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" Une machine comme moi " d'Ian McEwan, une dystopie sur l'intelligence artificielle

" Une machine comme moi " d'Ian McEwan, une dystopie sur l'intelligence artificielle
" Une machine comme moi " d'Ian McEwan, une dystopie sur l'intelligence artificielle - © Tous droits réservés

Sophie Creuz nous parle du nouveau roman d’Ian McEwan, Une machine comme moi.

Ian McEwan est l’auteur de "Sur la Plage de Chesil" ou de "Dans l’intérêt de l’enfant" qui ont été adaptés au cinéma. Il a ce talent rare d’écrire des livres à la fois fort plaisants, très bien menés, combinés à des problèmes épineux de société ou de morale. Et ceci dans une langue élégante et accessible – remarquablement traduite, soit dit en passant, par France Camus-Pichon.

C’est un moraliste moderne, qui a de l’humour heureusement et un talent de conteur avec des points de vue remarquablement intelligents sur nos actes, nos choix, leurs conséquences et notre responsabilité.

Cette fois, il écrit une dystopie sur l’intelligence artificielle, pour voir ce que nous en ferons et si nous saurons relever les défis de cette technologie savante.

Il imagine non pas un de ces vilains robots de dessin animé japonais mais un androïde beau comme un dieu grec, bien bâti et qui va troubler ses propriétaires à bien des égards. Adam – oui, c’est son nom, ses concepteurs ne se sont pas beaucoup cassé la tête, ils ont mis sur le marché des Adam ou des Eve – Adam donc, est aussi habile en travaux ménagers qu’à l’aise pour commenter Schopenhauer, écrire des haïkus ou déclamer du Shakespeare. Il s’exprime d’ailleurs dans un langage beaucoup plus châtié et cultivé que son propriétaire Charlie, un trentenaire improductif qui gagne sa vie en boursicotant sur internet.

Une version augmentée du majordome anglais stylé de jadis

C’est sa fonction basique, ses propriétaires peuvent le programmer rien que pour cela mais Ian McEwan en fait un être-machine redoutablement intelligent qui arrive dans la cuisine modeste d’un jeune couple, dans une Angleterre secouée par les grèves sociales, la débâcle de la gauche, et qui cherche à sortir de l’Union européenne. Il situe cela dans l’Angleterre de Thatcher mais avec un air d’aujourd’hui et il imagine même qu’Alan Turing, le génial scientifique, père de l’intelligence artificielle, vit encore. Et ce qu’il voit ne lui plait qu’à moitié. On soupçonne Ian Mc Ewan de penser, comme Alan Turing, que l’homme moderne n’est pas digne de ce qu’on a inventé pour lui. Un homme qui pense avoir tous les droits, y compris de vie et de mort sur ces machines-esclaves, alors que ces androïdes ont un acquis une conscience, une loyauté, un sens moral, que nous avons perdus. Du moins dans ce roman. Ils sont beaucoup plus nobles que nous-mêmes ! Et ce que nous dit, entre autre, Ian McEwan, c’est que nous pourrions bien devenir esclaves de nos machines et que ce ne serait-là que justice !

Ian McEwan, moraliste et excellent romancier

Il nous concocte une intrigue riche, à la fois amoureuse et policière, scientifique et sociétale, en se demandant quel sens donner à la vie, au savoir, au pouvoir, à l’idéal humaniste qu’on est en train de soumettre à des désirs de technologie consumériste incontrôlés. Etre moderne, soit, mais dans quel but ? Et dans ce livre plein d’humour, c’est le robot qui nous met en garde, parce qu’en scannant toute la culture ancienne, la philosophie et les sciences, il a intégré dans ses circuits la moelle de ce qui nous rend humain. Et lui-même l’est devenu, avec intransigeance. Ian McEwan n’hésite pas à prendre son temps pour exposer l’étendue des débats éthiques que nous devrions avoir, et si cela dilue un peu la tension romanesque en revanche cela nourrit nos circuits à nous, et nous branche, non pas sur secteur, mais sur des questions de choix de société, tout à fait passionnants !

***Une machine comme moi de Ian McEwan parait chez Gallimard dans l’excellente traduction de France Camus-Pichon***

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