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Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Jeudi 18 mai, session de 20h

Astrig Siranossian, Yuya Okamoto, Sihao He et Valentino Worlitzsch
Astrig Siranossian, Yuya Okamoto, Sihao He et Valentino Worlitzsch - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

ASTRIG SIRANOSSIAN

Jeudi 18 mai, 20h. Session d'Orchestre.

Astrig Siranossian, 29 ans a choisi le 2e Concerto de Haydn. Une oeuvre dont on pourrait se lasser, mais en fait, c’est tout l’inverse! Ses déclinaisons sont infinies.

Et Dieu que celle de cette musicienne est belle! Sa sonorité est claire comme un matin d’été à la montagne. On retrouve ici les sonorités de cristal qu’on avait entendues chez la Japonaise Ayano Kamimura. A l’instar de sa collègue asiatique, Astrig Siranossian possède également un violoncelle d’époque baroque, en l’occurrence un Ruggieri.

Outre ces considérations de lutherie, c’est bien sûr son goût exquis qui donne à son jeu un tel intérêt. Car si le son est clair, il est aussi extrêmement dense. Elle est également l’une des seules à user d’un rubato très léger en des moments très choisis du 1er mouvement. Il en résulte un suspense et un relief bienvenu.

Dans le 2e mouvement, Astrig Siranossian "contamine" l’Orchestre qui se met à rayonner comme elle, nous donnant l’impression que nous pourrions nous aussi, nous mettre au violoncelle dès demain.

A l’entame du 3e mouvement, on hésite à qualifier sa sonorité de cuivrée, solaire, dorée, ou bien les trois à la fois?

C’est en tout état de cause la candidate qui possède la sonorité la plus personnelle dans ce Concerto de Haydn, et c'est le coup de cœur absolu de la rédaction! Nous serions par conséquent déçus de ne pas la voir en finale, et nous avons la faiblesse de penser qu'elle réunit tous les atouts pour y figurer!

Artiste en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, le public de Flagey semble déjà l'avoir adoptée, si l'on s'en réfère au déluge d’applaudissements qui a suivi sa prestation! Un présage de réussite?

 

YUYA OKAMOTO

Jeudi 18 mai 2017, 20h30. Session d’Orchestre.

Yuya Okamoto, 22 ans, est né au Japon. Il a choisi lui aussi, le 2e Concerto de Haydn.

Dans sa prestation de musique de chambre, il avait interprété la Suite italienne de Stravinsky, et trois strophes sur le nom de Sacher d’Henri Dutilleux.

Même famille de sonorité de type "soprano" dans ce 2e de Haydn, celle du Japonais n’atteint toutefois pas la dimension solaire de celle d’Astrig Siranossian. Il apparaît également rapidement qu’il n’a pas la même maturité musicale, mais il n’a que 22 ans! Cela étant dit, la beauté fait largement partie de son vocabulaire!

Dans le 2e mouvement, le son s’amplifie, s’élargit, le vibrato également. C’est dans le suraigu de son violoncelle que le Japonais nous épate. Le geste est sûr, et même sur le haut de la touche: la justesse est impeccable.

C’est avec une précision métronomique qu’il s’engouffre dans le final. Yuya Okamoto est assurément un technicien de haut vol, qui, rappelons-le, n’a que 22 ans!

Et c’est tout simplement en tapant du pied que le public le plébiscite, et l’applaudit à tout rompre. Ah, quand le public du Concours s’encanaille, il ne le fait pas à moitié!

 

SIHAO HE

Jeudi 18 mai 2017, 21h30. Session récital.

C’est avec la 5e Suite de Bach, BWV 1011 que le Chinois Sihao He, 23 ans débute sa prestation. Un musicien qui a étudié aux Etas-Unis.

On retrouve dans sa Suite de Bach ce qui nous avait plu dans son 1er Concerto de Haydn, à savoir la sobriété, la souplesse et la douceur. On perçoit chez ce jeune musicien une maturité étonnante, et en particulier dans la manière de gérer les nuances. Sihao He n’a ainsi pas peur de l’infiniment doux.

Le violoncelliste chinois est rejoint par le pianiste Victor Santiago Asunción pour l’imposé d’Annelies Van Parijs. On y découvre ici un Sihao He déchaîné et vigoureux dans le 1er tableau de " Chacun(e) sa Chaconne ". Puis, en l’espace d’un éclair, il redevient le musicien de cet infiniment doux, comme s’il parvenait à se rouler en boule. Une interprétation d’une subtilité rare qui n’a pas échappé au public très enthousiaste.

Le récital se poursuit avec " Kol Nidrei " (" Tous les vœux ") de Max Bruch. Le musicien chinois en profite pour sortir le grand jeu: vibrato dense et grand son large, mais toujours élégant. Un style qui sied parfaitement à cette pièce composée en 1880, à destination de la Communauté juive de Liverpool, composée pour violoncelle et Orchestre. Nous en écoutons donc ce soir une transcription pour violoncelle et piano.

Un pur moment de beauté, dans lequel Sihao He a montré que le "grand jeu" que nous évoquions n’était en rien synonyme de "carricature".

Après "Kol Nidrei" de Max Brux, qui se terminait sur une nuance pianissimo. Sihao He enchaîne avec la très souriante Suite italienne de Stravinsky. Une Suite dans laquelle son sens du récit, et l’élégance de sa sonorité font des merveilles.

Dans le final de la Suite, les deux musiciens s’amusent manifestement beaucoup. Roel Dieltiens, membre du Jury, s’amuse lui aussi, car nous le voyons se dandiner sur sa chaise… Voilà qui est plutôt bon signe!

 

VALENTINO WORLITZSCH

Jeudi 18 mai 2017, 22h30. Session récital.

C’est Valentino Worlitzsch, un candidat allemand de 27 ans qui succède à Sihao He.

Il s’est formé au Conservatoire de Paris, puis dans les grands Conservatoires allemands (Muzik Hochschule).

Il a choisi la 6e Suite BWV 1012 de Bach pour ouvrir la dernière prestation de cette soirée.

La sonorité de Worlitzsch n’est certes pas la plus ronde et chaleureuse qui soit, mais elle a le grand mérite d’être intelligible et éminemment expressive.

Des qualités qui donnent à son interprétation de cette 6e Suite, un caractère tantôt lumineux et frémissant, tantôt introverti et recueilli. Des climats qui coexistent dans cette 6e Suite de Bach, et que Worlitzsch reproduit avec justesse.

Le candidat allemand poursuit avec l’Adagio et Allegro de Robert Schumann. Dans l’Adagio, il y développe un discours d’une grâce et d’une délicatesse rares. Puis quand vient l’heure de l’Allegro, c’est avec fermeté et précision qu’il emmène son pianiste et le public dans les tourments schumanniens.

De tourments, il en sera encore question dans l’imposé d’A.Van Parijs. Un imposé que le musicien allemand enchaîne, séance tenante, avec une sonorité volontairement métallique, épaulé par la très brillante Naoko Sonoda au piano.

Les phrases en harmonique relèvent d’un mélange improbable entre des miaulements de chats, et des vocalises de contreténor: une performance!

Une version dans laquelle la brume, le mystère demeurent insondables. Mais quand ils reprennent au presto en pizzicato. "A chacun(e) sa chaconne" prend des airs de course poursuite.

Le récital de Valentino Worlitzsch se termine avec la Sonate en ut majeur de Benjamin Britten. Un choix qui convient à merveille à la couleur de violoncelle du musicien allemand.

Dans le deuxième mouvement, les échanges de pizzicato avec la pianiste Naoko Sonoda sont vifs. Valentino Worlitzsch a la souplesse d’un contrebassiste de jazz.

Dans le Moto perpetuo (5e mouvement), c’est la mise en place entre les deux artistes qui est absolument vertigineuse.

Un récital particulièrement exigeant, mais extrêmement cohérent, d’un artiste qui ne fait pas de compromis avec son Art. Un vrai artiste à n’en pas douter.

 

Fin de la soirée de ce lundi à 23h15.

Laurent Graulus.

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