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"Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" de Jean-Paul Dubois, une des perles rares de la rentrée littéraire

C’est la rentrée et qui dit rentrée dit "rentrée littéraire". Parmi les 500 romans qui déferlent sur les rayons des librairies, Sophie Creuz a déniché pour nous une petite pépite.

Les romans de Jean-Paul Dubois, de petites perles rares

Jean-Paul Dubois est quelqu’un d’à part. Comme il l’écrit "le malheur offre tout un choix de variables et de couleurs" et lui choisit les couleurs les plus douces et les variables, les plus fantaisistes pour dérider la vie et surprendre la mort. Jean-Paul Dubois est un grand mélancolique, ceux qui ont lu "La succession", "Une vie française" savent qu’il trouve notre modernité absurde et désespérante mais pas assez pour ne pas en rire. On se suicide beaucoup chez lui mais sans drame, presque comme un inéluctable ; les accidents se succèdent, les chers disparus hantent les vivants en les protégeant de la bêtise, du cynisme et du manque d’amour.

Un nouveau roman dans la même veine que les précédents

On retrouve des éléments familiers, déjà rencontrés dans d’autres de ses romans mais dans le désordre comme dans un jeu de casino dans lequel s’alignent ou non les poires, les pommes et les raisins. On retrouve des types qui font des métiers improbables, des nettoyeurs de piscine ou des passionnés d’orgue Hammond, des êtres avec une générosité à toute épreuve, on retrouve l’amour, incongru, inespéré, mais véritable. Il y a dans ces pages des êtres merveilleux et des emmerdeurs, des morts plus vivants que les vivants et par-dessus tout une dérision poétique qui sauve de tout. Comme dans les films de Jacques Tati. Cette fois, c’est un merveilleux concierge qui nous raconte sa vie, il est incarcéré parce qu’il a été poussé à bout, et dans son enfermement il s’évade dans ses souvenirs. Entre son père pasteur danois et sa mère méridionale amatrice d’art et d’essai. Il est né de cette antinomie. Il se souvient aussi de l’amour de sa femme indienne pilote d’hydravion et de son chien. Vous rabattez tout cela sur la table de jeu et cela donne un roman d’une rare générosité.

Et surtout, de la fantaisie

Les romans de Jean-Paul Dubois font penser aux chansons de Charles Trenet, il y a de la gravité et de la critique sociale sous la dérision et l’invention. Il déteste le conformisme de la médiocrité, la morale étroite, l’hypocrisie méprisante. Il aime les gens à part, qui génèrent de la beauté, de la bonté, du rêve et qui ont des passions incongrues. Cela donne des personnages atypiques, pas très doués pour le bonheur mais hautement fréquentables, hors du temps et des modes, comme le sont les romans terriblement attachants de Jean-Paul Dubois, qui nous rappelle cette évidence : que Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon et que c’est ce qui en fait le prix et la richesse.

***Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois paru aux éditions de l’Olivier***

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