante sur scène. Une version également empreinte d’un mélange de suspense et d’amusement.

Sa prestation se conclut avec Pezzo Capriccioso de Tchaïkovsky. Pièce de Concours, oui mais quand on parvient à enfiler autant de notes sans anicroche, avec une justesse que bien des violonistes n’atteindront jamais, et à une allure supersonique, on dit : "Chapeau bas Alexey et Daniel! "

Un violoncelliste qu'on serait étonné de ne pas retrouver en finale!

 

VICTOR JULIEN LAFERRIERE

Mercredi 17 mai 2017, 22h20

Cinquième candidat français pour cette demi-finale, Victor Julien Laferrière est âgé de 26 ans, et a étudié avec deux Maîtres que sont Heinrich Schiff et Clemens Hagen.

Il choisit la 2e Suite pour violoncelle BWV 1008 de Bach pour ouvrir le bal.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après la prestation (sur)vitaminée du candidat russe, la sobriété du jeune Français dans sa Suite de Bach fait… du bien! Le vibrato est revenu à des niveaux normaux, et si le son est clair, il ne manque aucunement de registre grave.

Bien évidemment, comme toujours, il faut accepter un autre univers après s’être imprégné de celui d’un concurrent pendant près de 50 minutes. Cela est vrai pour tous, mais lorsqu’un candidat s’impose à toute une salle, la transition est plus délicate.

Pur hasard de l’enchaînement des candidats, Victor Julien Laferrière poursuit avec la même 2e Sonate de Brahms! Il est accompagné par un jeune pianiste français très apprécié Théo Fouchenneret.

On pourrait regretter cette juxtaposition, mais c’est en fait une chance, un régal pour nous tous qui aimons la musique.

Nous voilà donc avec une même partition à 20 minutes d’intervalle, et pourtant quel monde de différences!

A la poigne et au son très imposant de Zhilin, Laferrière répond par une grande salve de finesse et de douceur. Sa sonorité plus menue le place parfois en léger retrait vis-à-vis du piano, mais cela contribue à un sentiment de communion avec le jeune pianiste français.

Sonorité menue, oui mais ce que nous venons de vous dire se révèle parfaitement faux lorsque Laferrière entame le 3e mouvement. Il en avait gardé "sous la pédale", et dans ce mouvement très enlevé, la clarté de sa sonorité lui permet de rester intelligible en toute circonstance.

Dans le 4e mouvement, c’est l’expressivité dans le medium-aigu qui fait des merveilles. Théo

Fouchenneret au piano donne quant à lui, une bien belle réplique à son complice Victor Julien. Le public applaudit chaleureusement cette sonate, montrant ainsi qu’il avait profité tout autant de cette 2e version que de la 1ere.

Le récital des deux Français se poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, dans lequel le duo tarde quelque peu à se trouver. Un problème aussitôt oublié lorsqu’ils abordent les passages pianississimo, les deux hommes développent une poésie de toute beauté, entre le chuchotement et le souffle chaud d’un baiser. Et c’est finalement une version très intimiste qu’ils nous en donnent.

Le récital du Français se termine avec la Campanella de Paganini dans un arrangement de Kreisler. Et si ce type de pièces sont écrites pour épater la galerie, ce n’est peut-être pas le sport dans lequel Victor Julien et Théo sont les plus forts. Mais il semble décidément  qu’on ne puisse décemment pas faire l’impasse sur ce type d’exercice dans le cadre du plus grand Concours au monde.

Beau moment de concert, empreint de sincérité avec Victor Julien Laferrière et Théo Fouchenneret qu’on adorerait déjà réécouter en concert!

 

Fin de cette session à 23h10.

Laurent Graulus.

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