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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth : Mardi 16 mai, session de 20h

Compte rendu de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth : Mardi 16/05 session de 20h
Compte rendu de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth : Mardi 16/05 session de 20h - © Tous droits réservés

Tous les jours de cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

 

ANASTASIA KOBEKINA

Mardi 16 mai, 20h.

C’est sous des applaudissements particulièrement nourris qu’Anastasia Kobekina fait son entrée sur la scène du Studio 4 de Flagey. Elle est suivie de près par Frank Braley, le chef de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie.

Née en Russie en 1994, la jeune violoncelliste s’est formée à Berlin, auprès de Franz Helmerson.

Elle entame cette 2e soirée de récital avec le 2e Concerto de Haydn. Dès son entrée dans le 1er mouvement, on est impressionné par la grande richesse et l’élégance de sa sonorité. Sa joie est perceptible, et participe à la grande lisibilité de ses phrases.

L’immense difficulté de ce 1er mouvement lui occasionnent malheureusement quelques petits accidents de justesse.

Dans le 2e mouvement, les phrases se déroulent avec langueur, soutenues par un vibrato exquis.

Dans le final, la musicienne russe se libère et se dit sans doute qu’il faut profiter de l’instant.

Anastasia Kobekina privilégie résolument la musicalité à toute autre considération, et curieusement, c’est peut-être sa fragilité qui la rend tellement attachante musicalement.

Le public de Flagey semble en tout cas l’avoir déjà adoptée, en l’applaudissant plus que tout autre candidat à ce jour.

 

YAN LEVIONNOIS

Mardi 16 mai, 20h30.

 

Yan Levionnois  est le second candidat de cette session d’orchestre. Né en 1990 en France, il a débuté ses études supérieures au Conservatoire de Paris, puis en Norvège auprès de Truls Mörk, et enfin à la Jiulliard School de New York, où il a terminé sa formation.

Le candidat français a choisi le 1er Concerto de Haydn. Un choix qui, aux dires des spécialistes est plus vendeur que le 2e Concerto, objectivement plus délicat techniquement.

La stratégie est donc, ce n’est pas une surprise un élément fondamental.

Stratège ou pas, le violoncelliste français maîtrise parfaitement ce 1er Concerto. La justesse impressionne, et sa sonorité efficace et dense témoigne d’une formation très solide.

Dans la cadence de ce 1er mouvement, on croit reconnaître la " patte " solide de son Maître Truls Mörk.

Dans le 2e mouvement, Yan Levionnois sort de son chapeau un vibrato très ample, qui trahit probablement l’esthétique américaine de la Jiulliard School.

Le 3e mouvement débute plus vite que jamais, et pendant l’introduction orchestrale, le musicien français se tourne avec beaucoup de bienveillance vers l’Orchestre de Chambre de Wallonie.

La beauté de son legato dans les phrases rapides évoquent à certains moments la musique de Vivaldi.

L’expérience et la solidité technique de Yan Levionnois permettent d’imaginer qu’il gagne sa place en finale. C’est ce que considère également le public qui l’applaudit à tout rompre, faisant oublier les bravos qu’il avait réservé à la candidate russe… La mémoire est parfois courte.

 

CHRISTOPHE HEESCH

Mardi 16 mai, 21h30.

La deuxième partie de soirée consacrée au récital débute avec Christoph Heesch, un musicien allemand de 21 ans, également porteur de la nationalité japonaise.

Il a choisi la 5e Suite BWV 1011 de Bach pour débuter sa prestation.

Et avant même la 1ère note, le musicien allemand impose une belle écoute au public en se concentrant pendant de longues secondes. Ce silence est d’or, et les notes qui suivent sont à la hauteur de ce moment rare.

De tous les candidats entendus à ce jour, c’est en effet Christophe Heesch qui offre ce dont tout violoncelliste rêverait: du grave qui vrombit comme les contrebasses d’un grand Symphonique, et un aigu scintillant comme celui d’un beau violon.

Dans la 2e partie de la Suite, on profite également de toute la qualité du discours de Christophe Heesch qui témoigne d’un projet musical très abouti.

Le violoncelliste allemand est ensuite rejoint par l’excellente Naoko Sonoda au piano pour l’imposé d’Annelies Van Parijs.

En quelques mesures, c’est tout un univers poétique que le duo parvient à créer. La gestion de la dynamique y est également gérée de main de maître: du plus doux au plus fort, tout fait sens dans ce qui apparaît comme un vrai duo, davantage qu’une prestation de concours.

Cette priorité (cette urgence) à la beauté et au discours musical ne se démentent pas dans la Fantaisie en ut majeur, opus 159, D 934 de Franz Schubert. Une partition dans laquelle le piano peut se montrer largement soliste. Christophe Heesch l’a très bien compris, lorsqu’il s’efface, sans pour autant jamais devenir transparent.

Dans l’extrême aigu de son instrument, le jeune Allemand retient joliment la note, à l’instar des grandes sopranos qui savent que l’aigu ne doit jamais " faire mal ", ni déborder. 

On se félicite aussi du choix du répertoire de cette prestation qui démontre un bon goût, et une abnégation salutaire.

Oui, décidément, Christoph Heesch était ce soir  un musicien en concert à Flagey, mettant entre d’heureuses parenthèses notre Concours bien-aimé! Que peut-on souhaiter de mieux à un Concours qu’on ne l’oublie de si belle manière?

 

BRUNO PHILIPPE

Mardi 16 mai, 22h20.

Bruno Philippe, 24 ans est l’un des cinq Français de cette demi-finale. A l’instar de Yan Levionnois, il a fait ses classes à Paris, puis comme la candidate russe Anastasia Kobekina, a étudié à Salzbourg, auprès de Franz Helmerson.

Il débute avec la 4e Suite BWV 1010 de Bach. Une Suite quelque quelque peu austère, à laquelle sa sonorité un peu sombre convient joliment.

Il poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, dans lequel sa sonorité se révèle bien plus riche qu’on ne l’aurait pensé en entendant son Bach. En contact étroit avec son pianiste Tanguy De Williencourt, ils créent des surprises, s’amusent, et fait miauler son violoncelle comme un chat de gouttière.

C’est ensuite avec la Sonate FP 143 de Francis Poulenc, que le musicien français poursuit ce récital. Est-ce la musique française, ou est-ce parce qu’il est définitivement "rentré" dans sa prestation? Quoi qu’il en soit, cette musique est la sienne. Son violoncelle chante haut et fort, et le vibrato qui s’en dégage est particulièrement expressif et sincère.

Dans la "Cavatine", il prouve qu’il n’a pas besoin de jouer fort pour jouer dense.

Et quand il entonne "Ballabile", c’est la vigueur et la beauté des échanges entre les deux hommes qui font plaisir.

Le Final cristallise quant à lui tout ce qu’on avait aimé auparavant chez ce violoncelliste français : humour, beauté du vibrato, complicité avec son pianiste et son répertoire.

On termine cette soirée avec la danse des Elfes de David Popper, en regrettant que l’on ne puisse terminer cette soirée avec la poésie délirante de Francis Poulenc.

Mais voilà, nous sommes donc à un Concours, et le public applaudit cette danse des elfes à tout rompre, bien davantage que Poulenc. On peut aisément le comprendre quand on entend le brio et la dextérité phénoménale avec laquelle il s’en est acquitté!

On aurait en tout cas rêvé que Poulenc soit encore en vie pour nous concocter d’autres sonates de cette trempe.

Fin de cette 2e soirée à 23h. A demain!

Laurent Graulus.


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