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"Réparons le monde, humains, animaux, nature" de Corine Pelluchon : il ne tient qu’à nous de rendre notre monde meilleur !

"Réparons le monde", plaide la philosophe Corine Pelluchon dans son essai qui invite à agir à la lumière de nos défaillances et de notre vulnérabilité.

Une lecture qui nous sollicite à point nommé pour entamer ce déconfinement et surmonter l’effroi face au monde qui se dérègle. Il ne tient qu’à nous de le rendre meilleur, chacun à notre niveau. "Au lieu de penser que l’individualisme, la défiance envers autrui et l’addiction à la consommation sont des traits essentiels des êtres humains au XXIe siècle", voyons combien l’individu, "en étant confronté à ses limites et en comprenant la communauté des destins qui l’unit aux autres vivants, ressent le désir de transmettre un monde habitable." Oh que oui… Qu’il en profite donc cet individu – c’est-à-dire nous – pour "développer les vertus indispensables à la transition écologique, comme la sobriété, la coopération, la bienveillance, la générosité, la justice et le courage." Car tout est lié, c’est la grande leçon.

Réunissant ses textes avant la crise du Covid-19, cette belle voix de la cause animale et environnementale ne se doutait pas de la résonance qu’ils prendraient aujourd’hui. Ces pages à la fois sensibles, raisonnées et galvanisantes incitent à repenser notre place dans la nature et parmi les autres. Pensons à l’impact de la déforestation à l’autre bout de l’Europe, elle a délogé un virus qui vivait paisiblement depuis des siècles à l’abri d’un intestin d’animal sauvage. Privé de son habitat, il a dû trouver un nouvel hôte et nos sociétés s’en trouvent bouleversées. Prenons-en de la graine, "en sortant de la logique des destructions qui induisent des crises sociales, politiques majeures." Repensons le monde sous le signe de la cohésion, donnons-nous une chance de faire advenir un monde commun, plus respectueux, plus attentif, plus modeste, plus responsable, écrit cette spécialiste de la pensée Levinas, qui met en évidence l’importance de l’Autre. Corine Pelluchon hisse la notion de "care", de soin, de protection et de solidarité au rang d’éthique et même de devoir et l’étend au non-humain. Ne voyons-nous pas, dit-elle en substance, combien cette logique de profit maximal broie, épuise, ratiboise, appauvrit, abîme, étouffe tout ce qui vit ?

Aussi, que cette crise qui nous fragilise, au moins nous enseigne. Notre espèce en est arrivée à devoir s’adapter à un environnement qu’elle rend inhabitable. Apprenons de nos erreurs pour "réinventer un autre humanisme et un autre contrat social", note Corine Pelluchon qui vient de recevoir en Allemagne le Prix de la pensée critique pour l’ensemble de ses travaux. "Il s’agit de promouvoir un nouveau rapport aux autres, qui ne soit plus de domination mais de considération." Nous avons vu combien sont essentiels les rapports humains, et combien l’attention qu’on nous porte et que nous portons à autrui nous rend meilleurs. Ne l’oublions pas après le déconfinement, car "lorsque je suis indifférent à l’autre, à sa misère et ne réponds pas à son appel, je dis aussi qui je suis." Et d’ajouter, "l’éthique est le fait d’assigner des limites à mon bon droit au nom du droit des autres à exister." Y compris les pangolins…

"Réparons le monde, humains, animaux, nature" de Corine Pelluchon paraît en poche aux éditions Payot-Rivages.

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