Concours Reine Elisabeth à écouter

Plus d'infos

Les échos de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth: Jeudi 18 mai, session de 15h

Seungmin Kang, JeongHyoun (Christine) Lee, Jonas Palm et James Jeonghwan Kim
Seungmin Kang, JeongHyoun (Christine) Lee, Jonas Palm et James Jeonghwan Kim - © Queen Elisabeth Competition

Chaque jour, cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Retrouvez les billets de Laurent Graulus :

 

SEUNGMIN KANG

Jeudi 18 mai, 15h. Session d’Orchestre

Quatrième journée de demi-finale ce jeudi. Nous avons à présent entendu les 24 candidats. Ils ont à ce jour tous présenté, soit le Concerto, soit le récital.

La Coréenne Seungmin Kang est donc la 1ère candidate à présenter la deuxième épreuve de cette demi-finale.

Elle a choisi le 2e Concerto de Haydn. Dès les premières mesures, c’est son élégante sonorité boisée qui séduit, de même que sa justesse stylistique. Un respect de la tradition qui ne doit en rien être étranger à la très cotée "Hans Eisler" Musik Hochschule de Berlin, dont elle est issue.

Dans le 2e mouvement, on pourrait s’étonner quelque peu de l’amplitude de son vibrato pour Haydn, mais il faut reconnaître que ce vibrato est intrinsèquement superbe.

Dans le final, Seungmin Kang met élégamment en valeur les phrases chantantes de Haydn, en offrant sa généreuse sonorité à chacun d’entre nous.

Globalement, une finition technique très aboutie, et un timing impeccable.

Un Haydn parfaitement convaincant, dans le peloton des six meilleurs Haydn, serions-nous tentés de dire...

On se souvient qu’elle avait proposé dans sa session récital un répertoire exigeant, avec entre autre Alfred Schnitke. On y avait entendu une musicienne toute différente, avec une patte et une poigne étonnante, et un jeu plus en force. Elle montre ici un tout autre visage, la preuve d’une grande personnalité!

 

JEONGHYOUN  (Christine) LEE

Jeudi 18 mai, 15h30. Session d'Orchestre.

Christine Lee, musicienne coréenne, elle aussi, et Artiste en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Elle a également choisi le 2e Concerto de Haydn.

Mais les similitudes s’arrêtent là car les deux violoncellistes sont très différentes.

Au jeu de la comparaison, la sonorité de Christine Lee paraît plus menue et plus sombre que celle de Seungmin Kang. Des caractéristiques qui ne sont en rien des handicaps, car il se dégage de cette violoncelliste une expressivité et une sincérité rares.

Dans le 2e mouvement, elle nous fait la démonstration qu’un volume modeste est le chemin le plus direct vers l'émotion la plus immédiate. Le Legato est l'un des Maîtres mots de ce mouvement. On éprouve ici la sensation qu’elle nous chuchote un secret à l’oreille, en particulier dans les très belles excursions dans l’aigu de ce mouvement lent.

Dans le 3e mouvement, Christine Lee confirme ce que nous avions perçu dans sa prestation en récital. Elle est une musicienne raffinée au son cuivré, mais un peu petit parfois.

Sa prestation est très chaleureusement applaudie par le public de Flagey.

Elle avait proposé en récital, la Suite italienne de Stravinsky, Pezzo capriccioso de Tchaïkovsky, et la danse du Diable vert, de Cassado.

Une candidate parfaitement cohérente entre sa personnalité en récital et celle en Concerto.

 

JONAS PALM

Jeudi 18 mai, 16h30. Session récital.

Jonas Palm débute son récital avec " Trois strophes sur le nom de Sacher " d’Henri Dutilleux. Très concentré, et très engagé, le jeune allemand de 23 ans propose ici un son brut, dénué (en apparence) de tout vibrato, et particulièrement puissant. Une esthétique particulièrement adaptée à la gravité de la musique de Dutilleux.

Un Dutilleux largement pollué par toute une frange du public qui toussait d'une manière quasi ostentatoire... Une manière particulièrement discourtoise de traiter le réperoire contemporain, et les artistes qui l'honorent.

Changement de décor complet avec la 2e Suite pour violoncelle seul de Bach, BWV 1008.

La sonorité s’éclaircit, et s’adoucit. Nous sommes ici dans la famille des interprètes "éclairés", qui s’interrogent sur la manière d’aborder la musique baroque aujourd’hui.

Vibrato et articulations subtiles: la Suite de Bach de Jonas Palm est de toute belle facture! Rappelons qu’il est issu de l’excellente "Hans Eisler" Musik Hochschule de Berlin.

Nouveau contraste habilement conçu, lorsque Jonas Palm enchaîne avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, où il est rejoint par la pianiste Yukie Takaï.

Une version particulièrement intimiste, qui nous a semblé épouser à merveille les intentions de la compositrice belge.

Jonas Palm conclut son récital avec la 5e Sonate en ré majeur de Beethoven. Une fois encore, la justesse stylistique est un régal, tant au niveau du vibrato, que de l’articulation.

Le violoncelliste allemand joue un instrument Paolo Antonio Testore du 18e siècle.

Jonas Palm se révèle décidément être un candidat au jeu particulièrement soigné et délicat, d’une justesse stylistique irréprochable. On ne lui attribuera peut-être pas la sonorité la plus ronde et la plus chaleureuse qui soit, mais c'est un candidat qui mériterait d’avoir sa place dans le groupe des 12 finalistes.

 

JAMES JEONGHWAN KIM

Jeudi 18 mai 2017, 17h20. Session récital.

L’après-midi se poursuit avec le candidat sud-coréen James Jeonghwan Kim, 23 ans, formé -entre autre- à la Jiulliard School de New York.

Il entame sa prestation par la 6e Suite pour violoncelle seul de Bach, BWV 1012.

Technique remarquable et sans faille, le musicien coréen n’atteint pas dans ce répertoire solo, la grâce de son prédécesseur allemand. La nuance réside probablement dans le parti pris esthétique de James Jeonghwan Kim: il n’appartient résolument pas à la mouvance des interprétations "historiquement informées". Mais soyons de bon compte: ceci n’enlève strictement rien à la qualité de son jeu, ni à sa sonorité très belle et très ronde.

Il poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs. Un répertoire dans lequel il est manifestement plus à son aise. Sa sonorité imposante crée un contraste intéressant avec le dénuement de l’écriture de la compositrice belge.

James Jeonghwan Kim termine son récital avec ce qui lui va vraiment comme un gant: la 2e Sonate en fa majeur de Brahms. Romantisme exacerbé, voire enflammé, le vibrato du Coréen est impressionnant d’intensité et de largeur. Le jeune musicien est soucieux d’habiter en chaque instant la musique de Brahms, mais en certaines occasions, cet excès d’intentions musicales a tendance à nous éloigner du sujet musical. Une musique qu'il a pourtant si ardemment le désir de partager. Un paradoxe!

Quoi qu’il en soit, la sincérité et la maestria technique de James Jeonghwan Kim sont indéniables, et nous avons éprouvé un réel plaisir à l’écouter, tant dans son Concerto de Haydn que dans ce récital imposant.

Fin de la session de cet après-midi à 18h05.

Laurent Graulus.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK